J'ai fermé la porte, faut pas m'en vouloir, j'ai foutu la clé je sais très bien où mais j'ai un peu envie d'oublier où, j'avais jamais vécu ça, l'impérieuse nécessité de partir sans un regard en arrière sans quoi ma vie serait partie en morceaux, même pas bout par bout, mais d'un bloc entier, tout par terre, et les bébés avec l'eau des larmes que j'aurais alors versées en guise de bain, alors j'ai claqué la porte et balancé la clé, et je l'ai rattrapé, pour ne plus jamais le lâcher, parce que c'est mon amour, mon amour choisi et consenti et que je suis le sien, et que je l'ai blessé plus que je n'aurais pu l'imaginer, vraiment parfois on fait des trucs dégueulasses à ceux qu'on aime, et le jour où ça tombe, ça tombe et il y a intérêt à prendre des décisions, des choix qui bousculent, j'ai choisi pour ma part, de le rattraper et de ne plus le lâcher, lui et nos bébés qui se noyaient dans le bain, sans que ça m'émeuve, on fait parfois des trucs dégueulasses à ceux qu'on aime, parce qu'on aura décidé de s'aimer plus fort qu'on ne les aime eux, mais ça, à part envoyer la vie dans le mur, je vois pas ce que ça procure de durable et de profond, parfois il vaut mieux fermer la porte et ne plus se rappeler où on a foutu la clé.
mercredi 15 septembre 2021
Far and well
samedi 20 mars 2021
Flocons de sel
Il fait encore si froid par instants, le vent qui coupe et s'il se mettait à neiger, ce serait comme s'il pleuvait du sel.
Il fait encore si froid que le vent coupe et la coupure à la jointure des phalanges brûle et tire comme si elle était mangée par le sel.
Ne pas voir le rapport, mais se dire c'est ainsi, ça l'a toujours été, on a toujours été un peu égoïste, on s'en est toujours défendu, par des attitudes promptes à démentir cette vérité coupante comme un vent de cristaux de sel.
Ne pas répondre quand on ne sait pas quoi dire.
Ne pas vouloir reconnaître quand ça arrive, et en faire une habitude d'aveuglement, une posture vaguement coupable, mais ça ne dure pas, de moins en moins, et se persuader que ça n'aura pas d'incidence.
Égoïste, ne te rends pas compte que tu neiges en cristaux de sel sur la peau d'un monde vivant.
Que ce peut être très beau, mais que ce froid brûle profondément, et creuse et crevasse.
Alors je dis, parfois je ne réponds pas, parce que je ne sais pas quoi répondre.
Parfois je m'en fous.
Parfois je suis fatiguée.
Parfois j'ai pas envie.
Parfois j'ai honte et je me cache.
Parfois rien. Rien du tout.
Égoïste, oui. Parfois.
Il fait encore si froid par instants. S'il se mettait à neiger, ça neigerait probablement des flocons de sel.
On serait bien emmerdé avec notre peau et toute cette brûlure.
Depuis j'ai entendu.
Depuis je m'en fous moins.
Depuis j'ai envie.
Depuis j'ai honte. Encore un peu.
Depuis un peu mieux que rien.
Égoïste, oui. Mais plus aveugle.
Je prépare des baumes et des huiles pour adoucir les crevasses.
J'ai diminué le sel.