mercredi 11 septembre 2019

Trace d'escargot

La lente ascension des escargots sur les murs laisse les traces séchées de son passage.

La pluie se fait attendre. Pas le froid qui fige dans la pierre la longue langue du chemin des escargots. 

Si je marche dans les rues, probable qu'on suive mes traces, comme si j'étais un escargot.
Ce serait bien un système pour qu'on retrouve son chemin, ou qu'on puisse se suivre, cette trace transparente, comme un repère, une balise de bave.

Il paraît que la Trace gît en chacun d'entre nous, n'attendant que la possibilité d'éclore, comme l'escargot attendrait la pluie.

Qui d'ailleurs se fait attendre. 

Moi, j'ai tellement faim que j'en salive, plus qu'un molosse à certaines heures. 

L'opportunité des 333 dimensions

Puisqu'il n'y a que l'amour qui nous rende à nous-mêmes*, je me demande alors combien de moi-même j'ai pu être.

La multiplicité des amours est si vaste, si dense qu'il n'y aurait qu'une multitude fondue en une, dans une jolie valse lente, propre à se caresser les cheveux, comme le faisait la main tant aimée de mon grand père, propre à soutenir un corps d'enfant dans ses bras repliés, propre à étreindre de derrière un amour qui s'éloigne en silence. 
Une multitude fondue en une. 

Masse liquide des amours qui se fondent dans le creuset vivant d'un être. 

L'amour, c'est l'opportunité d'un arbre dans le paysage*
Je valse donc doucement dans une forêt.

Combien ai-je pu être ? 
Quelle est cette moi qui aime en 333 dimensions ? 

Puisqu'il n'y a que l'amour qui nous rende à nous-mêmes, de quelle nature est cette prise sur l'être qui nécessite que l'amour nous la rende, comme on se rapporterait un objet précieux et dérisoire, perdu depuis l'enfance ?

Où se cachent nos êtres quand l'amour les déserte ? 

Bon nombre de moi s'égayent alors au gré des troncs. 
L'opportunité d'un arbre dans le paysage. 

Je ne sais pas reconnaître le charme dans une forêt de bois. 
Je crois savoir le distinguer dans une forêt d'amour. 
Je crois que tu pourrais m'appeler Danse avec les arbres, si chaque arbre est un amour, une opportunité offerte à mon paysage. 

J'oublie un bon nombre de moi-même. 
J'ai la rumeur des derniers arbres à avoir conquis la forêt. Encore dans la brume. Des branches en tenailles. Une ramure de fragments sombres. 
Une moi-même inconnue qui me sera alors rendue. Faire délicatement sa connaissance au bord de la route fut un ravissement. 

Le temps passe et je me sens trop tôt hors de danger. 

Y a-t-il autant de nous-mêmes qu'il y a d'amour à vivre, à jouer, à écrire ou à lire, à baiser, à dépérir, à soutenir, à planter ou à envoler, combien y a-t-il d'amour en nous-mêmes, que nous méritons de nous rendre ? 

Je pense l'amour en 333 dimensions. 
L'opportunité d'un paysage dans un arbre. 

*Camus, L'envers ou l'endroit. 

BO. In the mood for love soundtrack, yumeji's theme