mardi 19 novembre 2019

À paillettes

Tais-toi encore un peu mon amour, que je prenne une grande respiration.

Un oiseau s'ébroue sur une branche. C'est moi.

Je crois que je vais allumer les lumières et me barbouiller la figure de paillettes. Entrer en piste. 

Tu sens le poum-poum-poum-poum de mon sang, parfois c'est pas en rythme mais ça sonne du tonnerre, ça danse, ça pulse, ça vit, ça monte, je te répète, une poignée de paillettes sur le torse et ça flow comme il faut, i'm through with you, mais c'est pas sûr je crois, c'est pas que...

Y a comme un truc qui s'accroche et qui tangue, qui balance comme sur un trapèze, j'ai mon sang qui voltige en saccades et ça me gicle aux parois de l'âme, ça me repeint tout en rouge et en paillettes, ça dilate et ça monte. 

Y a que la musique et le sexe pour expliquer ce mouvement de bouilloire et de redescente souple de féline. 
Parce que s'il existe des mots pour cette chose qui me transe-porte, je ne les connais pas. Tu m'aideras ? 

Attends attends, ça remonte alors tais-toi encore mon amour, je crois que je vais aller au bout du cahier sur une course d'unijambiste, poum-poum-poum-poum des battements de cils et mes dents sorties, y a des musiques comme ça qui te font sortir les crocs au bon moment et t'ébrouer les ailes, secouer la tête et te lover comme un serpent. 

Le cul barbouillé de paillettes, debout sur une balançoire de sons et de vibes cuivrées, la musique, comme le sexe, annule la masse des corps et y a rien qui résiste à cette puissance de feu, à cette énergie brute qui me pénètre les tympans comme un amant impétueux, y a rien qui peut raconter ça... 

Laisse moi prendre cette respiration et lâcher les chiens, mon amour, pour le temps qui me reste, laisse moi voler le temps d'une course vers la dernière page du cahier, écumer de tout mon corps pendant que je pourchasse cette sensation indicible, cette magie qui transpire par-dessous ma peau, I think i'm gonna... 

Tais-toi mon amour et explique moi la musique  avec tes yeux, ton dos, le vibrant de ton souffle et le cuivre de ta peau, à n'être plus qu'une bête sauvage, la musique, comme le sexe, qui me délivre de la domestication, j'envoie valser poum-poum-poum-poum toutes les pesanteurs et redescends souple parmi les vivants. 
Y en a qui ont réussi à expliquer tout ça.

All that jazz, Bob Fosse, 1979