samedi 26 janvier 2019

Bye bye Quisas, Dialogue in

Ça me fait tout drôle de discuter avec toi... Je me rappelle de toi, on était assis au fond du bus qui nous emmenait au collège, tu te souviens?

Non, ou alors vaguement. je me souviens d'autre chose, de tas d'autres choses et qui choisit ce dont je me souviens, et ce dont tu te souviens, comme si nous n'avions pas vécu les mêmes moments alors que nous les avons passé ensemble?

Et de quoi se souvient Quisas de tout ce que j'ai pu vivre?
Et quel souvenir ai-je de la vie de Quisas?

Qu'est-ce que ça fait d'être une femme pleine et entière, réunifée
Une femme-Berlin 
Je l'écoutais parler et je réalisais alors que les autres sont marqués
Autant que tu peux l'être
L'insignifiance volontaire ne nous protège pas, elle nous éloigne des autres
Elle nous empêche, il m'aura
Fallu ça pour le comprendre.
T'as quel âge Quisas?
J'ai 35 ans
T'as des enfants?
Oui
Tu es heureuse?
Je crois que oui
On est jamais vraiment sûre
Jamais
Tu te sens seule?
Non
Depuis que je te connais
Jamais
Plus une fois de ma vie
Mais...


C'est pas possible d'être une femme-Berlin, ça n'existe pas et si Berlin était une femme, sûr qu'elle aurait drôlement souffert entre ses pôles et son no (wo)man's land désert et mort. Comme j'ai souffert d'être cette femme-Berlin, même si les mots passaient de l'Ouest à l'Est, les mots de passe, les mots passent, toujours. 
Et traversent à la nuit le no (wo)man's land en courant, pliés en deux, tête baissés, à cause de la surveillance, du contrôle, de l'auto-censure, c'est pas possible d'être une femme-Berlin à vie.
Tu fais tomber le mur Quisas?
Voilà
Tu crois que c'est sage?
Non
Mais...
Je crois que c'est juste

Ce n'est jamais sage de prendre une masse pour démolir un édifice quelque soit sa nature. Mais ce peut être juste de réduire en cendres ce qui nous sépare de nous-mêmes, ce qui nous sépare des autres, de la rencontre, de la force et de l'énergie qui circule entre les êtres et à l'intérieur de nos corps.

Mais sur le mur Quisas,
Il n'y a plus de place, tu sais
Pour écrire, 
Pour peindre,
Pour rien.

Comme une peau, tu m'as protégée de ton ombre,  je me suis cachée sous ton enveloppe, jusqu'à ce que je tisse, avec le temps toute l'âme dont j'étais capable, pour tenir debout, belle et fière, solidement et sans brutalité, toute l'âme dont je suis capable pour rejeter ta force avec douceur et d'un geste la faire mienne, comme un mot qui passe d'Ouest en Est.

Quel est ce conte Quisas?
Une fille qui n'a plus besoin de la peau qui la protège
Attends
Tu le connais...
Oui et d'un coup...
Je sais
Je me sens de trop

Bye bye Quisas, 
Ma belle Ouest, 
Viens dans mes bras, 
Je prends la masse, 
Remonte tes manches, 
D'un souffle on abat le mur, 
Terminé le 
no (wo)man's world.