mardi 3 septembre 2019

En lisière de ton coeur

On avait eu cette discussion sur l'amour. 

J'avais dit qu'aimer c'était placer l'autre au cœur de ses pensées, ça vous a un goût de Conrad, on est au cœur des pensées comme au cœur des ténèbres, en plus lumineux, en plus chaud, en moins seul.

Et être aimé c'est se sentir au coeur des pensées de l'autre. Un désir des plus évidents, des plus simples et des plus légitimes.
Se savoir au cœur des pensées d'un autre aimé, pour ne pas être seul en lisière des ténèbres. 
On aime l'autre avec son cœur, si bien qu'on ne sent pas toujours l'amour battre, on sait juste qu'il est là, au cœur, au fond de notre vie. 

Mais il arrive qu'on vive ça autrement. Il arrive que la lisière ait un cœur.

Encore un joli mot "lisière". 
Beaucoup plus joli que bordure, ce "bord dur", ce contours plein "d'arrête", ce stop en pleine marche vers moi, vers toi.
La lisière dessine des friselis sur l'eau de l'amour, des petits frissons de début de nuit d'hiver, on ne sait pas si on va y pénétrer, dans la forêt dense du cœur de l'autre. Et ça n'a pas d'importance, vu que la lisière a un cœur.

Mais il arrive qu'on vive ça autrement. Encore. Il arrive que le cœur ait une lisière.

Alors tu vois, tu prends un coeur dans ta main, le tien par exemple, ou le mien pourquoi pas. 
Et toi - je rapetisse et arpenterais ce coeur d'une taille peu commune, toi - je s'y baladerais, s'y glisserais dans une artère pour y dormir profondément, lui raconterais des histoires dans le creux des ventricules. Alors il se mettrait à palpiter plus fort, pas tout le temps, mais souvent.

Les gens veulent souvent vivre tout à fond, à cœur perdu, mais c'est épouvantable ça, à cœur perdu.

Il arrive qu'on vive ça autrement.

Toi 
tu lis au cœur de ma lisière
Et moi
j'écris en lisière de ton cœur 
 Par exemple.


BO. La musique adoucit les mœurs, Claire Diterzi