dimanche 22 septembre 2019

Ou alors le jour.

Je les avais bien plantés au fond de mes oreilles, pour m'extraire, pour m'isoler au fond de moi-même, pour ne pas sentir le souffle de la multitude colorée et grouillante.

Je les avais pourtant bien planquées au fond de mes poches, mais non, je suis con, j'en avais même pas des poches. 

Ou alors le jour je mens. 
Je mens et j'attends des trains. 

En attendant la pluie qui s'annonce par ce vent du sud. 

Je les avais bien calés sur des pages inutiles, pour m'alourdir de leur poids de plume en vol, pour sortir du fond de moi-même, pour envoler la multitude de papillons de nuit qui habitent mes jours. 
Mais non, je suis con, les papillons de nuit, justement... 

Ou alors le jour je mens. 
Je mens et j'espère des trains. 

Je les avais bien croisés sur ma poitrine, pour m'étreindre et me protéger de cette foule compacte, pour recueillir mon souffle défaillant.

Et si c'était le jour et pas la nuit, la zone où je mens ?
Et si c'était en attendant la pluie après des mois de sécheresse, la zone incertaine, l'espace du basculement?

Voilà que les nuages se déchirent à nouveau et revient un coin de bleu. 
Même le ciel ment. Mais uniquement le jour. 

Ils s'étaient pourtant gorgés de gris et de vent lourd, pour allaiter les arbres malades, pour couvrir les plaies sableuses du sol qui nous supporte. 

Je les avais bien levés, pour attendre que les gouttes les trompent et les démaquillent de toute cette poudre que les papillons de nuit déposent sur mes paupières en plein jour.

Ou alors le jour je mens. 
Je mens et je monte dans un train.

BO. La nuit je mens, Alain Bashung