mercredi 6 mars 2019

Putain

J'ai pas pu réfléchir, il a déchargé un jet sifflant et inaudible à mon oreille et puis le vide sidéral, sidéré.
C'est vrai que le cerveau se met en off, quand un appui choquant s'y glisse.
"Putain"
J'ai essayé de le redire, en murmure comme c'est arrivé dans mon oreille.
J'ai pas réussi.
Le premier réflexe tu vois, c'est de te dire, mais il faut pas, surtout pas, c'est de se dire que c'est toi qui a mal entendu.
"Putain"
J'ai été surprise par la qualité de l'articulation. Dans un murmure, les consonnes ont tendance à s'appauvrir, à s'effacer et là. Limpide. Je me suis demandée si j'avais mal entendu.
Dans deux jours c'est la journée internationale du droit des femmes.
"Putain"
Voilà où on en est.
Tu peux acheter des clopes, te pencher, ramasser la canne d'un vieil homme et, dans la queue, au moment où ton corps descend vers l'objet au sol, accroupie, et le souffle de l'autre à ton oreille...
"Putain"
Voilà. Dans deux jours c'est la journée internationale des droits de la femme et je crois que tant qu'une telle manifestation existera, elle ne sera que l'espace de témoignages de tout ce que les femmes doivent subir dans cette société.
J'ai regardé le gars dans les yeux, avec incrédulité. Fixé le gars. Joli visage, jeune. Regard dur. J'ai plus douté que le murmure était sorti de sa bouche.
Je l'ai tellement fixé. En m'éloignant, ultime provocation.
"Problème?"


J'ai été interdite en descendant la rue. Souffle court. Cerveau en veille.
"Aucun".

Je lui ai répondu ça. Je me suis pas défendue.
 
Putain.