samedi 6 juillet 2019

C'est juste mon cerveau

Et j'aimerais bien savoir pourquoi toutes tes chéries croient que nous étions amants, alors que ce n'était pas le cas, ou alors on aurait été amants de cerveau, ce qui a une certaine saveur, jouir du cortex, ça finit presque pareil que jouir du sexe, on dirait que je m'interrogerais sur les mécanismes de la jalousie et de la dépendance à un homme et que j'avais du mal à comprendre comment tes chéries pouvaient être jalouses d'un fantôme en wax, sans incarnation dans ta chair par dessus le marché, et on dirait que je m'interrogerais sur toi alors, sur tes évitements, sur l'incarnation que tu me donnerais, parce qu'on aurait sans doute été amants de la cervelle et désirants de nos corps, je me serais demandée si donc le gel de ma matière grise t'aurait à ce point grisé que tes yeux en auraient pris la couleur, vu que je m'en souviens comme ça, et j'aimerais bien savoir comment j'arrive à nager dans ces eaux troubles comme si je dansais d'une étoile à une autre avec Sinatra dans les oreilles, ce serait ainsi quand je penserais à nos baises écervelées et à mes excitations solitaires sous le pétillement canaille d'un orchestre de cuivre et puis je descendrais le grand escalier du music hall, on dirait qu'on se ferait une petite partie de claquettes, ce serait comme ça, pour rien, juste parce que la vie est parfois plus légère en pas de côté, et j'ai toujours pas capté comme tes chéries auraient pas capté que les claquettes c'est pas la vie, c'est le music-hall et que ton chapeau-claque te va à merveille mais que tu te balades pas avec, c'est juste dans mon cerveau, pour faire jouir mon cortex, et que je ne sais pas danser du tout mais que pourtant j'envoie du lourd en descendant mes escaliers, c'est juste dans ton cerveau pour faire jouir ton cortex, parce que jusqu'à ce qu'on me prouve le contraire, nous sommes amants de cerveau, je te fly to the moon, on dirait qu'on jouerait sur la face cachée de la lune, à frotter nos langages l'un contre l'autre, on nagerait avec l'hippocampe, et mon cortex irait tutoyer les étoiles, sous le pétillement canaille des cuivres.
Fly me to the moon.

Stromboli

Au démarrage, il y a la mer, étale, bleue et froide, indifférente, avec ses poissons, ses coquillages, ses profondeurs, ses courants, qui la colorent différemment chaque jour, chaque heure, au démarrage, il y a la mer et rien d'autre qu'un caillou pointu posé dessus, un grain de beauté de la mer, qui en compte plusieurs, ce qui fait qu'elle est belle.

Au démarrage, on ignore pourquoi les cailloux posés sur la mer, parfois, crachent et soufflent, comme des forges, on ignore tant de choses.

Et moi, j'écoute Summertime en réfléchissant aux colères d'un grain de beauté posé sur la mer, en roulant son nom comme un minuscule caillou dans ma bouche, quelque part dans ma pensée, sur un bateau de fortune perdu entre Malte et l'Italie, en maudissant les échanges ignobles entre nations.

Sous la croute de Stromboli, couve une fumée lourde, à l'autre bout du monde, la terre s’ouvre en deux, comme en écho.

Summertime...