vendredi 1 novembre 2019

Deux minutes

J'aimerais bien arrêter d'écrire deux minutes, des fois j'ai du mal à me suivre moi-même, c'est un enchevêtrement sans queue -oh oui ta queue ta queue j'en sors plus- ni tête, tellement qui tourne, alors pour compenser, je dessine, ce à quoi je me destine, j'en sais rien, j'écris tout le temps, même quand j'écris, je m'y perds parce si j'écrivais tout ce que j'ai à dire, l'Iliade à côté, ce serait un épisode du Club des cinq, j'exagère à peine, c'est pas ça l'important, l'important c'est d'écrire, c'est mieux oui c'est mieux, c'est d'écrire en coupant les légumes pour le soir, c'est d'écrire en comptant les étoiles qui poussent dans l'herbe haute, c'est d'écrire les sens en convalescence et les poils dressés -oh oui dresse-toi devant moi, dresse moi dresse moi, je m'en sors pas- tellement ça pulse encore tout en bas, c'est comme un virus, on sait pas si on s'en sortira jamais et j'ai des frissons rien qu'en pensant -oh oui si tu savais à quoi je pense, bien sûr tu sais cette Odyssée, je m'en sors pas- j'aimerais bien arrêter de penser deux minutes, arrêter de me balader d'une sensation -putain, putain j'en veux encore, j'en ai rien à foutre d'être en paix- à une autre et puis d'un coup je me rappelle que je suis branlée comme ça, dans une terre molle et chaude, une pâte souple et douce -tu sais la matière de ma peau, la douceur- qui se fond partout, qui fond de partout, j'aimerais bien arrêter deux minutes.