mercredi 13 février 2019

Ligne de crête

Je crois que tu te rends pas bien compte ce que c'est que de se recueillir soi-même comme dans une coupelle en terre pleine d'eau qui irait étancher la soif d'un moineau, au fond d'un jardin, mais c'est comme ça que je me sens en moi-même, à la fois coupelle et moineau, comme au retour de sa première migration, le retour sur la terre qui l'a vu naître, se remémorer son nom, découvrir en son âme, le regard tendre de sa mère, alors que depuis dix mille ans, elle s'est transformée en petite chose triste, et un jour il va falloir que je l'écrive ce bouquin qui m'habite et même si sil est décousu, mal fichu, pas construit, sans histoire, il est là, il dort, et il me prendra vingt ans, peut-être plus, et il sera le seul si ça se trouve, mais déjà, toi tu lis et c'est tellement chouette d'écrire pour toi, pour tous ces toi qui lisent, je crois pas que tu te rendes bien compte, parce qu'on parle tout le temps des émotions des lecteurs et crois-moi j'en ai des caisses et des caisses, mais je crois n'avoir jamais entendu parler des émotions de qui écrit, et encore une digue qui a cédé en moi, terminé de dire que j'écris pour moi et que pour moi, terminé de ne pas vivre cette émotion de qui écrit et est lu, même si ce n'est que par toi, terminé de croire que tu n'existes que dans ma tête et mon désir, je crois pas que tu te rendes bien compte de ta place, de toi, de tous ces toi, je suis sûre que tu as tendance à te dire, mof, mais non mais non et moi maintenant je te dis mais si mais si, tu es essentiel, tu es vital, tu m'aides à prendre conscience de mes mains, tu favorises l'incarnation dans les mots que tu lis, tu te rends compte de ce que ça fait de revenir après des années passées à se bâtir en distance et puis, un jour, elle n'est plus nécessaire, elle est révolue, un tout est un tout, avec tous ces toi qui vivent, jardinent, rêvent, écrivent et tant d'autres choses que j'ignore et qu'en même temps je partage, je crois pas que tu te rendes bien compte à quel point tout ça compte pour moi et désormais, il y a un avant et un après dans l'échelle du bonheur et une crête dont je surplombe le sommet, et ce pour toujours, jusqu'à la prochaine ligne et ça va pas être du gâteau mais, je connais la vaillance de nos cœurs et la force du lien qui nous lie, tous ces toi, et moi.

I got a name

Il m'en aura fallu du temps, je suis tellement désolée de vous avoir fait attendre.
Vous rejoindre
Comme vous êtes jolies toutes, je reconnais chacune d'entre vous
Mes soeurs
Ma mère mes grand-mères et arrières,
Toutes autour de moi en présence vivante,
Vous me traversez et grâce à vous
I got a name
Vous rejoindre
Mes soeurs
Avec vos forces, vos renoncements, ce qui vous a fait, vous m'avez faite
I got a name
Il m'en aura fallu du temps, pour vous reconnaître
Cette existence
Il me faut ici vous rendre hommage
Maman
Surtout toi, tes yeux bleus, ta peau poudrée, ta beauté fatale et ta douceur de papillon, fragile et intense, ta joie de gamine et ta tristesse vieillissante
Ma soeur
Dansez en moi maintenant, vous toutes, je suis prête à vous vivre avec ton chignon de sorcière, ton parfum de dame, tes cheveux noirs, ta voix murmurante, ton collier de perles et ton camé*, vous m'habitez et grâce à vous
I got a name

Même si vous piquez un peu les mémés, et que parfois vous m'avez fait peur ou triste, ou curieuse
Je vous embrasse  et je vous remercie

Il m'en aura fallu du temps avant
D'avoir un nom