samedi 31 août 2019

Trou de serrure, Dialogue in

On dirait que je serais une élève modèle
Ce que j'ai été 
On dirait que je me serais appliquée à faire tout 
Mes devoirs 
On dirait que je serais 
Une plus sage que toi 

Tu veux jouer avec moi ? 
On dirait qu'on serait... 
Je ne sais pas 
On dirait que j'aimerais la poésie
Tu danses avec moi ? 
On dirait que les histoires 
Pas sales
On dirait que la vie 
Gros porte-clés 
On dirait que l'amour 
Plein de clés différentes 

Tu veux jouer avec moi ? 
On dirait que je serais en retard sur rien 
Même pas sur les podcasts de cul
On dirait qu'on aurait des rêves qui s'interrogent
Au bord de la serrure 
On dirait qu'on s'entrecroiserait
Tu baises avec moi ? 
On dirait qu'on ferait du tri dans les clés 
Ou pas 
On dirait qu'on pourrait dormir jusqu'à la nuit suivante 
Au fond de la serrure
On dirait que tu serais un vrai prof
Devoirs à faire 
On dirait qu'on retiendrait toutes les leçons 
Même les podcasts de cul 
On dirait qu'on ferait de la poésie 
Dans un trou de serrure 

BO. La petite fille de la mer, Vangelis

vendredi 30 août 2019

Pour du beurre

Pourquoi il faudrait toujours compter ? 
Ça, ça vaut pour ceux qui calculent, et qui finissent, vieillards, à pisser des cailloux, pourquoi il faudrait toujours compter ? 

Pourquoi je devrais me cacher pendant que tu comptes ? C'est facile, si je veux pas que tu me trouves, je me casse et si je veux l'inverse, je reste où je suis. Pourquoi compter ?

Et jusqu'à combien il faudrait que tu comptes pour que ça compte pour toi ? 
Et aussi on comptait les vies humaines à coups de numéros tatoués sur l'avant-bras, identité volée. Ça devient quoi ?

C'est mon chiffre, c'est mon code, c'est mon indéchiffrable, c'est mon inviolable, c'est mon inatteignable, c'est mon inaccessible.
C'est ce qui est resté. Les chiffres. 
Tu te rends compte. 

Je ne sais pas tenir les comptes, ça m'emmerde, ça m'oppresse. 
Il va falloir que j'aide le petit à compter.

Non, tant pis, je l'aiderai à lire et à écrire, j'aime pas compter les numéros et pourtant j'aime compter pour les autres, ils peuvent compter sur moi, j'aime compter pour toi, quelle aberration ce truc, quelle abomination du langage.

Jusqu'à combien il faudrait que tu comptes pour que je compte pour toi ? 

Et c'est pareil pour tout tu as remarqué ? 

Il faut compter combien de bleus, combien de mortes pour que ça compte la vie des femmes ? 

Je ne suis pas fortiche en calcul, jamais été. 
Ça compte pour toi ? 

Et si c'est pas important, on a qu'à dire que ça compte pour du beurre, ou pour des prunes. 
C'est meilleur que bien des choses. C'est toujours mieux que pisser des cailloux. 
Ça compte pour moi. 

jeudi 29 août 2019

Violence conjugale

J'étouffe, j'étouffe. Voilà ce qu'elle lui disait.
Et ce fluide qu'il avait, elle m'a dit, il savait toujours où j'étais.

Petite fille abandonnée, au tréfonds du vide, par peur d'être seule. 

On en a parlé de la solitude. 

J'étouffe, j'étouffe, j'ai pensé quand elle m'a raconté, les yeux tout mouillés. 
Qu'est-ce que tu peux faire, à part la prendre dans tes bras et la serrer fort ? 
Ben tu peux la prendre dans tes bras, la serrer fort contre toi, fermer ta gueule surtout, tu peux prendre sa douleur, ne pas serrer trop fort, elle a encore un peu mal, elle ne pouvait plus ouvrir la bouche, pendant deux ou trois jours elle m'a dit. Putain.
J'ai fermé ma gueule et j'ai pris sa douleur. 

J'étouffe, j'étouffe elle vivait, malgré l'amour fou, malgré l'amour tout court. Et quand est-ce qu'il va falloir expliquer que l'amour c'est pas vivre en cage et que c'est pas être ni la propriété ni le propriétaire ?

Alors putain qu'est-ce qu'on fait ? 
Qu'est-ce que j'ai fait ? 

J'ai fermé ma gueule, ouvert mes bras et l'ai serrée, pas trop fort, ma petite sœur endolorie et courageuse, si pleine de cœur. 

Le courage et le cœur ont la même racine. L'un ne va pas si l'autre ne bat plus. 

Tu te rends compte, elle m'a dit, je me disais j'étouffe j'étouffe et il a failli me tuer en m'etranglant... 

mercredi 28 août 2019

Détends toi

Retrouvée l'effervescence de mon jardin, retrouvée l'énergie qui monte en graines, le tourbillon plein de boucles noires.
Détends toi... 
Retrouvée la folie douce et le total foutraque, égrainer la moutarde, la croquer, en sentir le piquant sur la langue et les minuscules épines des cosses sur les doigts, beaucoup de travail pour pas grand chose, beaucoup de travail pour le partage, donc ça vaut toujours le coup.
Détends toi... 
Retrouvées les bulles de temps, les herbes folles et la laine des moutons et les cloches des chèvres, les jouets des enfants, retrouvés. Les poussins, dix, arrivés dans l'été. Retrouvés les curieux et les habitués.
Détends toi... 
Retrouvée la musique de la bergerie, un mélange de rap, de cloches, de cris des petits, de gloussement des poules, de battements. Ailes de pigeon et cœurs de ceux qui se retrouvent.
Détends toi... 
On est pas bien là ? 

La voix d'ambre

Il m'a sonnée de sa voix d'ambre. 
Il m'a transpercée de ses rides de coins des yeux.
Il a eu ce sourire d'évidence en déclamant Baudelaire, et voilà.
D'un coup, la poésie, par l'ambre de sa voix morte entrera pour la toute première fois dans ma dimension. 
Il me sonnerait de sa voix ample et noire. Descendue dans le feutre de son timbre, je cherchai alors à le faire rentrer, rentrer. Plus profond, plus fort, plus loin. 
La voix comme un amour, un amant à absorber si loin en toi, la voix d'ombre comme l'ardent désir que tu ne comprends pas. La voix d'ambre qui ne monte pas mais qui rampe et ricoche, têtue et éternelle. La voix d'ombre et les entrailles en fusion.
Je demanderai au vent, à la vague, à l'oiseau, à l'étoile, à l'horloge, je posai l'unique question. 
Je demanderai quelle heure il est et je me jetterai dans ses bras, ruisselante sous la pluie des mots de Prévert. Sous les ailes des oiseaux de Baudelaire, je m'enivrerais d'une voix d'ombre, de tout ce qui rit, de tout ce qui gémit, de tout ce qui fuit, de tout ce qui chante, de tout ce qui parle
Sans trêve l'amour de la voix d'ambre, les mots ont peu d'importance encore, il serait l'heure de s'enivrer. 
Sans trêve, caressée dans les ombres du temps, par la voix d'ambre d'un autre Serge. 
Je lève mon verre et m'approcherais de tes lèvres. 

Enivrez-vous, Charles Baudelaire (par Serge Reggiani) 

mardi 27 août 2019

Le camion et la grande vallée

Je ne lirai plus Steinbeck de la même manière. On ne peut plus lire Steinbeck comme on l'a toujours lu après ça. 

Ce petit recueil de nouvelles, parce que le gros bouquin en cours ne rentrait pas dans le petit sac d'étape, alors Steinbeck, des nouvelles, d'accord. Ça ne prend pas de place et ça ne se repasse pas. 

Mantra des valises des mères. Ça ne prend pas de place et ça ne se repasse pas. 
Petite place dans le sac. 
Grande vallée le titre. 
Il se présentait nickel impeccable ce road movie, ce Louise sans Thelma. 

Il est lourd, dense et impossible à manœuvrer. 
En même temps, il est souple et puissant. 
Il me fait kiffer et on est loin d'être d'accord lui et moi. 
Il est taillé pour la route, plein Est et je le remonte au Nord dans un boucan du diable et dans un silence feutré de pensées assommées par l'infernale chaleur de cet enculé d'été indien. 

Et puis, au début du matin, j'ai lu Steinbeck en le surveillant du coin de l'œil. C'est rare chez moi les nuits quasi sans sommeil. 
Encore un café sur la robe. 
Heureusement qu'elle séchait à la vitesse de la lumière du jour qui se levait. 
Heureusement qu'elle ne prenait pas de place dans le sac. Finalement le repassage on s'en branle. 

J'ai lu Steinbeck en surfant sur son attente au début du matin. 

Je me suis posée sur lui, je l'ai cramponné et me suis laissée remonter plein Nord en fermant le livre. 

De toute façon on peut pas lire quand on conduit un tel engin. 

Tu crois que c' est ça être douée pour le bonheur ? 


jeudi 22 août 2019

Raining Stones

T'as jamais été éclaboussé par la beauté sans éclat des petits cailloux de plage, quand l'eau s'évapore et en ternit lentement la surface, les rendant anonymes et feutrés, très communs, il suffirait de les plonger dans un bain, de les sucer deux secondes, et de nouveau la brillance, vernissés les petits cailloux et surviennent de subtils dessins, des incrustations fossiles. 

Avant, sur la plage, je me baladais sans le haut du maillot, pour crâner. Mes chéris de septembre s'étonnaient souvent de ne découvrir en me déshabillant aucune trace blanche sur la partie haute de ma personne, éclaboussés de mon hâle, ils ne disaient rien, sans doute n'en pensaient-ils pas moins.

Désormais, je mets les soutifs pour me balader sur le sable, je ramasse les petits cailloux avec mes enfants, j'aime leur apprendre comme ça deux trois bricoles qui servent dans la vie, comme ramasser les petits cailloux ronds, plats, lisses, striés, bicolores ou écaille de tortue, avec des dessins ou sans rien. 

Comme on ne sait jamais où les mettre, je les cale dans mon soutif, pas de perte et puis ils restent mouillés et peuvent longtemps encore nous éclabousser de leur beauté sans éclat. 

L'orage d'été est là, nous avons sorti les cailloux de leur cachette. Nous les avons posé dans une bassine, sur le balcon. 
Nous regardons la pluie leur redonner vie. C'est chouette. 

De l'intérêt du soutif. 
Quand même. 

B.O Valse n°7, Chopin

mardi 20 août 2019

Chabadabada, Dialogue In

Oui mais l'amour ?
L'amour ? 
L'amour, oui.
Quelle question poses-tu ? 
La question de l'amour entre un homme et une femme.
Question vaste, d'importance capitale pour qui veut sentir la vie se couler dans les veines, question à tiroirs encore plus bordéliques qu'un sac à dos de baroudeur, fouillis sans nom, question avec réponses ?

Et puis je sais que Lelouch a tourné un film avec la remise en vie soixante ans plus tard d' Un homme et une femme.
Peut-on imaginer Chabadabada et la vieille voix et les vieilles mains de Trintignant et la vieille bouche et les vieilles prunelles d'Anouk Aimée ?
Bien sûr qu'on peut. 

Ouvrir les tiroirs. 1.
Porneïa...
Aimer à t'en bouffer le corps, à brûler d'une faim de Tantale que rien ne rassasie jamais, vide d'amour de soi-même, avide d'amour de l'autre. Je te bouffe je te bouffe je te bouffe, je t'en mords ma langue au sang et je m'avale en toi. Sinon j'en meurs.

Fouille. 2.
Pothos...
Tu m'aimes ? Temps des questions. Tu me vois ? Sans réponses. Tu m'aimes ? Frère d'Eros qui m'a faite cœurs et âmes, je crève de cet amour qui ne dit rien. Pas d' existence. Réponds. Je t'en prie.

Pas très Chabadabada... Creuse. 3.
Pathé Mania... 
À qui ? À moi ! Pour qui ? Pour moi !
Je veux te posséder, filtre d'amour mortel, dans tes yeux, autour de ta bite, tu sues mes humeurs. Ce que de toi je veux.

Plus bas. 4.
Éros... 
"Madame rêve d'atomiseurs et de cylindres si longs qu'ils sont les seuls, qui la remplissent de bonheur (...) d'un amour qui la flingue, d'une fusée qui l'épingle. Au ciel."

Descends. 5.
Philia...
Mon enfant, mon âme-frère, mon complice, mon autre. Pour ce que tu es d'autre que moi. Pour ce que tu vis. Je te suis depuis le rivage et dans tes ombres je voyage. Je t'aime. Capax deï...

Encore, encore. 6.
Storgé...
Regarder mon cœur battre dans ma main, trouve le rythme, me le sortir de ta poche et m'ouvrir en plein soleil. Âme qui fond toute seule. Librement. Tendrement.
Mon corps me bat sous mon cœur.
Mon cœur me bat dans ma main.

Oui. Ça vient. 7.
Harmonia...
J'inspire. Tu expires. Si c'était mieux, ce serait pire. Je te souffle dans la bouche. J'emplis mes poumons de tes baisers. Sens contraire. L'harmonie tu saisis?
Si c'était mieux, ce serait pire.

8, 9, 10, tu les comptes pas ? 
J'aime pas le calcul, tu sais bien.

Il me faudra une vie entière pour jouer Chabadabada, j'espère que tu comprends.
Pas moins d'une vie entière pour descendre dans les souterrains de l'amour. Je m'arrête où j'en suis. Partout on y passe...

Madame Rêve. D'un Chabadabada de vieille dame, un amour qui la flingue. Une fusée qui l'épingle. Ô Ciel !

Question vaste, d'importance capitale. 
Question avec réponses ? 
On s'en fout.
Tu m'aimes ? 
C'est pas la question.
On sème. 
C'est déjà pas mal.

BO. Madame Rêve, Bashung

dimanche 18 août 2019

Cache-cache, Dialogue in

Tu me vois ? Non ? C'est parce que je me suis cachée.

Moi je te vois, derrière mes oreilles plaquées sur mes yeux. 

Je suis trop bien cachée, sûr que personne aurait une idée aussi géniale, sûr que pas un âne à la ronde n'aurait le génie de se fondre aussi bien dans le décor. 

Je me suis aspirée la panse jusqu'à me la faire rentrer dans les côtes, pas de plus gros arbre derrière lequel me cacher. 

Tu me vois pas, tralala, je suis aussi discrète qu'un caméléon, en bien plus joli. Voilà. 

C'est parce que je me suis super bien cachée. C'est pour ça. 

Moi je te vois derrière les branches basses, ça fait des trous dans ma cachette, putain faut que je rentre mon ventre. Hush ! 

Elle est trop bien cette partie de cache-cache, si ça se trouve je resterai cachée toute la nuit, toute la vie. 

Merde, j'ai une oreille qui dépasse. Plaquage en arrière. Camouflage façon commando. Hush ! Je suis trop bien cachée. 

Et puis j'ai vachement bien choisi ma cachette, il est trop bien cet arbre, un peu maigre mais c'est le seul. Personne n'aura l'idée de m'y trouver. 

C'est sûr qu'un âne planqué, que dis-je, plaqué comme une sole derrière un arbre, ça se trouve pas aussi facilement, quelle idée de génie, vraiment!

Quisas ! 
(Chut ! Pas faire de bruit ! Cachée on a dit ! Voilà !)

Quisas ! 
(Plaquage d'oreilles, technique imparable de la sole sur le tronc... Merde mon ventre !)

Quisas ! C'est la nuit... 
M'en fous, j'ai pas sommeil ! Et je resterai là toute la nuit, toute la vie même ! 

Trop fort mon camouflage, y a personne pour me trouver, tralala. 

Voilà. Je suis tellement bien cachée. Trop forte... 

Voilà, voilà... 

Merde j'en ai marre. En plus c'est la nuit, pour toute la vie si ça se trouve... 

Quisas ! 
... 

Mais où est-ce qu'elle est passée bordel ? Elle se cache elle aussi ? C'est pas du jeu ! 

Quisas ! 
... 
Je suis là ! 
.... 

Bon allez merde je sors. Mais c'est la nuit putain ! Toute noire ! Merde, il me cache la lune cet arbre. 

Quisas ! 
Chuis là ! 
Pourquoi t'as pas répondu ? 

"Il faisait tellement noir que je pensais que tu ne m'entendrais pas..." *
T'es con... 

*Stan Laurel 

vendredi 16 août 2019

Mary Poppins et l'attrape-rêve

Fatche ! Qu'il est lourd ce putain de sac à dos, tu transportes des cailloux ou quoi ?
Même Mary Poppins dans son cabas en double rideau, elle en a pas autant, et pourtant, il a de la contenance son bazar, elle se trimballe une patère tout de même, c'est pas rien. 

Tu veux pas venir t'asseoir une minute et... 
Tiens, qu'est-ce que c'est que ça ? Alors... 

Des étoiles... 
Des cahiers... 
... Perdus, par dessus le marché 
Des bouquins... 
... D'accord

Des plumes de poules. Noires. C'est original à côté des griffes de chat, ça c'est sûr qu'elle en a pas Mary Poppins. 

Ne mouille pas tes yeux, on va les mettre de côté, précieusement, on va débordeliser, t'en fais pas, ça peut plus continuer, c'est les escargots et les tortues qui voyagent avec leurs maisons. 
Et Mary Poppins. Oui, aussi. Dans son cabas en double rideau. 

Pose ton sac, déploie un tapis et dors, y'a que Mary Poppins qui peut ranger une chambre en claquant des doigts, du genre partisane du moindre effort.

Elle se termine cette guerre de Toi, c'est le calme insoutenable après le carnage et note que la guerre de Troie dura dix ans et qu'Ulysse en mit autant pour ramener son barda sur son île.

Si seulement t'avais pu avoir un parapluie volant... 

Doit bien y avoir ça dans tout ce fouillis non ? Et puis s'il n'y en a pas, tant pis, reste assis là, prends des forces, les arbres c'est pas mal comme abri. 
Tu vas te fabriquer un attrape-rêve avec les plumes noires et les griffes du chat, tu y accrocheras tes étoiles et tu écouteras le chant de la mer dans l'eau de la rivière, tu te feras indien après avoir été soldat, la paix viendra avec le rangement du sac, tu lui trouveras un autre usage tu verras, tu pourras le caler sous ta nuque pour contempler les nuages et les grains de poussière à travers les branches.

Tu as remarqué que c'est souvent les choses les plus légères en apparence qui pèsent le plus lourd ? 

La patère de Mary Poppins ? Vingt grammes. 
Une plume noire de poule ? Vingt tonnes. 

Parfois la vie n'est pas équilibrée. 

Et puis aussi, parfois, au milieu du chaos, on peut apercevoir un vieux loup aux pattes blanches, ou un cerf dans la nuit, une abeille sur une cheville. 
Des attrape-rêves vivants. 

Et ça c'est sûr qu'elle en a pas Mary Poppins. 

jeudi 15 août 2019

Le cahier

J'ai le cahier. Modérément épais, pas noir. Bleu et orange. On dirait une eau troublée de reflets. 

J'ai le cahier. Comme on pourrait dire " j'ai la balle !". Essoufflée. J'ai le cahier. On dirait une eau troublée de reflets, au fond algueux et louvoyant, il accroche des rayons de lumière dans sa vase.

C'est un joli cahier des marais. 

C'est un joli îlot où s'asseoir pour écouter les cigales, niquer les moustiques et sentir le mimosa, c'est un cahier de bord de rivière. 

J'ai le cahier et quand je regarde sa couverture, j'ai envie de me mettre nue et d'aller nager. Ce que finalement je fais. En écrivant dans le cahier.

Chaque mot est un morceau de peau découvert. Fond touché à chaque phrase, vase remuée, sable en suspension. Point. Je remonte. Sillage de bulles. 

C'est un joli cahier, qui accroche des fragments de lumière comme autant d'éclats d'or sur l'onde. 

C'est un cahier de matin calme, avec de la place pour s'y dénuder à loisir et s'y étendre de tout son long et s'y éprendre de tout son saoûl, c'est un tapis oublié à l'ombre des saules ou des pins parasols.

C'est un joli cahier avec de la place pour un souffle lent, fin des tranches, un cahier paysage, pour dire la paix des âmes et les morceaux de peau dénudée qui accrochent des fragments de lumière au moment du plongeon.


Tu te dis que j'aimais l'eau *, Dialogue in

Découpe tout doux, si tu tires dessus
Ça vient pas 
Décolle tout cool, si t'arraches le tout 
Ça fait pas beau 
Soulève tout lent et glisse les doigts dessous tout gentil, si tu fourrailles dedans 
Ça passe pas 
Recule tout smooth, si tu tombes dessus 
Ça glisse pas 
Plonge tout en surface, si tu force-brutale
Ça verrouille 

Tu te dis que j'aimais l'eau, à y tremper endormie, ceinturée d'écume et de relents de plumes de goélands, je me dis que t'aimais l'eau, à fendre l'onde comme un taureau de mer, si ça n'existe pas j'ai qu'à l'inventer, les forces des murmures de pouvoir chevauchent les cous puissants des taureaux de mer, après tout il existe bien des veaux, des éléphants, de mer, alors pourquoi pas des taureaux, 
Zeus, entre dans ce corps et possède 
Qui déjà ? 

Subreptice tout doux, si tu dévalises
Ça vient pas 
Entrave tout cool, si tu possèdes le tout 
Ça fait pas beau 
Effractionne tout lent et glisse les doigts dessous tout gentil, si tu défourailles
Ça passe pas
Donne tout smooth, si tu ne fais que prendre 
Ça glisse pas 
Murmure tout en profondeur, si tu rauques et grince trop fort
Ça verrouille

Tu te dis que j'aimais l'eau, à danser comme ça avec les poulpes et les hippocampes, je me dis que t'aimais l'eau, à y étancher tes soifs de sel et de vent, après tes guerres de Troie, et le besoin de fondre le plomb des muscles du taureau de mer et laisser tomber les gouttes d'encre Mercure sur des pages à remplir.

Je me dis qu'on aimait l'eau. 

Murmures de pouvoir. 
Pour voir.


*BO. M, Ma mélodie 

mercredi 14 août 2019

Le tissu du silence

La dominante cette année, verte mais pas jeune, mais pas...

Vers les cailloux des bords de plage à cacher un peu partout, les rires des enfants et les arbres fauchés en bas de ma rue.

Vert le tapis volant sur le sable et le vent hurlant mon appel en arrière.

Vers mes yeux toujours quand l'été s'y plonge.

Il faudrait pouvoir. Les trous dans le tissu. Raccommoder. Me pique les doigts. Dans le silence. Un accroc bleu. Elle s'use la robe. La nuit lui tombe dessus. Raccommoder. Le silence. Dans les trous bleus du tissu. Avant la déchirure. Il faudrait pouvoir. Filer les doigts. Enrouler les yeux.

Tenter le fil vers.

Il faudrait raccommoder les trous dans le tissu bleu du silence, changer la couleur et lui ouvrir une belle cicatrice couleur vers toi.

L'aiguillonne patiemment travaille à m'en piquer les doigts dans les yeux, à y allumer des étoiles kaléidoscopiques, me jaillissent les verts des forêts, des roseaux qui dansent et des hommes nus et toujours vers moi

Il faudrait raccommoder les trous dans le tissu du silence. Pouvoir me vertir avec une robe bleue réparée et écouter le vol des demoiselles sur les nénuphars.

Rien n'est plus ouvert qu'un trou bleu dans le tissu du silence.

mardi 13 août 2019

La même mer. Pas les mêmes yeux.

On y retourne, comme après une chute de vélo, je comprends pourquoi j'en fais pas de cette daube. Vraiment. 
Mais là c'est pas pareil.
Parce que j'ai ça dans le sang, oui oui oui, et pas que dans le sang, et c'était absolument impossible de devenir un scriboraptor, une sale espèce. 
Dans le Jeu de Peindre, parfois, les joueurs font le même paysage, le petit frère suit la grande sœur, l'enfant tente de peindre l'arbre de l'adulte voisin, sans y penser. 
Alors les peintoraptors, on copie ? 
Et là, je viens, je rassure, je rassemble, je légitime, c'est mon métier, de redonner de la valeur à ce qui est fait, un même paysage n'est jamais identique et je ne vois bien qu'avec mes yeux. 
Et pourtant, nous regardons la même mer. 
Moi j'y vois un cimetière vivant et inconsolable, par contre ma voisine de serviette a kiffé grave sa baignade (28 degrés, le bonheur hein Jean-Jacques ?). 
Bref.
La même mer. Pas les mêmes yeux. 
Le Jeu de Peindre apprend à l'enfant à utiliser ses yeux pour voir, pour contempler, pour s'éprouver à travers ses pairs, grâce à eux. 
Bref. 
C'est mon métier de sentir la zone sensible entre l'inspiration et l'autonomie. 
C'est un beau métier. À la fois dedans et dehors. 
La même mer. Pas les mêmes yeux. 


L'âme-mère, Dialogue Out

C'est pas grave petite fille, ça arrive à tout le monde, moi par exemple, au chant baroque, alors tu vois que franchement, ça arrive à tout le monde, mais je crois que franchement, tu n'as pas besoin de ça, et puis ça me posait question, j'aime pas trop les angles aigus des triangles et de mémoire ce n'est pas la première fois qu'on se triangule, je me trompe? Même de loin on se triangule toi et moi depuis plus de dix ans, ça doit laisser quelques traces, forcément, si ça se trouve les âmes sœurs ce serait plutôt toi et moi

Je sais bien que c'est pas grave joli phare. 
Je sais bien que ça arrive à tout le monde mais tu sais moi, en ce moment j'ai besoin de n'être pas tout le monde.
J'ai réfléchi fort et triste à ces points manquants, j'ai réfléchi fort et longtemps à ces boucles. 
Je crois avoir trouvé des réponses. Incomplètes mais quand même. 
Sûr que nous sommes des âmes sœurs toi et moi, des âmes-mères même, avec tout ce que ça prend comme sens, et si tu savais comme je me frite avec ma sœur... 
Moi je n'ai que des âmes-frères.


C'est pas grave petite fille, continue à raconter tes histoires, continue, je te connais depuis quoi maintenant, je crois que quand nous nous sommes étoilées, je devais avoir ton âge, un peu plus jeune, et toi alors, quelle énergie était la tienne, quelle personnalité sans concession

Joli phare, je t'ai emprunté la douceur qui me manquait. 
Joli phare, avec toi j'ai appris qu'on peut écrire sans respirer, j'avais commencé à perdre ma respiration à la mort de mon Il.
Joli phare, tu persistes dans ma rétine au point qu'ainsi je t'ai nommée sœurette, la persistence rétinienne. 
Joli phare, je me suis sans le savoir fondue en ce que j'aimerais être. La meuf que je serai peut-être aura sans nul doute un peu de toi, et pourtant nous ne sommes jamais vues.
 Je ne sais pas.
Joli phare, il y a eu peu de points dans ma vie ces dernières années, et beaucoup de virgules, comme si j'haletais en permanence, même les textes de FAUVE ne respirent pas. 
Joli phare, parfois j'prends tout. 



C'est pas grave petite fille, c'est important mais c'est pas grave, avec toutes les voix qui chantent dans ta tête, ça aurait été étonnant que je n'y trouve pas la mienne, mais n'oublie pas que la tienne est différente forcément, et que de l'inspiration au rapt il n'y a qu'une frontière mince et c'est pas grave mais c'est comme ça, on vit dans un monde de frontières, de miradors et d'identités marquées et je comprends que ça t'embête parce que tu les aimes floues et furtives les âmes, tu les aime filtrées parce qu'elles te rassurent, elles te protègent de ton absence de filtre, petite fille c'est pas grave de ne pas avoir de filtre, il s'agit juste d'un trouble dans la bouteille, il s'agit juste de ne pas trop remuer le fond avant de servir, il y en a qui n'aiment pas les dépôts dans leur verre 

Des emmerdeurs

Et quand bien même petite fille, rappelle toi, la douceur, regarde bien avec tes yeux, tu la vois, cette douceur ? 

Comme un point qui persiste dans ma rétine. 

Respire, petite fille, respire. 

vendredi 9 août 2019

God only knows

Il ne reste qu'une page, alors je te la dédie, comme il y a longtemps, mon ami, mon frère des forêts, mon complice, et plutôt trois cent trente trois fois qu'une, il ne reste qu'une page et je te la confie, avant un nouveau cahier ainsi qu'un secret de paysan que j'ai appris hier, penses-y quand tu hurleras à la lune et tu pourras prédire le temps rien qu'en la regardant, il ne reste qu'une page, une et pas trois cent trente trois, la moitié du diable on a eu et pas le diable tout entier, Dieu merci pensé-je en souriant, un verre avec une boule de cassis qui fond, mon ami, mon frère, mon complice des vents, tu serais ravi de me voir écrire dans la nuit, il ne reste qu'une page avant deux jours, deux et pas trois cent trente trois, ce demi diable qui me tient alors que j'écoute God only knows, cette coquine la vie, j'ai réalisé que je savais danser, je réalise que je sais écrire en mangeant une boule de cassis dans la nuit sous les arbres, je réaliserai trois cent trente trois fois ma révolution, God only knows que c'était diablement bon, tout, cette danse, cette dernière page, ce café renversé, ce mariage, ce quai de gare, diablement bon, ce secret de paysan, il ne reste plus qu'une page et ce secret sur la lune que je te confie, penses-y mon ami de sable, mon frère, mon complice, quand tu pousseras ton cri dans la nuit des forêts.
Je termine le cassis avec mon doigt, un œil sur la lune. 

mercredi 7 août 2019

Tranches de souffle

Il m'a dit d'écrire tous les jours, il m'a transformée en travail, les pieds dans de lourdes chaussures, comme si gravir la montagne était la promesse d'un paysage à découper le souffle en tranches, il m'a dit d'écrire chaque jour, il m'a transformée en astreinte, et les chaussures sont lourdes sur le chemin de rocailles, la route austère, la solitude forcée pour arpenter les ruelles escarpées de ma langue, il m'a dit d'écrire tous les jours, le travail et non plus l'impulsion des bulles qui pétillent dans ma pensée, les lourdes chaussures et la pente raide, mais la promesse d'un paysage à découper le souffle en tranches, et peut-être l'espace d'une reprise d'air, je pourrai embrasser l'immensité d'un vol de cigognes sur les nuages crémeux et m'étendre sur une roche plate et ôter ces foutues godasses, l'espace d'une reprise d'air, je pourrai étouffer mes cris silencieux dans le fond de ces foutues godasses, il m'a dit d'écrire chaque jour et tous les jours, il m'a transformée en randonneuse, mes mains baladeuses de stylos en haut de ma falaise, j'y laisse des bouts de peau, des fragments de genou, des morceaux de temps, des lambeaux d'âme, escalade à corps nu d'une page blanche, putain que ce cahier s'amenuise, il m'a dit d'écrire tous les jours, il m'a transformée en foutues godasses de rando, ça va pas idéal avec ma robe de bal mariée, en plus il me faut remonter mes jupons, filer à l'autre bout du monde, sur le toit de la pensée, cinquante mètres en retrait du tourbillon de la vie,  la pente est raide mais je monte sans envie de redescendre, il m'a dit d'écrire chaque jour, rien que le travail, l'astreinte, l'ascension, ça me découpe le souffle en tranches, sans même regarder le paysage alors t'imagine si j'ouvre les yeux, si je lève le nez de la feuille, si je déploie les ailes, j'aurai le souffle en explosion, je resterai en haut, happant goulûment l'espace d'une reprise d'air pendant que les godasses dévaleront la pente.
Il m'a dit d'écrire. Alors voilà. 

mardi 6 août 2019

Les trois robes et la peau d'âme

Et puis ça aussi, je pensais, à deux jours de la fête, tu te rappelles, la fête que l'Amoureux ne veut pas faire, la fête dont je me fous un peu, j'y vois quand même une occase en or pour danser pieds nus sur le béton de la grange, avec le Padrino comme cavalier, tu veux que je me sape comme un corso-sicilen il m'a demandé, j'ai souri tu me connais, et j'essaierai d'entrer dans la danse quand même avec élégance et de me coller à l'Amoureux en loucedé, pour un slow ou deux, inchallah, et je réfléchissais donc, à deux jours de la fête, avant le débarquement des copains, de la famille, je t'ai dit que j'ai acheté trois robes, parce que je ne savais pas quoi me coller sur la peau, plus je vieillis moins je me vêts, si ça se trouve je finirai naturiste, à marcher le long des plages océanes, ravitaillées par les "culs nus" inchallah, et parmi ces trois robes, comme Peau d'âne, il y en a une couleur de lune, pour veiller les enfants, une couleur de ciel nuit, pour l'Amoureux, et une couleur de feu, celle-là je la remise par-devers moi, pour marcher pieds nus, parce que je réfléchissais, à deux jours de la fête, à l'amour et à ses formes de lézard, la queue qui repousse et tout et tout, je pensais aux besoins et d'un coup paf, All you need is love, incroyable mais vrai, et c'est sûr qu'on a besoin de rien d'autre que de l'amour, d'où qu'il vienne, si tu te rappelles bien j'prends tout, et j'aime tous les amours je crois et plus je vieillis moins je sépare, moins je range, il est un peu total foutraque mon amour, comme le jardin de Gilles, il y a plein de trucs dont on serait tenté de se demander ce que ça fout là, il est un peu bordélique mon amour, il est plein de robes et de chemises qui pendouillent, une pour chaque amour, et j'ai la garde robe extensible crois moi, je sais prendre a sad song and make it better comme ils disent, et je me demandais, si on psychanalysait Peau D'âne, ce qu'il en serait de la symbolique de ses robes couleur du Temps, de la Lune et du Soleil, en tout cas, plus je vieillis et plus les miennes sont légères et fluides, avec une bonne prise au vent pour voguer pleine mer, si ça se trouve inchallah, je finirai rincée par les vents, à marcher sur les plages océanes, cul-nu, enrobée d'amours, avec ma seule Peau d'Âme sur le dos. 

lundi 5 août 2019

Un peu plus

 il m'en aurait fallu plus et c'est pas un petit bracelet en cornaline qui va changer quoi que ce soit à l'affaire, malgré tout l'énergie  contenue dans cette petite pierre rouge rouge-orangée, une pierre à l'énergie joyeuse et sexuelle, tout ce que j'aime, il en faut plus pour me démonter que toutes nos années séparantes, j'ai jamais été à ça près, n'est-ce pas, il m'en faudrait plus, de pages pour tous les jours  accompagner ma rêve-volte, et c'est pas tous les ateliers d'écriture du monde qui vont changer quoi que ce soit à l'affaire, il en faut plus des plantes qui pousseraient dans l'ombre, en lieu et place de cette étendue grillée que j'ai sous les yeux, heureusement que l'ortie, la ronce et le plantain, résistent à tout, plantes sacrées et coriaces auxquelles rien ne résiste, plantes sorcières entre toutes, souveraines des herbes sauvages, elles sauvent de tout, il en faudrait plus, comme il faudrait plus d'instants volés à la vie, ou alors il faudrait changer de focale, instants volés à la vie ou instants donnés par la vie, il faudra bien un jour choisir son camp, de plus en plus, il en faudra plus, des courageux qui sacrifient leur peau, mue douloureuse devant la barbarie des temps, humbles et résistants, coriace comme la ronce, l'ortie et le plantain, il m'en faut plus des rêveurs insomniaques pour veiller sur mes sommeils profonds, il faut plus d'hibernation et c'est pas les neiges sur les banlieues bleues qui vont changer quoi que ce soit à l'affaire, il me faudra plus d'audace et de patience que je n'en ai jamais eu et c'est pas l'amour irradiant du quartz rose qui pourra y changer grand-chose, tu connais cette sensation de faim insatisfaite n'est-ce pas, comme les enfants qu'on envoie se coucher sans sommeil, affamés de la nuit qui colore à peine le ciel de ses tons mauve et feu, il en fallait plus pour me mettre à genoux, si on dort on meurt, et va dire ça à ceux qui dorment profond, va me dire ça à moi avec tes yeux orage qui ne se ferment qu'à contre-nuit, en contrepoint, va me dire ça avec les loups qui arpentent les Abruzes dans le crépuscule mauve et feu, en chantant dans mon sommeil, il en faudrait plus des espaces de sauvagerie et de beauté pure et calme, comme une oreille posée sur un ventre aimé, soulevée par ma respiration d'endormie, il en faudra plus des Zones à Dormir, Danser, Défendre, Dynamiter, Dialoguer, Détendre, Détremper, Damner, des Zones à Dire, il en faut plus et c'est pas nos kilomètres de vie en rose et nos âmes séparées qui vont changer quoi que ce soit à l'affaire. 
Il m'en faut plus que ça. 

L'âme de pierre

Tu crois que si les pierres avaient une âme, elles se feraient l'enfer comme nous pour avoir une place spéciale, chaque pierre sa place dans la construction de la maison, parce que nous, je parle de nous les humains abâtardis de la société occidentale, nous les pauvres en âme (du coup à quoi ça sert) nous passons notre vie à quémander une place, nous tournons sans cesse autour de la table pour y suivre la lumière du soleil, et malheur à qui occupera la 13e chaise, et on est un coup à droite, un coup à gauche et puis quelle place on pourrait bien occuper, quelle place on tient dans les cœurs, quelle forteresse sommes-nous obligés de défendre pour ne pas mourir seul comme une pierre ?


Je sais que toutes les pierres ont eu une âme avant que de servir à bâtir les maisons ou à avoir une quelconque utilité, les arbres arrivent à maintenir à la vie l'un des leurs qui meurt, par la solidarité de leurs racines, je sais que tout ici est en liens et que les liens vivent, se tendent et se détendent, je sais que pour avoir une existence dans le cœur, il ne s'agit pas forcément d'être présent, il faut être relié, je sais qu'il ne s'agit pas de rajouter une 14e chaise pour conjurer le mauvais sort, je sais qu'où que je soies, la place que j'occupe est celle que j'aurais choisie et que, si j'étais une pierre, je n'aimerais pas qu'on me taille pour faire une maison, je préférerais être un promontoire dans une forêt, un caïrn, une pierre plate dans une rivière, ou un caillou à fourrer dans sa poche et à oublier jusqu'à ce que ta main me retrouve.



En chemise

Elle était bleue, elle sentait le bois de oud, un parfum qui jamais ne s'oublie, elle n'était pas ordinaire tout en restant simple, un tissu fin et pourtant lourd du poids de celui qui la portait, j'avais 22 ans alors ou 23, il y a des choses qu'on oublie comme le temps qui passe, on oublie comme la chemise fut ôtée, comme elle est tombée au sol, et d'autres qu'on oublie pas, comme les feuilles des arbres étaient rouges et l'air encore doux, l'herbe piquante et je suis tentée de me demander si j'ai établi une liste de mes amants, de mes amoureux ou s'ils marchent éternellement autour de moi comme des danseurs, sans se toucher tout en m'embrassant encore, les chemises sont éternelles et j'ai gardé celle qui est bleue, ainsi que le flacon de parfum vide, l'odeur du bois de oud emprisonnée à jamais dans le flacon de verre comme dans mes narines, elle était rouge, posée sur de larges épaules, le tissu léger et pourtant lourd du corps  qui la portait, il y a des choses qu'on oublie pas, comme le vent qui jouait avec les pans de la chemise rouge, comme si elle avait une vie propre, il y a des choses auxquelles on pense comme par magie, par exemple que le bleu d'une robe et le rouge d'une chemise e'de frabriqueraient une autre, violette, toujours les mêmes larges épaules.

La chemise bleue et parfumée au bois de oud et au rouge des feuilles d'automne est éternellement suspendue dans mon placard, parfois j'en éprouve le poids sur mon corps n'y ajoutant rien d'autre qu'une respiration du flacon vide, je n'ai pas établi une liste de mes amants, pas plus que de mes amoureux, éternellement ils se confondent, en marchant dans mes pas, j'ai 17 ans, puis 21, puis 23, puis 26...

Puis 36 et je garde les chemises sans rien y ajouter d'autre que mon propre parfum, j'aime porter les chemises de mes "amourants", afin qu'ils dansent éternellement dans ma vie. 

dimanche 4 août 2019

Rêve-volter

À la mi-temps de la nuit, rêver en volte, dans la face, à peine rougie par la mi-temps de la nuit, penser à ces quelques centaines de kilomètres en solitaire demain, rêver en volte, emboucher l'air ambiant et se laver de tous les bruits parasites, de tous les klaxons, à la mi-temps de la nuit,ne retrouver que les souffles de ceux qui dorment, le cri d'une effraie en vol, le souffle de l'effraie et le sillage des étoiles qui filent, qui voltent, ne plus rien garder en vol que le rêve et le souffle de la révolte qui passe et reste partout si vive, qui tourne qui vire, paf dans ma face et mes heures de silence, comme dérobées à mon rêve par la vie des enfants, pirouettes cacahouètes, par les jeux de bataille, les siestes de mère et les câlins dévorants, à la mi-temps de la nuit, rester barricadée dans les aboiements des chiens, dans le grésillement des insectes et le filage des étoiles qui cillent, comme piquées sur un tissu et une maille a filé du bas, percevoir de loin le grondement sourd des foules en colère, le vent de la révolte et son odeur de feu, dans le froissement des herbes hautes sous le vent, à la mi-temps de la nuit, volter en rêve, la danse attendue depuis la mi-temps du jour, une danse avec soi seule, rêver de bras en plus qui volteraient, qui derviche tourneraient pour faire s'envolter les pans de la robe, en rêve avec les aboiements des chiens et le souffle de l'effraie pour orchestre, à mi-temps de la nuit, dans le filage des étoiles cillantes, oser un vœu, penser rêve-volte. 

vendredi 2 août 2019

Under my skin

T'as ça dans le sang pas vrai, ça te remonte lentement sous la robe, comme une armée de fourmis qui te coloniseraient l'échine, ascencion face Nord, des fois ça te démange tellement que tu dois tout stopper net, tout stopper, et t'y soumettre sous peine de te gratter jusqu'à la fin des jours, t'as ça dans la peau, pire qu'un mec, rien à voir, pourtant les fourmis qui te grimpent sont de la même race, une race de désir en brassées fournies sa race, comme une eau qui bout, t'as ça dans le sang, on peut dire ça d'une dévoration, d'un mec-hamac, on dit l'avoir dans la peau, je préfère le dire à l'américaine, got it under my skin, voilà j'ai ça dans le sang, comme on peut dire d'un mec qu'on l'a sous la peau, comme une colonie de fourmis qui te remonte horizontal sous la robe, à croire qu'elles captent quand t'as rien dessous que ta peau, quand tu te balances dans le hamac, quand tu planes sous les cumulus, oui tu cumules, entre ton sang et ta peau, les fourmis te colonisent, comme les pattes de mouche en noir sur ta page blanche, il est trop fin ce cahier, t'as ça dans le sang pas vrai, ça te remonte comme un geyser d'extase alphabétique, comme une exhibition, un adultère textuel, qui te remonte sous la robe, comme au courant qu'elle ne recouvre rien que le dessous de ta peau, l'abri du mec-hamac. 

jeudi 1 août 2019

La meuf tout court

La meuf que j'aurais voulu être envoyait tout balader avec joie et égoïsme, dans un élan sauvage et brutal, elle foutait le feu à sa propre terre et marchait sur les braises fumantes, souveraine, elle faisait de la moto, elle fumait grave et tenait la picole comme personne, elle faisait l'amour dix-huit fois par jour, elle était sublime de feu ouvert et rouge.

La meuf que j'aurais pu être avait des litres de larmes à la place du sang dans les veines, elle se noyait dans la vie des autres et se tailladait les bras et les jambes de douleur, elle faisait l'amour avec son cœur seul, amputée de son corps et de son cul, elle était sublime, nageant dans la mer ouverte et rouge, elle fumait grave, elle vivait recluse et enfantait dans la joie

La meuf que je suis tente de faire pousser la vie partout où elle passe, plantes animaux hommes, surtout hommes, enfants, elle évite les trous pour ne pas trop s'abîmer, elle sourit plus qu'elle ne rit, elle est sublime dans le silence de l'air ouvert et rouge, elle aime conduire et se perdre sur les routes pour descendre de voiture, elle fume grave devant le soleil, elle fait l'amour en alternance, encore avec sa tête, elle voyage sans bouger, elle bouge sans forcer, elle soigne tout ce qu'elle doit.

La meuf qu'il me reste à être sera la meuf ultime, elle marchera en dansant, rien ne lui résistera, elle prendra tout, elle saura être en patience et en sagesse, elle fera de la moto et arrosera les routes de l'enfer avec ses yeux ouverts sur la terre rouge, elle bougera pour voyager et s'abîmera peut-être, elle fumera grave et fera l'amour sans rien, elle sera sublime. 
Une meuf tout court.