mercredi 4 septembre 2019

Écriveine

Ça s'insinuait en moi comme une sourde fièvre, ça se mettait à suinter de partout, à couler le long de mes jambes, au bout de mes cheveux, ce mal délicieux, cette tendre possession, à tel point présent que j'en oubliai mes clopes. 
Heureusement qu'elles eurent un sauveur ce soir, un message, vas-y je remonte. Même pas aperçu...

Plus importantes, plus impérieuses que la fumée couvrant mes alvéoles, mes veines coulaient de l'écrit et je parlais toute seule, je marmonnais en remuant à peine les lèvres alors que je ramenais la petite en lui portant son vélo d'une main et enroulant son petit poignet de l'autre.

Ça me coulait de partout comme une humeur poivrée et élastique et ces images de ventricules qui écoutent des histoires, je pensais à cette scène de Parle avec elle, j'avais l'absence almodovarienne, la rêverie almodovénerienne, ça me suintait des narines et des yeux, je te raconte pas l'état plus bas, ça serait indécent et je ne mentionne qu'à reculons le bouillonnement de l'intérieur.

Tout ça tu le sais. Mais comment le sais-tu alors que je l'ignore ? 
J'aime bien quand tu vois l'avenir, quand tu flaires l'écrit qui coule de mes veines.
Alors ce refrain à demi murmuré, à moitié réfréné, cette litanie et cette plongée intraveinarde ou sous-veineuse.
Je commence à avoir des hallus littéraires. 
Veine et Noeud. Par exemple. 
Ça ferait un sacré titre pour une nouvelle porno, l'histoire de Veine et Noeud reste encore à écrire mais je sens bien qu'on tient un truc.

Tu vois le modèle des hallus que je me paye ? 
Elles mettent des heures à s'écailler de ma caisse de résonance, alors je marmonne, j'annone jusqu'à ce que l'écrit sorte de mes veines.

Écriveine. Putain de merde.

BO. 1885 (96° in the shade), Third World

Dialogue in à la con

Beau comme un
Harpon
Piquant comme un
Jupon
Brûlant comme un
Chardon
Perçant comme un
Camion
Miaulant comme un
Côlon
Mignon comme un
Charbon
Irrité comme un
Violon
Affriolant comme un
Chaton

Y'en a tant et tant des mots en -on et rien pour dire c'que j'ai en tête
C'est con.

Ni avant, ni après

Je me demandais... 

Non. Te demande pas. Suis un peu tes intuitions. On est jamais obligé d'apporter toutes les réponses. Surtout en la matière. 
Ça fige, ça crispe, ça enferme. En plus. 

Ça fait mood Avant/Après. 

Non. Te demande pas. Ou si, demande toi mais me demande pas. Ou fais comme tu veux en fait. 
Je me demandais... 

T'as vraiment besoin de savoir ? 
Ça suffit pas juste de sentir ? Parce qu'après tout, on s'est flairé plutôt bien non ? 
Pas forcément besoin de plus. 
Ni avant. Ni après. 
C'est pas parce que ça démange qu'il faut gratter au sang. 

Juste une chose. La passion tu m'as demandé. 
Et la passion ? 
J'aime pas je t'ai répondu, ça empêche de réfléchir. 

Là d'accord. 
C'est une demi vérité. C'est une protection. C'est un lointain. Un Avant / Après, c'est certain.
Et là, si tu poses à nouveau la question, je répondrai. 

L'avant et ses bourrasques éperdues à errer dans des rues en zigzag, un pull sur les épaules et le cœur au bord des lèvres. 
L'après et ses ouragans de doute et d'affolement, à errer dans des rues droites et vides, le cœur en miettes au fond des poches.
L' après et ses usines de réparation d'orfèvrerie, à transformer un truc qui emporte en un truc qui porte. 

Il y a toujours un avant et un après. 

Juste, pour répondre à la question initiale, je ne vis ni dans l'un, ni dans l'autre. 

Et je me flaire plutôt bien.
Maintenant. 

BO. Wasted time, Joe Jackson