mercredi 15 mai 2019

La douceur des orties

Le bleu du ciel au goût de banane, putain d'avion, avant je les aimais bien ces traînées blanches, ça voulait dire qu'un garçon pensait à toi, quand t'avais 14 ans, tu t'en souviens ou pas, et bien 22 ans plus tard, tu t'allonges sur un banc en plein soleil, refuge en ville, il y en a encore quelques uns, promis, des bancs dans un bout de nature en pleine cité, et tu vires tes chaussures et tu te dis putain d'avion, avant je les aimais bien leurs traînées blanches mais désormais, je ne vois plus que des milliers de litres de kérosène dans la nature putain, mais c'est pas de ça dont je voulais te parler, parce qu'un jour il faudra bien qu'on parle Toi et Moi tu sais, il faudra bien que je te dise deux-trois trucs, que je me mette en règles avec moi-même et qu'enfin je rende hommage, à travers tout ce que je vais te dire, que je rende hommage à l'Homme, qu'à travers tout ce que je vais te dire, que je rende hommage à mon homme, parce que dans quinze jours je me marie et que ça change quelques trucs même si ça change rien, ça change que je m'unis à mon homme, que je m'unis à un homme, ça change pas le bleu du ciel, ni son goût de banane, ni ces putains d'avion, ni tous mes désirs, ni tous les siens, je crois que la liberté qu'on s'offre ensemble a la douceur des orties, il faut juste savoir comment les cueillir ou bien porter des gants, mais si tu la bois, je te promets, l'ortie a la douceur de la banane, et en fait tu vois, je crois que je suis un peu pareil, j'ai la douceur de l'ortie et son goût de banane, j'ai bien aimé être une belle plante de plus dans ce jardin, j'ai bien aimé ton sang chaud, mais qu'il faut pas trop avoir quand même d'après toi, ça m'a plu cette retenue piquante, et le ciel bleu, tout comme m'avaient plu un accent circonflexe entre deux yeux couleur d'orage, une paire de babouches jaunes et une chemise rouge, tout comme m'avait plu une certaine attente parisienne un soir de foot, et de vieilles retrouvailles, de nombreuses années après un amour pas fini, et bien tu vois, tout ce dont je te parle, c'est moi, et dans quinze jours je me marie et le nombre de gens qui s'en foutent plein la gueule, de la drague grossière, des plans cul, à s'en rendre malade parce qu'après et bien ce sera terminé, fini, because le mariage, et moi c'est pas comme ça que je veux rendre hommage, à travers tout ce que je te dis, à l'Homme, à mon homme, je lui rends hommage en restant moi-même, je lui rends hommage parce que lui m'aime et me voit comme je ne me suis jamais vue jusqu'à ce jour, comme un cadeau oui comme un cadeau, et qu'en vrai, il a raison, je pensais à ça justement devant le bleu du ciel, je pensais à tous mes désirs, mon désir de l'Homme, ce désir d'herbe, de sueur et de sang chaud, ce désir d'oiseau migrateur, ce désir d'autres corps avec le mien liés, sans que ça ne change rien, je pensais à mon amour pour mon homme, mon amour de son corps et de son âme, mon amour de sa perméabilité au mien, mon amour de son souffle dans mon sommeil, mon amour d'aimer mon homme et  mon désir de désirer tous les autres et de sentir mon goût de banane sous leur langue et devenir enfin moi-même, unie et entière, apaisée par l'acceptation de la vie parallèle de mes désirs et de mon amour.
Le paradoxe de la douceur des orties...