jeudi 13 juin 2019

Quatro stagioni

Personnage n°1
Quand je me touche en pensant à toi, c'est toujours sur fond d'orage, de ces orages qui nettoient les rues sales, qui inondent le bas des maisons, c'est toujours dans le tapage des moustiques du Rhône, c'est toujours dans mon corps étendu sur le ventre et dans le parfum d'un jus d'orange, dans les pieds nus sur le béton humide et les toits provençaux, c'est dans ton corps tremblant de fièvre et secoué de sanglots, c'est dans ton mutisme et les ronronnements des chats qui font la sieste au soleil, c'est toujours à l'automne.
Personnage n°2
Quand je me touche en pensant à toi, c'est toujours 1500 mètre plus près du soleil, sur l'adret de la montagne, de ces montagnes rougies à l'automne, de ces altitudes qui promettent la récompense de leur silence habité par les oiseaux, les campagnols et les branches des conifères qui se balancent au gré des vents, c'est toujours dans mon corps qui porte nu ta chemise bleue imprégnée de oud et de musc blanc, dans l'odeur de la gentiane et le moelleux de la neige, c'est toujours entre une chapka et des bottes et rien au milieu, dans une partie de cache cache à la nuit d'hiver, dans l'odeur de la fumée de cheminée, et toujours 96 Degrees in the Shade, dans ta voix grave et tes yeux tristes, c'est toujours en hiver.
Personnage n°3
Quand je me touche en pensant à toi, c'est toujours furtif, dans tes mouvements relâchés et ton pas dansant, le pas de ceux qui marchent beaucoup et qui ne savent pas rester sur place, c'est toujours dans le nom des fleurs, le bourdonnement des insectes et la paille mouillée, c'est toujours dans mon corps immobile et contemplatif, dans la pudeur de ceux qui savent que plus loin c'est sans doute le précipice, c'est toujours dans l'odeur sucrée des tilleuls et tes cheveux en broussaille, c'est toujours au printemps.
Personnage n°4
Quand je me touche en pensant à toi, c'est toujours enroulée de vent et de sel, de ces vents qui rendent fou, qui font et défont les dunes en remplissant les chaussures de sable, c'est toujours dans le goût des amandes fraîches et les siestes de plage, dans le café noir et les plumes des oiseaux des marais, c'est dans ton corps souple et tes yeux gris orage couronnés de ton accent circonflexe, c'est toujours dans les forêts de Bosnie et les feux de camps tziganes, dans le chant des louves et le croassement des corneilles, c'est toujours dans mon corps immergé dans la mer ou dévêtu au crépuscule, dans les branches qui me racontent les histoires de tes voyages, c'est toujours en été.
Personnage principal
Quand je me touche en pensant à toi, c'est toujours dans l'immensité de tes bras et ton souffle près de mes lèvres, dans ma nuque qui frissonne à l'approche de ta bouche, c'est toujours dans ton corps qui part en vrille et soudain m'écrase, c'est toujours au matin, dans le lever du jour, dans ton corps pour lequel le mien conserve encore quelques secrets, c'est dans nos quatre mains qui se frôlent ou s'étreignent, c'est toujours dans ton front têtu et ta tonitruance, dans tes excès de joie, de colère ou de désir, c'est toujours dans mon corps nu dressé devant toi comme un défi à relever encore et encore,tu les englobes toutes, tu n'as pas de saison.