mercredi 5 juin 2019

Gamme de soi, dialogue in

Tu es là
Je t'ai retrouvée
Sous la pluie
Au bout de mes doigts
Des kilomètres
A contrevent
Tu es là
Tu es si
A dos d'homme
Au bout de mes lèvres
Tu es là
Tu es fa-si-la vivre
Sous les ailes des grands oiseaux
Je t'ai retrouvée
Dans la brume des forêts
Ré-
Tu es là

Au bout de la sol-itude
-Veillée

Les yeux ouverts

A dos d'âme
Ligne d'horizon
Tu es là
Des marcheurs
Sous le chant du oud
Je t'ai retrouvée
Tu es si
Au bout de ma langue
Tu es là
A mille mile de toute terre habitée
Dans les mots des poètes
Je t'ai retrouvée
Sous la terre assoiffée
A trois
Tu es là
Au bout de ma peau
Dans l'amer noir
Je t'ai retrouvée
Tu es là


De loin

De loin, t'aurais rien pu constater, t'aurais rien pu deviner, t'aurais rien remarqué, tu t'en serais même pas douté, de loin t'aurais juste vu une nana assise dans l'herbe mouillée au pied d'un arbre, un arbre un peu spécial, un bel arbre, au tronc tordu, comme le torse d'un mec dans l'amour, comme le torse d'un mec qui s'ouvre en deux et se tourne pour mieux voir la fille derrière lui, parce que c'est comme ça les mecs, ça aime bien voir les filles quand elles leur font des trucs qui les excitent, un arbre au tronc tordu donc et une fille assise à sa base, le dos collé à ce tronc tordu, en robe, le cul dans l'herbe mouillée, mais de loin tu l'aurais pas sentie l'herbe mouillée, tant l'air était sec, mais au pied des arbres tout est différent, de loin t'aurais juste vu une nana assise par terre, les jambes croisées en tailleur, en train de fumer une cigarette, une main dehors, une autre dans la poche de sa robe, le regard tourné vers un ailleurs que de loin t'aurais même pas soupçonné, de loin t'aurais pas pu imaginer que la nana assise au pied de l'arbre au tronc tordu était en réalité en train d'écouter un pornaudio, de loin t'aurais jamais pensé que la nana était en réalité en train de se toucher, parce que la poche de sa robe est trouée, parce que pendant qu'elle fumait une cigarette elle entendait résonner à l'entrée de son pavillon et tout au fond de son oreille, pour la première fois, elle écoutait un truc rien que pour elle et pour des centaines d'autres, rien que pour elles, elle entrait dans la pornographie auditive, mais ça de loin tu t'en serais jamais douté, tu n'aurais jamais pu imaginer la chaleur de son sexe sur l'herbe mouillée et sur son pied qu'elle avait joliment ramené sous elle, pour accentuer la pression de ses caresses, loin, très loin des cris des jeux d'enfants pourtant si près et des discussions des adultes, assis à 50 mètres sur quelques bancs qui restaient encore à l'ombre, de loin t'aurais pas pu comprendre la solitude habitée de cette nana sous son arbre, t'aurais pas pu percevoir l'excitation, et la joie d'enfin se trouver une pornographie à soi, de celles qui font jouir par les oreilles, parce que c'est comme ça les nanas, ça jouit par les oreilles, plus que par les yeux, et de loin t'aurais pas su ce que les mots chuchotés au creux de son pavillon et tout au fond de son oreille éveillaient comme fantasmes, des trucs doux et crus, des sons moites et légers, de loin t'aurais dit que la nana assise le cul dans l'herbe mouillée avait dû passer une sacrée journée pour avoir besoin de ce calme sylvestre, t'aurais pas pensé au rond de son talon sur sa vulve réchauffée par ces voix d'homme et de femme l'invitant dans leur jeu fantasmé d'un plan à trois, ou de cet homme lui laissant un message érotique, juste pour elle et pour des centaines d'autres qui auraient eu la bonne idée de se coller les écouteurs aux oreilles pour s'échapper du monde et de leur sacrée journée, pour s'abandonner dix minutes un quart d'heure à l'intérieur de leur sexe réchauffé par les voix enveloppantes qui leur lèchent l'intérieur des oreilles et du corps, de loin t'aurais jamais rien vu d'autre qu'une nana assise au pied d'un arbre, un arbre un peu special, un arbre au tronc tordu comme un torse d'homme dans l'amour, t'aurais vu qu'un nana assise sur l'herbe mouillée.
De loin, tu n'aurais pas vu une nana assise sur l'herbe. Mouillée.