jeudi 9 mai 2019

L'orage

Ça m'était venu comme ça, écrire sur chaque musique qui compte, comme un qui écrirait sur chaque photo qui compte, sur chaque mot d'importance dans sa vie, ce côté cinématographique qui sourd de chaque note envolée vers mes doigts, vers mes yeux, vers le monde intérieur, vers le royaume du dessous, vers les morts où qu'ils se trouvent et les vivants enfermés malgré eux et tu vois, tous ces textes te seront adressés, l'homme du dessous, la femme intérieure et ça en fait du monde, des milliards de cellules à convoquer pour le mariage sublime des voix chantées et des mots qui dansent dans le noir des yeux bandés et dans l'amer noir du café sans sucre, il est des musiques qui transportent au-delà de la vie concrète et matérielle, il est des mots qui ont un pouvoir de voyage et tu le vois bien je vole, bien au fond de l'océan, à peine quelques rais de lumière me parviennent de la surface, je crois qu'il pleut et hier les éclairs flamboyaient dans les yeux écarquillés de mes enfants qui observaient l'orage, une demi-fesse sur une chaise partagée, en pyjama ils m'ont demandé ce que je pensais des orages parce qu'ils en avaient peur et ne voulaient pas dormir, alors ils m'ont regardée, assise sur mon tabouret, mon poncho en travers des épaules et ma cigarette aux lèvres, le nez levé vers les lourds nuages gonflés de noir et de grêle et les maigres éclairs et le grondement profond du ciel, j'adore les orages leur ai-je dit, j'adore le noir des nuages et la lumière si intense pourtant, j'adore l'ombre lumineuse que l'orage projette sur les arbres du parc, on les croirait allumés de l'intérieur, on dirait qu'ils brillent, j'adore le tonnerre et le vent en spirales, j'adore l'odeur de terre mouillée et les cris des oiseaux quand chante le ciel, je dors mieux quand l'orage gronde, et après les petits ont été se coucher,et en m'embrassant, ils m'ont demandé si l'orage allait durer toute la nuit, parce qu'ils n'avaient plus peur, ça leur faisait plaisir que leur maman adore l'orage, ainsi ils pouvaient s'y étendre sans crainte et danser sous son chant profond, et goûter la complexité des sentiments humains, parfois on aime ce qui fait peur, parfois on a peur de ce qu'on aime.