lundi 28 octobre 2019

Les prestiges des loups


On se croirait dans Bukowski et Harrison réunis.

Le vin de la nuit et les clopes des grands soirs.

J'en peux plus de ce corps à bouffer de mon corps à remplir, les pores pleines de l'eau de ma jouissance, eau de pluie acide, peau qui brûle et fumée qui monte. On se croirait dans Bukowski.

Ne manque rien. Pas même un morceau de chocolat noir à laisser fondre sous la langue.

À ce moment précis où nous sommes. Au cœur des ténèbres. Au fond du conte.

Un sillon de sueur sèche le long de la colonne.

Il y a des moments vraiment parfaits dans l'existence, crois-moi, de ces moments où la vie dépasse toutes les espérances qu'on place en elle.

Comme un linge propre suspendu à un éclat de soleil. Pile entre rosée et pluie. On se croirait dans Harrison.

Les prestiges des loups s'arrangent avec les parties basses de la nuit et de nos corps.

Il y a des moments où il faut s'accrocher aux lueurs dansantes en fermant les yeux, en s'abîmant dans l'espace infini d'une queue qui se faufile dans les bois sombres pour les éclabousser de lumière.

Mais ça vient de moi.

Je sens la lumière qui émane en geyser de mon âme et jaillit en millier d'étoiles au bout de mes doigts sous lesquels irisent un millier de frissons.

Il ne manque rien à cette vie.

Tant qu'on a du vin, des clopes et un carré de chocolat entre les dents, un stylo entre les doigts, un sillon de sueur dans le dos, les pieds campés au sol et les mains sur le cœur.

La possibilité de l'Il se développe comme un papillon phosphorescent dans une chrysalide trop étroite qui se fend doucement.

Il ne manque rien à cette vie, crois-moi, tant qu'on a de la peau à frotter contre une autre peau, diffusant l'énergie magnétique d'un pôle à l'autre, nous faisant terre au moment de jouir.

Rien de plus qu'une aurore boréale.

Les cigarettes qui fument, les verres de vin qui s'engloutissent. Un goût amer de chocolat sèche le long de ma colonne, dans les parties basses de la nuit et de nos corps, dans la solitude des forêts.

Chez Harrison et Bukowski, nous lisons des héros minables et magnifiques, du bout de nos doigts, nous leur donnons corps et matière.

Tels sont les prestiges des loups quand la lune se déploie sur ma peau.

27 octobre 2019