mercredi 24 septembre 2008

Verjus

"Même convoitée par la main avide,
L’orange ne semble jamais pressée"

Sur la peau de l'orange, assise négligemment au sommet de la corbeille. Sa peau épaisse, quand on la tient dans la main...

Une odeur vitaminée, qui pétille presque. Elle met de bonne humeur cette orange. Et d'un coup je voudrais la percer d'une aiguille, un trou minuscule qui laisserait échapper une goutte. Une goutte qui goutte à goutte sur les lèvres asséchées et la langue qui goûte ce jus qu'elle a tant désiré.

Mais avant de connaître la fin, qu'en est-il de la main? Relais des narines sitôt l'arôme repéré.

Il fait sombre dans la pièce et les yeux sont inadaptés à l'obscurité mais il faut bien l'atteindre ce fruit pour étancher sa soif. Il faut le chercher, et passe la main sur la rugosité de la table et entame l'ascension sur la corbeille. Que de fruits à grimper. Tentation du raisin, mais non c'est l'orange que je veux. Et la rondeur ferme et grainée de cette peau d'orange, je gratte un peu, un peu d'huile parfumée sous le doigt que je suce.

Faire le tour de l'orange et puis sentir les résistances tomber sous la caresse de l'ongle. Il se laisse dévêtir ce fruit si convoité, mais ce n'est pas fini, reste la peau douce et blanche comme l'intérieur d'une cuisse.

Et la pulpe enfin, petites alvéoles gonflées à bloc de ce jus qui m'enivre. Les percer une à une et avaler goutte à goutte cette orange sans la presser...

Comme les autres

"Ecoute-moi, j'ai ajouté, ça m'a jamais rien rapporté d'aller baiser à droite et à gauche, non, jamais rien. Je sais bien que tout le monde fait ça mais c'est jamais marrant de faire comme tout le monde. Enfin moi, ça m'emmerde."

37°2 le matin, P. Djian