lundi 9 décembre 2019

oiseau d'enfer, oiseau de paradis

Il y avait l'oiseau d'enfer et l'oiseau de paradis au faîte du grand chêne, une mélodie difficile à traduire quand on ne parle que le langage grossier des deux-jambes, une alliance douloureuse de trilles, de virago guttural, de coups d'ailes en foudre, l'oiseau de paradis, et de longs trémolos et d'à-pics vertigineux et sifflants, on comprenait rien, l'oiseau d'enfer.

Ils sont les gardiens, les veilleurs. 

Sur la poudreuse de lune dans le noir du soir, ils glissent des mots d'oiseaux au fond des rétines, les font ruisseler d'enfer, de paradis, au choix, même quand tu choisis pas. 

Ils chantent leurs chants d'amours, leurs chants de morts, leurs chants de naissances , j'espère qu'ils en chanteront une ce soir, une spéciale, puis deux puis trois, parce que j'aimerais célébrer ces trois choses ce soir, ces trois chaos intimes que mes doigts ont tapé tout seuls, sans que je m'en rende compte, c'est toi l'oiseau de paradis?
Chante un chant d'amour et envoie-le loin dans les chevelures de sorcières des chênes...
Chante un chant de mort et transperce la terre jusqu'aux racines de l'arbre torsadé, dis à ce tout petit amour que sa maman pense souvent...
Chante un chant de naissance et siffle sur le ventre de ma très chère amie, c'est l'heure...

Sur la plus haute branche, j'attends l'oiseau et je polis mes petits cailloux, qu'ils soient doux dans ma poche, qu'ils soient doux dans ma bouche, suce mes plumes oiseau d'enfer, ça va devenir un roman cette histoire, un bijou sauvage, un caillou poli dans la boîte à secrets des enfants, où voisinent les dents de lait des petits avec tous les trésors glanés ça et là, cette vie glorieuse, te voilà oiseau de paradis.

Il y avait un rouge-gorge assommé dans une cuisine. 
Il n'a rien pesé dans ma main, au moment où il a choisi de s'envoler.

L'ordre des oiseaux, Georges Braque (1882-1963)

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