lundi 11 novembre 2019

Derrière les plis de mes paupières

Je perds ton visage dans les plis de mes paupières.
Pas toujours.
Par moments, ton visage éclate en lumière, derrière les plis de mes paupières.

Pas que le tien d'ailleurs, et là je te parle d'un temps où mon père était jeune, et mon Il vivant.

Mais son visage à lui reste et s'étale tranquillement, déplie les plis de mes paupières. La faute à toutes nos années d'amour, le temps s'imprime alors derrière les yeux et pose sur le présent son voile subtil et les morts nous survivent.

C'est son odeur et son âme qui me manquent.

J'aimerais repasser les plis de mes paupières, pour y retrouver tout ce qui me manque, l'ourlé de ta bouche, la malice de ses yeux et ses lèvres fines, le mouvement des mains de mon autre grand-père, un frottement des doigts, comme le froissement de sa force qui s'en va.

Je perds ton visage, dans les plis de mes paupières, je perds ta voix. Alors je ferme les yeux de toutes mes forces et je me force à allumer les lumières derrière les plis de mes paupières.
Et revient ton timbre à mon oreille, revient l'ourlé de ta lèvre inférieure et ton œil orageux.

Comprends-tu maintenant pourquoi j'avais besoin de lumière ?

Je te parle d'un temps où mon désir était jeune et mon amour vivant.

J'ai retrouvé une photo. Un père jeune. Un Il vivant.
Je les avais perdus dans les plis de mes paupières.
Ils ont coulé, rivières à mes pieds, emportant dans leur flux ma respiration bloquée.

J'aimerais tirer sur les plis de mes paupières, les tendre comme une toile ou un écran de cinéma et mettre le projo sur tous ceux qui me manquent.