mercredi 2 octobre 2019

La bouche

Parfois elle sourit, des fois elle parle de la vie, des luttes ou d'amour. 

La voir ainsi, nue, sans aucune attache au corps, la voir toute seule, et j'ai imaginé sa vie, ses rituels, ses mouvements les plus infimes. 

Je l'ai imaginée enfantine, aux différents âges de la vie, je lui invente des plis, des pincements, des relâchements, je lui prête la voix qui l'habite, un filet de chuchotements comme autant de perles suspendues à un fil poétique, ligne de pêche sans hameçon qui n'aurait rien d'autre à faire que de se laisser couler au fond des eaux et de chanter les abysses.

Parfois elle embrasse. Elle lêche. Aussi. 
Des fois elle mord, je crois. 
Elle souffre de sécheresse, pas toujours.

Elle est très belle. 

Parfois elle se gonfle, des fois elle enfle et rougit. Sourit toujours à la fin. 

Elle s'éveille amollie d'avoir dormi profond. Ce n'est pas si fréquent. Un peu paumée, dans les rêves à peine évaporés. De quelle histoire s'agissait-il ? Perdue. 

Elle se pince, se mouille un peu, se rend présentable comme on se donne un petit coup de peigne, comme on aère une chambre.
Gros baillement, elle s'oxygene. 

Parfois elle se tait. Des fois elle parle toute seule. Puis elle rit ou s'étrangle.
Selon ce qui vient. 

Ce soir, elle embrasse et murmure.

BO. Levantine, Michiel Borstlap 

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