vendredi 15 mars 2019

La nuit des rois

Il y en a déjà eu une, avortée, mal foutue, l'enfer pavé de bonnes intentions.
Demain, fera-t-il nuit en plein jour?
Sera-ce une seconde nuit des rois, dans la fumée parce qu'il y en aura, y aura-t-il des milliers de jambes emmêlées, martelant le bitume, dans une éclaboussure de jaune et de noir?
Sera-ce le jour des éborgnés dont tu parles, ce jour où plus qu'il vacille, le pouvoir tombe, tout boulonné qu'il soit à ses ors, à ses privilèges, à sa morgue, à ses certitudes et à sa barbarie?
Je ne crois pas à la nuit des rois, dans l'ombre des salons ils restent, puisque nous n'allons pas les y déloger, je ne crois pas à la nuit des rois, puisque je ne souscris pas encore à la colère qui met bas et réduit en miettes les édifices toujours connus, même s'ils sont l'enfer déguisé en République, je ne crois pas en la nuit des rois, puisque j'ai peur.
Alors je réfléchis. Je ressens. Rien que d'y penser, à demain tu vois, j'ai le ventre qui se serre et la gorge qui se noue, de peur, puisque je sais les mort.e.s, les mutilé.e.s, les éborgné.e.s et j'ai peur d'en être, puisque mes enfants sont petits, et que je tiens à mes deux jambes pour avancer avec eux, à mes deux mains pour les caresser encore et encore, à mes deux yeux pour admirer ce qu'il pourrait advenir d'eux, pour au loin les regarder plus tard aller marcher dans la terre et courir sur le sable.

Je ne crois pas à la nuit des rois. J'espère demain voir l'aurore.
Non pas une aurore uniquement en jaune et noir, mais une aurore bariolée, vivante, une aurore à l'espoir comme celle que porte la jeunesse, une aurore à défendre et à protéger, jusqu'à ce que le jour se lève.
Il y en a déjà eu une...

Et demain fera-t-il nuit en plein jour?