vendredi 30 août 2019

Pour du beurre

Pourquoi il faudrait toujours compter ? 
Ça, ça vaut pour ceux qui calculent, et qui finissent, vieillards, à pisser des cailloux, pourquoi il faudrait toujours compter ? 

Pourquoi je devrais me cacher pendant que tu comptes ? C'est facile, si je veux pas que tu me trouves, je me casse et si je veux l'inverse, je reste où je suis. Pourquoi compter ?

Et jusqu'à combien il faudrait que tu comptes pour que ça compte pour toi ? 
Et aussi on comptait les vies humaines à coups de numéros tatoués sur l'avant-bras, identité volée. Ça devient quoi ?

C'est mon chiffre, c'est mon code, c'est mon indéchiffrable, c'est mon inviolable, c'est mon inatteignable, c'est mon inaccessible.
C'est ce qui est resté. Les chiffres. 
Tu te rends compte. 

Je ne sais pas tenir les comptes, ça m'emmerde, ça m'oppresse. 
Il va falloir que j'aide le petit à compter.

Non, tant pis, je l'aiderai à lire et à écrire, j'aime pas compter les numéros et pourtant j'aime compter pour les autres, ils peuvent compter sur moi, j'aime compter pour toi, quelle aberration ce truc, quelle abomination du langage.

Jusqu'à combien il faudrait que tu comptes pour que je compte pour toi ? 

Et c'est pareil pour tout tu as remarqué ? 

Il faut compter combien de bleus, combien de mortes pour que ça compte la vie des femmes ? 

Je ne suis pas fortiche en calcul, jamais été. 
Ça compte pour toi ? 

Et si c'est pas important, on a qu'à dire que ça compte pour du beurre, ou pour des prunes. 
C'est meilleur que bien des choses. C'est toujours mieux que pisser des cailloux. 
Ça compte pour moi.