dimanche 3 novembre 2019

Os de seiche

"on s'été, on s'éther. On s'éternité" 

J'écris, quand il n'y a rien d'autre à faire, j'ai vu quelque chose de très beau ce matin, on aurait pu y passer des heures, ce que d'ailleurs...

Quand il est question d'amour, quand ça enveloppe le crâne et lui tient chaud par grand vent.

Le corps se fait vent lui-même sur une plage immense, les mains dans les poches, piquée de quelques flaques salées.
Je finirai par tomber en amour de l'océan à marée basse, son gris se confond avec le gris du ciel, avale l'horizon dans le grand flou.

Avec le vol gracieux des oiseaux marins jouant avec les courants, tantôt volant, tantôt se laissant porter, immobiles et vent debout. Comme figés dans un miroir, c'est si beau, ça aussi se dit amour ou gratitude. 
D'y respirer, d'y forcer ses yeux à percer l'horizon.

Chercher la ligne et l'enrouler à mon doigt.
Remonter le fil jusqu'à une dalle de pierre, seule ensoleillée malgré les chênes, pour mes pieds nus, frotter le marc de café dans un rai de soleil automnal.

Je finirai par tomber amoureuse de l'océan et de ses plages sans mesure. Je finirai par disparaître dans ses brumes et au milieu des os de seiche. J'espère.

Je finirai automne, tomber amoureuse de la nuit sans lumière, par l'odeur nouvelle que j'ai déposé dans cet abri, maintenant disparue je pense, dans les sons qui pendant deux trois pincées d'heures, par les voix pas d'accord et les mains incandescentes.

Des endroits, de ces instants, tu sais, où je pourrais rester une vie entière, cette vie aussi bien faite qu'elle est mal fichue.
Je t'océan tout entier, dans les bruits qui vaguent sur le béton des bunkers.

Je m'os de seiche sous les pas des marcheurs.

Je me bourrasque sur des centaines de kilomètres chargés de nuages, vers le nord.

Je d'un coup de vent dans mes pas sur le sable où s'aiment l'océan et le ciel, sous les ailes des goélands.