mardi 27 août 2019

Le camion et la grande vallée

Je ne lirai plus Steinbeck de la même manière. On ne peut plus lire Steinbeck comme on l'a toujours lu après ça. 

Ce petit recueil de nouvelles, parce que le gros bouquin en cours ne rentrait pas dans le petit sac d'étape, alors Steinbeck, des nouvelles, d'accord. Ça ne prend pas de place et ça ne se repasse pas. 

Mantra des valises des mères. Ça ne prend pas de place et ça ne se repasse pas. 
Petite place dans le sac. 
Grande vallée le titre. 
Il se présentait nickel impeccable ce road movie, ce Louise sans Thelma. 

Il est lourd, dense et impossible à manœuvrer. 
En même temps, il est souple et puissant. 
Il me fait kiffer et on est loin d'être d'accord lui et moi. 
Il est taillé pour la route, plein Est et je le remonte au Nord dans un boucan du diable et dans un silence feutré de pensées assommées par l'infernale chaleur de cet enculé d'été indien. 

Et puis, au début du matin, j'ai lu Steinbeck en le surveillant du coin de l'œil. C'est rare chez moi les nuits quasi sans sommeil. 
Encore un café sur la robe. 
Heureusement qu'elle séchait à la vitesse de la lumière du jour qui se levait. 
Heureusement qu'elle ne prenait pas de place dans le sac. Finalement le repassage on s'en branle. 

J'ai lu Steinbeck en surfant sur son attente au début du matin. 

Je me suis posée sur lui, je l'ai cramponné et me suis laissée remonter plein Nord en fermant le livre. 

De toute façon on peut pas lire quand on conduit un tel engin. 

Tu crois que c' est ça être douée pour le bonheur ?