vendredi 4 janvier 2019

Café à pleine bouche

Tanguant doucement, je ne sais plus lequel de nous deux allait prendre ce bateau, ou vivait dessus, doucement, doucement, le roulis très léger, la mer était noire en plein matin, comme dans un rêve, peut-être en était-ce un d'ailleurs, aux innocents les mains pleines dit-on, ça tanguait doucement, comme il y a dix ans déjà, dans le ventre de ma grosse femme, mon voilier, c'était parfait tu vois, comme un rêve. 
Poudre de café moulu répandue sur le lit, la faute au roulis du bateau, il s'en fourre une pleine poignée dans la bouche, avant qu'elle la lui prenne à pleine bouche, la sienne. Un baiser entier, plein de poudre de café moulu, à s'en étouffer, un baiser à faire reculer l'autre, à genoux sur le lit parsemé de la poudre odorante, jusqu'à la tête, ça tanguait doucement, impossible de se tenir droit, tu vois, les mouvements saccadés des corps en déséquilibre, lui ôter ce qu'il porte et en lui goûtant la peau, laisser un sillon de poudre noire, celle qui traînait sur sa langue après le baiser. Se rêver un corps parfait, lourd et chaud sous une chemise bleue interminable qu'il lui ôte par le haut, un tissu qui n'en finirait pas de la dévêtir, d'un bleu comme celui, bien réel de la robe au hamac et la mer était noire en plein jour, en plein soleil, et la pièce était blanche, n'étaient les fines particules de café sur les deux corps.
Il s'en fourre une pleine poignée dans la bouche. Qu'à la sienne pleine elle embrasse.
Sous une interminable chemise bleue, le doux roulis et la mer était noire en pleine lumière.

Attends...