lundi 25 mars 2019

En l'état, dialogue in

Je la sens sous ses lèvres douces, je les sens
Nos 25 ans
Je la sens dans ma chair de poule
La voix de rocailles
Je la sens dans ma gorge, coulante
La fumée des clopes, immémoriale
Je la sens dans mes reins
La tension brûlante
Je les sens,
Nos années bébé, qui persistent et signent
Seras-tu là encore dans 25 ans
Me redonneras-tu 
Cette occasion unique
De me travestir
Cow-boy en jupons sur une plage à la nuit
Je l'ai senti, sous les lèvres douces de mon amie
Je les sens 
L'indéfectible,
Les séances photos en soutifs,
Les petites aventures sans risque
Les sons planants
Les dents serrées
Les nibards en pointe
Les yeux battus
Mais pas les cœurs
La brûlure de nos 25 ans
Je la sens bébé
Qu'est-ce qu'on s'est assagies 
Putain 



Meuf, on va dire que c'est juste
Un point d'étape avant de remonter en bagnole
Meuf, on va dire qu'on fait juste
L'état des lieux



Homme Town, chant d'amour

Pour une fois,
Permets moi, permets moi, permets moi...
De dire, de nommer
Le oui,
Bien plus difficile que le non
Le oui
Pour une fois,
Permets moi
Le veux-tu?
Le oui,
A la question
C'est moi qui l'ai posée

Il arrive un moment dans la vie, où l'on éprouve le désir de retourner sur ses pas, et qu'ils te conduisent, qu'ils te ramènent à ton port d'attache, dans les sentiers de ta forêt, à l'endroit qui t'a vu naître et comme on naît plusieurs fois dans cette vie, ces lieux sont multiples, un jour, on en choisit un, oui oui et choisir c'est renoncer me dit souvent l'Amoureux, je ne suis pas entièrement d'accord, même si je perçois ce qu'il veut dire. 
Alors, oui ...
Mon amour, de tous les êtres qui peuplent ma forêt, tu es le seul à ne pas faire partie du bestiaire fantastique des amants, pas de règne animal pour toi, ni pour moi, tu portes en toi la force minérale des pierres entre lesquelles poussent les fleurs coriaces qui m'incarnent, où s’immiscent les arbres  dont je partage l'écorce et c'est ainsi que nous sommes faits toi et moi, comme la maison que tu trimballes en ton âme et la ville que je trimballe en la mienne.  

Et le oui est tellement moins simple que le non, le oui n'a pas de nom et si je dois te nommer, je t’appellerai Homme Town, ça sonne comme un nom d'indien et ça te va comme un gant et permets-moi, permets-moi mon amour de voguer sur mon esquif, parfois de te perdre de vue, Homme Town, sans crainte ni défiance, parce que nous sommes là, ta maison dans ma ville, l'indissociable.

C'est improbable, c'est incongru, c'est aussi saugrenu qu'une fleur poussée dans la béance d'un bloc de grès, aussi buté aussi, les racines ont pris et des vies en sont sorties, la béance s'étrécit et s'emplit toujours. 
Mon amour, je crois qu'on est prêt à être ensemble, parce que désormais nous savons pouvoir être séparés dans la joie de la vie de l'autre, à nous nommer toi et moi, l'indissociable Homme Town.