dimanche 18 août 2019

Cache-cache, Dialogue in

Tu me vois ? Non ? C'est parce que je me suis cachée.

Moi je te vois, derrière mes oreilles plaquées sur mes yeux. 

Je suis trop bien cachée, sûr que personne aurait une idée aussi géniale, sûr que pas un âne à la ronde n'aurait le génie de se fondre aussi bien dans le décor. 

Je me suis aspirée la panse jusqu'à me la faire rentrer dans les côtes, pas de plus gros arbre derrière lequel me cacher. 

Tu me vois pas, tralala, je suis aussi discrète qu'un caméléon, en bien plus joli. Voilà. 

C'est parce que je me suis super bien cachée. C'est pour ça. 

Moi je te vois derrière les branches basses, ça fait des trous dans ma cachette, putain faut que je rentre mon ventre. Hush ! 

Elle est trop bien cette partie de cache-cache, si ça se trouve je resterai cachée toute la nuit, toute la vie. 

Merde, j'ai une oreille qui dépasse. Plaquage en arrière. Camouflage façon commando. Hush ! Je suis trop bien cachée. 

Et puis j'ai vachement bien choisi ma cachette, il est trop bien cet arbre, un peu maigre mais c'est le seul. Personne n'aura l'idée de m'y trouver. 

C'est sûr qu'un âne planqué, que dis-je, plaqué comme une sole derrière un arbre, ça se trouve pas aussi facilement, quelle idée de génie, vraiment!

Quisas ! 
(Chut ! Pas faire de bruit ! Cachée on a dit ! Voilà !)

Quisas ! 
(Plaquage d'oreilles, technique imparable de la sole sur le tronc... Merde mon ventre !)

Quisas ! C'est la nuit... 
M'en fous, j'ai pas sommeil ! Et je resterai là toute la nuit, toute la vie même ! 

Trop fort mon camouflage, y a personne pour me trouver, tralala. 

Voilà. Je suis tellement bien cachée. Trop forte... 

Voilà, voilà... 

Merde j'en ai marre. En plus c'est la nuit, pour toute la vie si ça se trouve... 

Quisas ! 
... 

Mais où est-ce qu'elle est passée bordel ? Elle se cache elle aussi ? C'est pas du jeu ! 

Quisas ! 
... 
Je suis là ! 
.... 

Bon allez merde je sors. Mais c'est la nuit putain ! Toute noire ! Merde, il me cache la lune cet arbre. 

Quisas ! 
Chuis là ! 
Pourquoi t'as pas répondu ? 

"Il faisait tellement noir que je pensais que tu ne m'entendrais pas..." *
T'es con... 

*Stan Laurel 

vendredi 16 août 2019

Mary Poppins et l'attrape-rêve

Fatche ! Qu'il est lourd ce putain de sac à dos, tu transportes des cailloux ou quoi ?
Même Mary Poppins dans son cabas en double rideau, elle en a pas autant, et pourtant, il a de la contenance son bazar, elle se trimballe une patère tout de même, c'est pas rien. 

Tu veux pas venir t'asseoir une minute et... 
Tiens, qu'est-ce que c'est que ça ? Alors... 

Des étoiles... 
Des cahiers... 
... Perdus, par dessus le marché 
Des bouquins... 
... D'accord

Des plumes de poules. Noires. C'est original à côté des griffes de chat, ça c'est sûr qu'elle en a pas Mary Poppins. 

Ne mouille pas tes yeux, on va les mettre de côté, précieusement, on va débordeliser, t'en fais pas, ça peut plus continuer, c'est les escargots et les tortues qui voyagent avec leurs maisons. 
Et Mary Poppins. Oui, aussi. Dans son cabas en double rideau. 

Pose ton sac, déploie un tapis et dors, y'a que Mary Poppins qui peut ranger une chambre en claquant des doigts, du genre partisane du moindre effort.

Elle se termine cette guerre de Toi, c'est le calme insoutenable après le carnage et note que la guerre de Troie dura dix ans et qu'Ulysse en mit autant pour ramener son barda sur son île.

Si seulement t'avais pu avoir un parapluie volant... 

Doit bien y avoir ça dans tout ce fouillis non ? Et puis s'il n'y en a pas, tant pis, reste assis là, prends des forces, les arbres c'est pas mal comme abri. 
Tu vas te fabriquer un attrape-rêve avec les plumes noires et les griffes du chat, tu y accrocheras tes étoiles et tu écouteras le chant de la mer dans l'eau de la rivière, tu te feras indien après avoir été soldat, la paix viendra avec le rangement du sac, tu lui trouveras un autre usage tu verras, tu pourras le caler sous ta nuque pour contempler les nuages et les grains de poussière à travers les branches.

Tu as remarqué que c'est souvent les choses les plus légères en apparence qui pèsent le plus lourd ? 

La patère de Mary Poppins ? Vingt grammes. 
Une plume noire de poule ? Vingt tonnes. 

Parfois la vie n'est pas équilibrée. 

Et puis aussi, parfois, au milieu du chaos, on peut apercevoir un vieux loup aux pattes blanches, ou un cerf dans la nuit, une abeille sur une cheville. 
Des attrape-rêves vivants. 

Et ça c'est sûr qu'elle en a pas Mary Poppins. 

jeudi 15 août 2019

Le cahier

J'ai le cahier. Modérément épais, pas noir. Bleu et orange. On dirait une eau troublée de reflets. 

J'ai le cahier. Comme on pourrait dire " j'ai la balle !". Essoufflée. J'ai le cahier. On dirait une eau troublée de reflets, au fond algueux et louvoyant, il accroche des rayons de lumière dans sa vase.

C'est un joli cahier des marais. 

C'est un joli îlot où s'asseoir pour écouter les cigales, niquer les moustiques et sentir le mimosa, c'est un cahier de bord de rivière. 

J'ai le cahier et quand je regarde sa couverture, j'ai envie de me mettre nue et d'aller nager. Ce que finalement je fais. En écrivant dans le cahier.

Chaque mot est un morceau de peau découvert. Fond touché à chaque phrase, vase remuée, sable en suspension. Point. Je remonte. Sillage de bulles. 

C'est un joli cahier, qui accroche des fragments de lumière comme autant d'éclats d'or sur l'onde. 

C'est un cahier de matin calme, avec de la place pour s'y dénuder à loisir et s'y étendre de tout son long et s'y éprendre de tout son saoûl, c'est un tapis oublié à l'ombre des saules ou des pins parasols.

C'est un joli cahier avec de la place pour un souffle lent, fin des tranches, un cahier paysage, pour dire la paix des âmes et les morceaux de peau dénudée qui accrochent des fragments de lumière au moment du plongeon.


Tu te dis que j'aimais l'eau *, Dialogue in

Découpe tout doux, si tu tires dessus
Ça vient pas 
Décolle tout cool, si t'arraches le tout 
Ça fait pas beau 
Soulève tout lent et glisse les doigts dessous tout gentil, si tu fourrailles dedans 
Ça passe pas 
Recule tout smooth, si tu tombes dessus 
Ça glisse pas 
Plonge tout en surface, si tu force-brutale
Ça verrouille 

Tu te dis que j'aimais l'eau, à y tremper endormie, ceinturée d'écume et de relents de plumes de goélands, je me dis que t'aimais l'eau, à fendre l'onde comme un taureau de mer, si ça n'existe pas j'ai qu'à l'inventer, les forces des murmures de pouvoir chevauchent les cous puissants des taureaux de mer, après tout il existe bien des veaux, des éléphants, de mer, alors pourquoi pas des taureaux, 
Zeus, entre dans ce corps et possède 
Qui déjà ? 

Subreptice tout doux, si tu dévalises
Ça vient pas 
Entrave tout cool, si tu possèdes le tout 
Ça fait pas beau 
Effractionne tout lent et glisse les doigts dessous tout gentil, si tu défourailles
Ça passe pas
Donne tout smooth, si tu ne fais que prendre 
Ça glisse pas 
Murmure tout en profondeur, si tu rauques et grince trop fort
Ça verrouille

Tu te dis que j'aimais l'eau, à danser comme ça avec les poulpes et les hippocampes, je me dis que t'aimais l'eau, à y étancher tes soifs de sel et de vent, après tes guerres de Troie, et le besoin de fondre le plomb des muscles du taureau de mer et laisser tomber les gouttes d'encre Mercure sur des pages à remplir.

Je me dis qu'on aimait l'eau. 

Murmures de pouvoir. 
Pour voir.


*BO. M, Ma mélodie 

mercredi 14 août 2019

Le tissu du silence

La dominante cette année, verte mais pas jeune, mais pas...

Vers les cailloux des bords de plage à cacher un peu partout, les rires des enfants et les arbres fauchés en bas de ma rue.

Vert le tapis volant sur le sable et le vent hurlant mon appel en arrière.

Vers mes yeux toujours quand l'été s'y plonge.

Il faudrait pouvoir. Les trous dans le tissu. Raccommoder. Me pique les doigts. Dans le silence. Un accroc bleu. Elle s'use la robe. La nuit lui tombe dessus. Raccommoder. Le silence. Dans les trous bleus du tissu. Avant la déchirure. Il faudrait pouvoir. Filer les doigts. Enrouler les yeux.

Tenter le fil vers.

Il faudrait raccommoder les trous dans le tissu bleu du silence, changer la couleur et lui ouvrir une belle cicatrice couleur vers toi.

L'aiguillonne patiemment travaille à m'en piquer les doigts dans les yeux, à y allumer des étoiles kaléidoscopiques, me jaillissent les verts des forêts, des roseaux qui dansent et des hommes nus et toujours vers moi

Il faudrait raccommoder les trous dans le tissu du silence. Pouvoir me vertir avec une robe bleue réparée et écouter le vol des demoiselles sur les nénuphars.

Rien n'est plus ouvert qu'un trou bleu dans le tissu du silence.

mardi 13 août 2019

La même mer. Pas les mêmes yeux.

On y retourne, comme après une chute de vélo, je comprends pourquoi j'en fais pas de cette daube. Vraiment. 
Mais là c'est pas pareil.
Parce que j'ai ça dans le sang, oui oui oui, et pas que dans le sang, et c'était absolument impossible de devenir un scriboraptor, une sale espèce. 
Dans le Jeu de Peindre, parfois, les joueurs font le même paysage, le petit frère suit la grande sœur, l'enfant tente de peindre l'arbre de l'adulte voisin, sans y penser. 
Alors les peintoraptors, on copie ? 
Et là, je viens, je rassure, je rassemble, je légitime, c'est mon métier, de redonner de la valeur à ce qui est fait, un même paysage n'est jamais identique et je ne vois bien qu'avec mes yeux. 
Et pourtant, nous regardons la même mer. 
Moi j'y vois un cimetière vivant et inconsolable, par contre ma voisine de serviette a kiffé grave sa baignade (28 degrés, le bonheur hein Jean-Jacques ?). 
Bref.
La même mer. Pas les mêmes yeux. 
Le Jeu de Peindre apprend à l'enfant à utiliser ses yeux pour voir, pour contempler, pour s'éprouver à travers ses pairs, grâce à eux. 
Bref. 
C'est mon métier de sentir la zone sensible entre l'inspiration et l'autonomie. 
C'est un beau métier. À la fois dedans et dehors. 
La même mer. Pas les mêmes yeux. 


L'âme-mère, Dialogue Out

C'est pas grave petite fille, ça arrive à tout le monde, moi par exemple, au chant baroque, alors tu vois que franchement, ça arrive à tout le monde, mais je crois que franchement, tu n'as pas besoin de ça, et puis ça me posait question, j'aime pas trop les angles aigus des triangles et de mémoire ce n'est pas la première fois qu'on se triangule, je me trompe? Même de loin on se triangule toi et moi depuis plus de dix ans, ça doit laisser quelques traces, forcément, si ça se trouve les âmes sœurs ce serait plutôt toi et moi

Je sais bien que c'est pas grave joli phare. 
Je sais bien que ça arrive à tout le monde mais tu sais moi, en ce moment j'ai besoin de n'être pas tout le monde.
J'ai réfléchi fort et triste à ces points manquants, j'ai réfléchi fort et longtemps à ces boucles. 
Je crois avoir trouvé des réponses. Incomplètes mais quand même. 
Sûr que nous sommes des âmes sœurs toi et moi, des âmes-mères même, avec tout ce que ça prend comme sens, et si tu savais comme je me frite avec ma sœur... 
Moi je n'ai que des âmes-frères.


C'est pas grave petite fille, continue à raconter tes histoires, continue, je te connais depuis quoi maintenant, je crois que quand nous nous sommes étoilées, je devais avoir ton âge, un peu plus jeune, et toi alors, quelle énergie était la tienne, quelle personnalité sans concession

Joli phare, je t'ai emprunté la douceur qui me manquait. 
Joli phare, avec toi j'ai appris qu'on peut écrire sans respirer, j'avais commencé à perdre ma respiration à la mort de mon Il.
Joli phare, tu persistes dans ma rétine au point qu'ainsi je t'ai nommée sœurette, la persistence rétinienne. 
Joli phare, je me suis sans le savoir fondue en ce que j'aimerais être. La meuf que je serai peut-être aura sans nul doute un peu de toi, et pourtant nous ne sommes jamais vues.
 Je ne sais pas.
Joli phare, il y a eu peu de points dans ma vie ces dernières années, et beaucoup de virgules, comme si j'haletais en permanence, même les textes de FAUVE ne respirent pas. 
Joli phare, parfois j'prends tout. 



C'est pas grave petite fille, c'est important mais c'est pas grave, avec toutes les voix qui chantent dans ta tête, ça aurait été étonnant que je n'y trouve pas la mienne, mais n'oublie pas que la tienne est différente forcément, et que de l'inspiration au rapt il n'y a qu'une frontière mince et c'est pas grave mais c'est comme ça, on vit dans un monde de frontières, de miradors et d'identités marquées et je comprends que ça t'embête parce que tu les aimes floues et furtives les âmes, tu les aime filtrées parce qu'elles te rassurent, elles te protègent de ton absence de filtre, petite fille c'est pas grave de ne pas avoir de filtre, il s'agit juste d'un trouble dans la bouteille, il s'agit juste de ne pas trop remuer le fond avant de servir, il y en a qui n'aiment pas les dépôts dans leur verre 

Des emmerdeurs

Et quand bien même petite fille, rappelle toi, la douceur, regarde bien avec tes yeux, tu la vois, cette douceur ? 

Comme un point qui persiste dans ma rétine. 

Respire, petite fille, respire.