mercredi 28 août 2019

Détends toi

Retrouvée l'effervescence de mon jardin, retrouvée l'énergie qui monte en graines, le tourbillon plein de boucles noires.
Détends toi... 
Retrouvée la folie douce et le total foutraque, égrainer la moutarde, la croquer, en sentir le piquant sur la langue et les minuscules épines des cosses sur les doigts, beaucoup de travail pour pas grand chose, beaucoup de travail pour le partage, donc ça vaut toujours le coup.
Détends toi... 
Retrouvées les bulles de temps, les herbes folles et la laine des moutons et les cloches des chèvres, les jouets des enfants, retrouvés. Les poussins, dix, arrivés dans l'été. Retrouvés les curieux et les habitués.
Détends toi... 
Retrouvée la musique de la bergerie, un mélange de rap, de cloches, de cris des petits, de gloussement des poules, de battements. Ailes de pigeon et cœurs de ceux qui se retrouvent.
Détends toi... 
On est pas bien là ? 

La voix d'ambre

Il m'a sonnée de sa voix d'ambre. 
Il m'a transpercée de ses rides de coins des yeux.
Il a eu ce sourire d'évidence en déclamant Baudelaire, et voilà.
D'un coup, la poésie, par l'ambre de sa voix morte entrera pour la toute première fois dans ma dimension. 
Il me sonnerait de sa voix ample et noire. Descendue dans le feutre de son timbre, je cherchai alors à le faire rentrer, rentrer. Plus profond, plus fort, plus loin. 
La voix comme un amour, un amant à absorber si loin en toi, la voix d'ombre comme l'ardent désir que tu ne comprends pas. La voix d'ambre qui ne monte pas mais qui rampe et ricoche, têtue et éternelle. La voix d'ombre et les entrailles en fusion.
Je demanderai au vent, à la vague, à l'oiseau, à l'étoile, à l'horloge, je posai l'unique question. 
Je demanderai quelle heure il est et je me jetterai dans ses bras, ruisselante sous la pluie des mots de Prévert. Sous les ailes des oiseaux de Baudelaire, je m'enivrerais d'une voix d'ombre, de tout ce qui rit, de tout ce qui gémit, de tout ce qui fuit, de tout ce qui chante, de tout ce qui parle
Sans trêve l'amour de la voix d'ambre, les mots ont peu d'importance encore, il serait l'heure de s'enivrer. 
Sans trêve, caressée dans les ombres du temps, par la voix d'ambre d'un autre Serge. 
Je lève mon verre et m'approcherais de tes lèvres. 

Enivrez-vous, Charles Baudelaire (par Serge Reggiani)