samedi 20 juillet 2019

Tes doigts mes doigts

J'avais confondu mes doigts avec les tiens, j'avais confondu ma chatte avec une piste de bobsleigh pendant que mes doigts tes doigts glissaient dessus, je me suis fait l'amour trois fois avec tes doigts mes doigts, j'avais confondu mon clito avec une prise électrique pendant qu'une voix masculine m'ordonnait de me toucher, j'avais confondu son souffle avec le tien, alors que je pliais involontairement mes jambes sous la pression de mes doigts tes doigts, j'avais confondu mes mains avec les tiennes sur mes seins durcis, je me suis fait l'amour trois fois en appelant ton nom avec la voix mouillée et tremblante de ma chatte, tes doigts mes doigts pressant et ramenant à la vie le bouton qui dit oui, le clito que j'avais oublié pendant un temps trop long jusqu'à ce que mes doigts tes doigts soient suffisamment forts et assurés pour lâcher les petits et me dorloter enfin, je lui ai fait l'amour trois fois en te parlant par mes doigts tes doigts, qui savonnaient ma planche de surf, ma fente de joie, j'avais confondu ma jouissance avec un geyser et j'ai dû fuir mon appartement, morte de faim, Louve affamée à la recherche de viande crue à me mettre sous la dent, j'avais confondu mon canapé avec la constellation d'Orion, alors que mes doigts tes doigts accrochaient au tissu des gouttes d'étoiles, nouvelle Voie Lactée issue du frottement de tes doigts mes doigts, j'avais confondu ma chatte à un coquillage plein de promesses, palpitant sous la caresse de tes doigts mes doigts, pendant que je me faisais trois fois l'amour en souriant ton nom. 

Quand j'étais vieille

Quand j'étais vieille, je regarderai en arrière, je ne crois pas que ce sera simple, mes os craqueraient et mes yeux s'embrumaient d'avoir vécu, d'avoir marché, grandi, rapetissé, dormi, fait l'amour, quand j'étais vieille, j'ai des centaines de milliards de mots dans la tête qui se dérouleront comme un long ruban d'asphalte usé que je remonterai à dos d'homme, assise sur une tondeuse à gazon, au rythme lent du temps qui s'écoule, quand j'étais vieille je n'aime pas la rapidité, je prendrai mon temps, pour remonter jusqu'à un baiser qui n'a pas encore eu lieu, j'aurai un hoquet de surprise, d'émotions qui soudain explosent dans une bulle d'air qui sortirait de ma bouche à l'approche de ce baiser, comme un coup de vent qui ébouriffait la danse tranquille des hautes herbes, quand j'étais vieille mes enfants se feront du souci pour mon cœur, mes artères, ma tête posée sur l'appuie-tête de ma vie et mes yeux tournés vers l'intérieur de la fenêtre, vers ces paysages que je n'avais pas vus, quand j'étais vieille mes mains tenteront sans doute encore de rouler mes cigarettes, et je couvre le présent d'un voile de fumée, comme une chamane, et je ferai apparaître les fantômes de ma vie, quand j'étais vieille je suis d'une grande sagesse, longuement et patiemment infusée dans l'eau de vos existences, teintée de couleurs vives et délavées, je nagerai encore dans la mer avec le reflet des oiseaux, quand j'étais vieille je conduis toujours ma voiture, malgré l'âge, les os qui craqueraient et les feuilles mouillées sur la route à présent inéluctable, je prendrai les chemins qui m'emmènent vers mes morts, et mes enfants se feront du souci, et je leur rappelle que le souci est une plante qui guérit, qui apaise le feu des douleurs et qui adoucit l'âme en lui rendant la paix, quand j'étais vieille, je prenais ma mère par la main pour lui signifier que sa force n'est jamais partie, qu'elle se serait juste cachée derrière, je marche vacillante sur deux cannes exténuées, un sourire aux lèvres tendues vers un baiser qui aura bien lieu un jour, quand j'étais vieille je ferai le voyage en tondeuse à gazon, parce qu'une sœur est une sœur et qu'un hoquet d'émotions qui soudain explose dans une bulle d'air qui sortirait de ma bouche, justifiait bien ce voyage harassant, pour qu'enfin je soies un meilleur être humain.
Ce sera pour quand j'étais vieille.