dimanche 8 septembre 2019

Entre mes doigts

Je regarde mes mains. 
Les sillons plus profonds, la peau plus sèche. 
Entre l'index et le majeur qui écrivent, une tâche jaune, qui ne disparaît plus. 
Ongles coupés courts. À cause de la peinture. 

J'ouvre mes mains. Les retourne. 
J'ai toujours les petites fossettes qu'ont les tout petits enfants à la base des doigts. 
Mes mains ne sont pas grandes. Du tout. 
Pas des mains musicales. Du tout. 
Entre le majeur et l'index qui n'écrivent pas, une tâche jaune, qui commence à apparaître.

De chaque côté, deux bagues. Majeur et annulaire. 

Droite. Sept anneaux entremêlés comme autant de jours arrondis. On appelle ce bijou un semainier et si je l'ôte, ma main récupère de la légèreté, mais insoutenable.
Une bague pénible pour pétrir les pâtes à pizza, pour mélanger à la main. 
Sa voisine date des années 60, bague de fiançailles d'une mère morte avant que l'Amoureux puisse en garder souvenir. Or et tout petit diamant, une jolie bague au charme désuet, ni très ancienne, pas encore vintage, un bijou indéfinissable et couleur de la tâche jaune entre mes doigts.

Gauche. Un caillou de plage noir collé sur un anneau ajustable. Un caillou noir de ma plage, dont le vernis laisse apparaître des impressions vert-de-gris. Un totem fait bijou. 
Puis l'alliance, si fine qu'elle pourrait rompre à n'importe quel moment. Même pas une vraie alliance d'ailleurs, un simple anneau d'argent qui rappelle un rameau d'olivier. 

Je regarde mes mains et je les trouve bien chouettes de me tenir mon stylo, mes clopes, mon couteau de travail, mon volant de voiture, celui de mon camion. Bien chouettes quand elles épluchent avec habileté les pommes tombées et les champignons, quand elles cueillent et frottent les plantes que je trouve entre mes doigts, quand elles écrivent ou font l'amour, quand elles caressent ou tiennent les bouquins ouverts. 

Je passe mon nez à l'intérieur de mes paumes. Elles conservent certaines odeurs entre mes doigts. Huile de callophyle pour les cheveux, odeur de noix. Nicotine, odeur de moi. Citron, odeur du jour. 

Je leur serrerais bien la main à mes mains. 
Une étreinte reconnaissante à déposer entre mes doigts. 

BO. Gymnopedie n°1, Erik Satie 

En cabane

Tu m'entreras dans la cabane
Si d'aventure je ne sais où dormir
Tu m'entreras dans la cabane
Tout au fond des rivières où tu t'en vas courir
Tu m'entreras dans la cabane
Au bord de la nuit tu m'entendras sourire
Tu m'entreras dans la cabane
Si d'aventure je ne sais où dormir