mercredi 31 juillet 2019

Somewhere

Doucement, doucement mon cœur, il y a forcément un endroit pour nous mon cœur, un coin pour le repos et la douceur, un coin où tu saurais nager sans avoir eu besoin d'apprendre, un coin où tu pourrais réfléchir et te battre, réfléchir ta propre image comme dans un miroir d'eau tendue sur les montagnes, doucement, doucement mon cœur, tu te bats à te rompre, mais ne plie pas, il y en a une, forcément, une place pour nous asseoir face à face et laisser sécher nos larmes, et étreindre la barbarie pour en exprimer la douleur humide, comme on éponge la fièvre avec un linge froid, mon cœur la violence est la force des faibles, mais toi tu te bats trop fort, à te rompre la voix dans l'écrit, doucement, doucement mon cœur, il y en a un, forcément, un endroit où les garçons peuvent aller danser, avant de revenir embrasser leurs mères, leurs chéri.e.s, au point du jour, avec le regard fatigué et pourtant plein de la vie qui reste à vivre, mon cœur, dans cet endroit, forcément, il n'y a rien de mauvais et de la place pour tous, pas de violence, pas de noyade, pas de voix brisées, ni de vies noyées, puisque tu sais nager sans l'avoir appris, doucement, doucement mon cœur, il y a forcément un coin pour nous, un coin où réfléchir sans te battre, une place où un simple alexandrin aurait la sienne.

C'est dur de réfléchir quand le cœur bat trop fort... 

mardi 30 juillet 2019

Let it be Steve, Dialogue in

C'était d'abord,
Steve
Tombé dans la Loire
Où es-tu ? 
Disparu
Steve
À charge
Les flics, on les nomme
Les cognes
Steve
Ça n'a jamais été
Comment es-tu ? 
Voyez comme on danse
Steve
À charge
Les 14 danseurs éperdus
Les cognes
Steve
Les 14 baigneurs
L'eau noire de juin
À charge
Steve  
Ça ne sera jamais
Pourquoi es-tu
La Loire
Steve
Ça ne pourra pas être
Let it be
À charge
Le bruit des bottes 
Ça sera peut-être
Quand seras-tu ? 
Les cognes
On s'en charge

STEVE

samedi 27 juillet 2019

Drague Queen, Dialogue in

T'en connais des reines toi? Des vraies, avec les couronnes et tout le tremblement?
Donne-moi ta bouche
Impression
Un clin d’œil et un sourire dans
Une impression
Rien ne te résiste
Comme ça
Amoureux de la bouche
On a parlé des Queen le soir

Volé des frusques royales au musée

Impression
Laquelle?
Un sourire impérial
Soulève toi la reine
Contemple et souris
Plus bouger
Cette impression

L'ampleur de la
Définition
Racler, nettoyer le fond des rivières à la drague
Comme ça
Entre autres tâches
Souveraines
Sais ce que tu veux
Différence entre l'être et
Mentir la nuit
Fais moi
Tu sais pourquoi?
Pirater le corps
Le faire
Impression
Elles portaient la cape de la reine Victoria
Remercie les dieux
Parce que je sais rester triviale
Souverainement
Peinarde
Draguer le fond de ta rivière
Marcher dans l'espace 
Une impression comme ça


Loup Read

Tous mes livres, j'ai besoin de les lire au moins deux fois, la première lecture est toujours rapide, presque furtive et comme à distance, j'ai besoin de saisir le décor, l'intrigue, les caractères et tu as remarqué que le mot anglais pour "personnages" c'est le mot "character", j'ai besoin de deviner à grande vitesse ce qui caractérise l'histoire, j'y plonge tête la première et j'attends que l'histoire m'éclabousse, et puis quand j'ai fini, je me relève des pages et je reste un instant suspendue au plaisir qu'il m'a donné, au voyage qu'il m'a offert, je souris et je fume une cigarette allongée avec le livre sur le ventre ou sur les yeux, comme un sombre héros, tous mes livres, je ne les ai jamais lu moins de deux fois, impossible de faire autrement, ils m'absurdent, ils m'absorbent, ils m'enfoncent dans les matelas et me retournent dans tous les sens pour certains, ils me prennent et m'emportent, j'ai besoin de les rouvrir et d'y retourner en affamée des phrases, j'aime les mots, parfois je me relis des passages à voix haute, pour le plaisir de l'écoute, à chaque fois je découvre un passage secret, même après de multiples lectures, il y a toujours un truc à lire, à lier, alors je le rouvre, je lui caresse la tranche et j'y retourne. 
333 fois si ça me chante, t'as dû comprendre que j'aimais lire... 

vendredi 26 juillet 2019

Viene de ti, Viene de mi

Je déteste ce putain de quartier, je déteste toutes ces putain de tours, tout ces putain de travaux, de grues, tu crois que ça vient de moi ?
Je chanterai nue dans une maison sombre quand la nuit tombait, je chanterai sous la douche, je suivrai les paroles que je ne comprends pas, ça sonnerait clair et beau, tu crois que ça vient de toi ? 
J'expliquais à ma boule au ventre qu'elle n'a rien à y faire, qu'elle s'installerait ailleurs dans une zone neutre, mon ventre est pour mes fantômes, ton front, mes enfants et mon amour, tu crois que ça vient de moi ?
Je me sentis soudain absorbée par l'espace feutré et bruyant de ce putain de quartier, on aurait dit que j'attendrai que se dissipe, je renverserai ce putain de café et j'osais pas bouger pour en demander un autre, tu crois que ça vient de toi ?
Je me prenais la main pour m'emmener au-delà de ce putain de sentiment de bascule, où est passé ce putain de cheval de bois, je l'enfourcherais pour écrabouiller la putain de boule qui m'empêchera de bouger, tu crois que ça vient de moi ?
Je fume et je fume ces putain de cigarettes et le nuage soudain m'emportera dans sa robe bleue, je me tus à partir de maintenant, je ne comprendrai pas pourquoi ce putain de quartier, elle m'a rapporté un café flambant neuf, tu crois que ça vient de toi ?

Viene de ti, viene de mí, viene del viento
No miento es un sentimiento

Trop ou trop peu

Il est tard et je ne vais pas tenter de te faire la liste de tout ce qui se tait dans une vie, je ne vais pas tenter de te faire la liste de tout l'hypothétique de cette vie, il est tard et enfin la pluie tombe, et je ne vais pas tenter de te convaincre que j'aurais aimé qu'elle arrive un tout petit peu plus tard, il est tard et je ne sais pas quoi porter sur mon dos, mais la pluie déjà se retire du jeu et je ne vais pas tenter de raisonner aujourd'hui, si elle s'arrête maintenant ce sera vraiment n'importe quoi, pas assez, il est tard et la balance entre trop et trop peu joue vraiment avec nos nerfs, et je ne vais pas tenter d'y comprendre quoi que ce soit, je vais tenter de mettre quelque chose sur mon dos, il est tard et je ne vais pas tenter d'y changer quoi que ce soit, déjà la pluie s'arrête et elle fut de trop courte durée, trop courte pour désaltérer la terre exsangue et les arbres penchés, trop fugace pour étancher la soif de la terre qui gémit, trop brève pour rafraichir ce qu'elle a trempé, il est tard et je ne vais pas tenter de te faire la liste de tout ce qu'il y aurait à faire dans cette vie. 
Le tonnerre gronde et le dragon escalade le mont Fuji.


mardi 23 juillet 2019

Le train

Un pied sur la porte et le soleil de plomb, pourquoi est-ce si difficile parfois de faire? 

Un pied à la fenêtre et le sang de plomb, les trains ne s'arrêtent pas partout, ils filent dans la campagne, et laissent des empreintes floues sur les vitres renforcées, comme un vol d'hippocampes  au fond d'une grotte marine, on jurerait les avoir vus, sans en avoir la certitude.

Un pied devant l'autre et les jambes de plomb, ou quand marcher est plus pénible que de ramer. Pas toujours, mais ça arrive, quand on arrive à ce point d'incandescence où sous la chaleur de l'effort la matière se durcit et prend le poids d'une enclume, les trains défilent et laissent derrière eux les trainées de ce qu'ils auraient pu être.

Un pied sous l'eau et la voix de plomb, se cacher dans le noir des maisons pour échapper au souffle brûlant du soleil sur l'asphalte, attendre la nuit et contempler les mauves du ciel, dégradés du jour mourant, se demander ce qu'on a bien pu faire aujourd'hui, ne pas trouver de réponse alors que les trains continuent de slalomer d'une rive à l'autre.

Ce Lui que j'aime prend des trains.

samedi 20 juillet 2019

Tes doigts mes doigts

J'avais confondu mes doigts avec les tiens, j'avais confondu ma chatte avec une piste de bobsleigh pendant que mes doigts tes doigts glissaient dessus, je me suis fait l'amour trois fois avec tes doigts mes doigts, j'avais confondu mon clito avec une prise électrique pendant qu'une voix masculine m'ordonnait de me toucher, j'avais confondu son souffle avec le tien, alors que je pliais involontairement mes jambes sous la pression de mes doigts tes doigts, j'avais confondu mes mains avec les tiennes sur mes seins durcis, je me suis fait l'amour trois fois en appelant ton nom avec la voix mouillée et tremblante de ma chatte, tes doigts mes doigts pressant et ramenant à la vie le bouton qui dit oui, le clito que j'avais oublié pendant un temps trop long jusqu'à ce que mes doigts tes doigts soient suffisamment forts et assurés pour lâcher les petits et me dorloter enfin, je lui ai fait l'amour trois fois en te parlant par mes doigts tes doigts, qui savonnaient ma planche de surf, ma fente de joie, j'avais confondu ma jouissance avec un geyser et j'ai dû fuir mon appartement, morte de faim, Louve affamée à la recherche de viande crue à me mettre sous la dent, j'avais confondu mon canapé avec la constellation d'Orion, alors que mes doigts tes doigts accrochaient au tissu des gouttes d'étoiles, nouvelle Voie Lactée issue du frottement de tes doigts mes doigts, j'avais confondu ma chatte à un coquillage plein de promesses, palpitant sous la caresse de tes doigts mes doigts, pendant que je me faisais trois fois l'amour en souriant ton nom. 

Quand j'étais vieille

Quand j'étais vieille, je regarderai en arrière, je ne crois pas que ce sera simple, mes os craqueraient et mes yeux s'embrumaient d'avoir vécu, d'avoir marché, grandi, rapetissé, dormi, fait l'amour, quand j'étais vieille, j'ai des centaines de milliards de mots dans la tête qui se dérouleront comme un long ruban d'asphalte usé que je remonterai à dos d'homme, assise sur une tondeuse à gazon, au rythme lent du temps qui s'écoule, quand j'étais vieille je n'aime pas la rapidité, je prendrai mon temps, pour remonter jusqu'à un baiser qui n'a pas encore eu lieu, j'aurai un hoquet de surprise, d'émotions qui soudain explosent dans une bulle d'air qui sortirait de ma bouche à l'approche de ce baiser, comme un coup de vent qui ébouriffait la danse tranquille des hautes herbes, quand j'étais vieille mes enfants se feront du souci pour mon cœur, mes artères, ma tête posée sur l'appuie-tête de ma vie et mes yeux tournés vers l'intérieur de la fenêtre, vers ces paysages que je n'avais pas vus, quand j'étais vieille mes mains tenteront sans doute encore de rouler mes cigarettes, et je couvre le présent d'un voile de fumée, comme une chamane, et je ferai apparaître les fantômes de ma vie, quand j'étais vieille je suis d'une grande sagesse, longuement et patiemment infusée dans l'eau de vos existences, teintée de couleurs vives et délavées, je nagerai encore dans la mer avec le reflet des oiseaux, quand j'étais vieille je conduis toujours ma voiture, malgré l'âge, les os qui craqueraient et les feuilles mouillées sur la route à présent inéluctable, je prendrai les chemins qui m'emmènent vers mes morts, et mes enfants se feront du souci, et je leur rappelle que le souci est une plante qui guérit, qui apaise le feu des douleurs et qui adoucit l'âme en lui rendant la paix, quand j'étais vieille, je prenais ma mère par la main pour lui signifier que sa force n'est jamais partie, qu'elle se serait juste cachée derrière, je marche vacillante sur deux cannes exténuées, un sourire aux lèvres tendues vers un baiser qui aura bien lieu un jour, quand j'étais vieille je ferai le voyage en tondeuse à gazon, parce qu'une sœur est une sœur et qu'un hoquet d'émotions qui soudain explose dans une bulle d'air qui sortirait de ma bouche, justifiait bien ce voyage harassant, pour qu'enfin je soies un meilleur être humain.
Ce sera pour quand j'étais vieille.

 

vendredi 19 juillet 2019

Fais chier hollistique

Fais chier à m'embrasser gentiment comme une fleur, fais chier à m'avoir peur de ce que je ne veux pas, tu fais chier à m'aimer totalement qu'en partie, fais chier à m'arroser les racines quand mes branches crient au secours, de l'air putain, fais chier à m'ignorer sur mes terrains fertiles et cachés, tu fais chier d'être efficace tout le temps, fais chier le mouvement perpétuel, fais chier que je t'aime autant,  fais chier à m'avoir peur de ce que tu me refoules, fais chier à me laisser jouer seule 

I know we've come a long way
We're changing day to day
But tell me, where do the children play?*

Fais chier à être si loin tout le temps, fais chier ces kilomètres et pourquoi le nord, fais chier à m'avoir peur de ce que je ne peux pas, tu fais chier à m'aimer qu'en partie totalement, à me souffler dans les branches, quand mes racines crèvent d'étroit, de l'espace putain, fais chier à m'ignorer sur mes terrains tranquilles et présents, tu fais chier d'être si hot qu'à y penser c'est 400 000 hectares de conscience qui crament, fais chier l'éther de tes mots, fais chier que je t'aime déjà, fais chier à m'avoir peur de ce que tu me redoutes, fais chier à me laisser jouer seule

I know we've come a short way
We're changing day to day
 But tell me, where do the children play?
  
Fais chier à danser le cul entre plein de chaises, fais chier à t'avoir peur de ce que tu devrais faire, tu fais chier à t'aimer qu'en partie, à me couper les poils de la chatte en quatre, de la vie putain, fais chier à pas savoir grimper aux arbres, fais chier à t'ignorer en fonction de la météo des beaux, fais chier d'être tranquille, tu fais chier de ne rien exiger pour moi, fais chier derrière les portes, fais chier à t'avoir peur de ce que tu m'éprouves, m'aimer holistique, voilà, fais chier à pas te laisser jouer seule
I know we'll have a long way
We'll changing day to day
 But tell me, where will the children play?
 

mercredi 17 juillet 2019

Dévers Gondé, Dialogue in

Comment pourrais-je me taire?*
Reste, il faut que tu te dévergondes un peu
Aucune idée
Tandis je danse avec le grand oiseau*
C'est pas parce que tu ne me
Vois pas
Que je ne
Sortir de mes gonds
 ---
Je me dégonde en dévers mon chéri, je dévale les pentes en courant.
Faut pas trop
Me dégonder
M'emmener vers le dévers
Comment pourrais-je à la fois
Me taire 
Feuler en silence
---
Dégonde une porte
Pour voir
Elle penche
Tandis que je danse avec le grand oiseau
De quel côté?
---
Envoie moi dans les dévers
De mes gonds
Aucune idée
Les chiens lâchés dans la pente
Moi par
Devers
Pourquoi tu me
Gondes?
 ---
C'est bien un truc de mecs ça les histoires de gonds en dévers
Comment pourrais-je me taire?
Tant boiter
Tu n'aimerais pas chéri
Rester dans une mise
En boite
Huile un peu
Les gonds
Tandis que je danse avec le grand oiseau
Dans la porte
Ça glisse 
Par devers moi 

*Mazisi Kunene, Zulu poems


mardi 16 juillet 2019

Par exemple, Dialogue in

Tu ne sais pas
Par exemple 
Que gamine, je "transais" zoulou blanc
T'impressionne(s) 
Tu ne sais pas
Par exemple 
Que j'ai souvent...
Me déconcerte 
Tu ne sais pas
Par exemple 
Le feu aux joues
T'attire(s) 
Tu ne sais pas
Par exemple
Mes mains sur les genoux
M'impatiente
Tu ne sais pas
Par exemple 
Les papillons entre mes jambes
T'opiniâtre(s) 
Tu ne sais pas
Par exemple 
Peur
Me délite
Tu ne sais pas
Par exemple 
Les boules
T'aimante(s) 
Tu sais tout ça
Mon amour
Entre autres exemples

lundi 15 juillet 2019

Les mains dans les poches

Et on ira danser tu verras, sous la pluie des feux d'artifice, un jour il n'y en aura plu des feux d'artifice et ce sera tant mieux, même si je les regretterai, on ira danser tu verras, sous la pluie d'étincelles et on le sentira, le feu dans nos poches, toi la chemise, moi le jean, on le sentira sous nos semelles, on ira danser yeux fermés, noyés dans la foule, enfouis pour quelques minutes d'éternité finissante et on collera nos poches, toi la chemise, moi le jean, on ira danser sous un pont illuminé et noir de monde et on respirera nos saveurs épicées et minérales, on ira danser sous la pluie des feux d'artifice et on sera nus sous nos vêtements tous les deux et on mettra la main de l'autre dans nos poches, moi le jean, toi la chemise, sous la pluie éteinte ds feux d'artifice et dans le vide qu'aura laissé la foule en quittant l'espace et le temps, on dansera encore sans s'en rendre compte, leseétincelles nous couleront dessus comme une pluie, la musique nous enveloppera encore et on dansera comme on vit, les mains dans les poches.
Toi la chemise, moi le jean.


La boite à bisous

J'ai reposé la boite à bisous dans la nouvelle voiture, elle me foutait le cafard cette nouvelle voiture, avec son odeur de neuf et de plastique que j'ai vite chassé à grand renfort de fumée et d'huiles essentielles, j'y ai remis toutes mes affaires et sur le dessus, collée, une petite boite en carton blanc, comme une grande boite d’allumettes, toute décorée, avec des paillettes, une jolie écriture sur les tranches, elles s'appliquent les animatrices des centres de loisirs, quand elles écrivent les noms des enfants de maternelle sur les cadeaux qu'ils vont offrir à leurs mamans le soir, j'ai oublié ce moment où mon petit, ce grand garçon déjà, m'a offert cette boite, il m'avait dit de ne pas l'ouvrir, qu'il y avait un trésor dedans, et je lui avais obéi, je l'avais collée dans ma voiture, pour l'avoir toujours sous les yeux quand je conduis, sur une tranche était écrit son prénom, Tom, mon petit homme pirouette cacahuète, sur l'autre la fonction de la boite, "boite à bisous", mais comme je ne devais pas l'ouvrir, je n'ai pas regardé s'il y avait un bisou à l'intérieur, je suis restée assise dans la voiture qui sentait le neuf, à regarder la boite à bisous, à observer une ou deux paillettes qui s'étaient décollées, elles sont tombées sur le tapis neuf de la voiture qui sentait le neuf, j'ai allumé une cigarette après avoir trié deux-trois trucs, pour chasser l'odeur de neuf, et pour souffler, je n'aime pas les tris, j'aime tout garder, mais c'est pas toujours possible, il faut savoir se délester, et donc j'ai calé la cigarette entre mes lèvres et je me suis servie de mes deux mains pour faire glisser le petit compartiment de la boite en carton, quelques paillettes encore qui tombent, j'étais sûre d'y trouver un bisou, comme Peter Pan qui prend le dé à coudre de Wendy pour un baiser, et qui reçoit un dé, sous la forme de ses lèvres déposées sur sa joue, Peter lui donne un baiser à son tour, un gland qu'elle finira par porter autour de son cou et qui lui sauvera la vie, j'ai fait coulisser le petit compartiment de la boite et dans le fond, non pas un, non pas deux, mais trois bisous de la bouche de mon petit, ce grand garçon, posés sur un lit de paillettes scintillantes, ces petits bisous posés au rouge à lèvres, elles s'appliquent les animatrices des centres de loisirs quand elles mettent le rouge aux lèvres des petits pour qu'ils embrassent les morceaux de papier destinés à leurs mères, trois petits morceaux de papier bleu, avec la marque des lèvres de mon petit, ce grand garçon qui grandit et qui devient plus pudique, la boite à bisous doit avoir deux ou trois ans et jusqu'à ce jour, j'avais respecté le vœu de mon petit, ne pas l'ouvrir, je crois que je ne lui dirai rien mais j'ai pris ces trois petits morceaux de papier, je les ai embrassés et j'ai soufflé ma fumée dessus, histoire qu'ils ne prennent pas cette putain d'odeur de plastique neuf.
En reposant la boite, j'avais une petite trainée de paillettes sur les doigts, de la poudre de fée, sans doute.


samedi 13 juillet 2019

Rendez-vous, Dialogue in


Toi tu dis
Effleurement
Moi je dis
Étreinte
Toi tu vois
Presque tout de moi
Moi je vois
Presque rien de toi
Toi
J'habite tes nuits
Moi
Je danse dans ta liberté
Toi
Tu marches dans mon ombre sous le soleil
Moi
Je te cache dans mes matins
Toi
Tu me donnes rendez-vous
Moi
Je me rends à vous
Toi
Tu peuples ta solitude
Moi
Je m'extrais souvent du monde
Toi
Le nez en l'air
Moi
Les mains dans les poches
Toi
Tu écris des histoires
Moi
Je les raconte
Toi
L'amant éternel
Moi
La femme fabulously absolute
Toi
Les babouches pleines de sable
Moi
Les pieds nus dans l'herbe
Toi
Soufflant sur mon ombre
Moi
Souriant dans la nuit
Toi tu dis
Effleurement
Moi je dis
Étreinte

 

Les petits vont revenir

Les petits vont revenir demain et demain donc la vie prendra un autre cours, il en est toujours ainsi dans la vie des petits, de changer le cours des choses, qu'ils soient là ou qu'ils n'y soient pas, les petits vont revenir et avec eux un panthéon de menues choses qui s'évanouissent quand ils s'éloignent, pour laisser la place au temps qui s'étire comme les nuages s'effilochant dans le vent, les petits vont revenir contracter le temps, le compacter en une bombe de terre dans laquelle j'aurais pris soin de glisser une ou deux graines, histoire que, quand les petits repartiront, je puisse suivre l’éclosion des fleurs, les petits n'ont pas encore cette patience de qui attend sans bouger, de savoir quelle va bien être la vie qui sortira de terre, du ventre, de l'âme, les petits vont revenir et je vais les revoir pour la première fois, je vais les serrer sur mon cœur qui a failli me manquer, qui a failli faire exploser mon temps, et éparpiller les graines que je cache dans mes poches, les petits vont revenir demain et la rivière va reprendre son cours bouillonnant, laissant sur une berge, la brume de ce temps qui s'étire, tout est toujours plus lent au bord des rivières, dans le frottement des rayons du soleil qui percent les branches des saules, dans le bruissement des insectes et la danse des oiseaux, les petits vont revenir et m'inonderont de leur présence vivante et brutale, comme celles de tous les petits, les petits sont des boules de vif en fusion, des coups de vent intempestifs qui rallument les feux quand tu t'endors devant les braises, demain les petits vont revenir et demain donc depuis la berge embrumée, je suivrai patiemment l'éclosion de la broussaille de leurs cheveux, je contemplerai cette famille , enveloppée dans la robe bleue, les petits vont revenir et demain donc la vie prendra un autre cours, ma rivière serpentera entre les différents temps du temps les petits vont revenir et, dans mon bayou toutes les berges m'appartiennent.


jeudi 11 juillet 2019

Cueilleuse des banlieues bleues de Babylone

Tu ne me verras plus baisser la tête ou soumettre mon corps à d'autre qu'à moi-même et à ce que je crois juste, tu me verras marcher, un cœur en granit paraît-il, tu me verras arpenter les banlieues bleues de Babylone, un sac en tissu dans chaque poche, et tu viendras me demander ce que je fabrique, tu me verras ramasser les mauvaises herbes et les frotter avec amour entre mes mains pour en respirer l'entêtant parfum, tu ne me verras plus dans un bureau, dans une administration, tu me verras plus avec un patron, tu me demanderas ce que je fais, même après que je t'aurais répondu, tu me demanderas pourquoi je le fais, je te répondrais que c'est pour la beauté du geste, qu'on peut choisir la beauté des mauvaises herbes qui poussent aux pieds des immeubles, dans les banlieues bleues de Babylone, sous tes pas, tu ne me verras plus implorer le ciel que les voiles se déchirent devant mes yeux, tu ne me verras plus comme avant, tu me verras déambuler dans un camion peint, tu ne me verras pas m'appeler nomade, mais mobile, tu comprendras quand je te dirais que la mobilité et le nomadisme, c'est pas tout à fait la même chose, tu comprendras que je ne changerai pas de territoire, que les banlieues bleues de Babylone sont des zones de bonheur à l'état pur, enfoui, caché et protégé par les touffes de mauvaises herbes qui poussent aux pieds des barres, à qui l'administration fait la chasse pour rendre enfin ce décor un peu moins fouillis, beaucoup trop propre, sans terre, pour créer des tiers-lieux qui lui ressemblent, qui sont la partie canaille qui lui manque pour avoir l'impression d'avoir du sens, tu me verras à genoux dans les jardins sauvages que le berger protège et  aide à mettre au monde, sage-femme des espaces libres des banlieues bleues de Babylone, tu ne me verras plus marcher sur le trottoirs rénovés, tu me verras traîner non loin de ce qui éloigne les autres, tu me croiseras les mains sales de peinture et l'âme lavée par les rires des enfants et les sourires des vieux, tu me verras descendre du camion, tu y liras son nom, et tu t'arrêteras pour me demander ce que je fais, ce que je vis, tu ne me verras plus chercher l'entente, le compromis, tu me verras les prendre dans mes mains, m'y piquer salement et puis aller chercher cette mauvaise herbe qui chasse le mal, tu me verras planter les mauvaises herbes et les autres aux pieds des tours, tu me verras apprendre aux enfants à ne pas craindre les orties, à ne pas chercher à se protéger, parce qu'ils auront la connaissance, tu ne me verras plus nous retenir de vivre.

Cueilleuse des banlieues bleues de Babylone.


mardi 9 juillet 2019

Tout le monde

Tout le monde?
Je m'interroge sur cette bizarrerie, comment se fait-il qu'on vive une vie entière à côté des autres, tout en étant pas comme tout le monde, parmi toutes ces choses qui arrivent à tout le monde, le fameux "oui mais moi je ne suis pas comme tout le monde" , comment se fait-il qu'on puisse passer une vie à se sentir épargné de ce que vivrait tout le monde? 
Tout le monde?
Tu te rends compte quand même, qu'à quelques minutes près, j'aurais quitté mes enfants, l'Amoureux, la vie, sans plus jamais les revoir, sans plus jamais sentir les baisers mouillés, les bras maigrichons autour de mes épaules, l'odeur de chaud et de sueur du sommeil.
Tout le monde?
Je n'arrive pas bien à percevoir la gravité des choses, sans doute est-ce mieux, j'ai pensé longtemps au lambeau de Lançon, à ses mots sur la vie et l'état incertain de qui ne meurt pas, et sur les minutes où la vacuité de l'existence vient te transpercer et t'étourdir sous sa fragilité, et ce matin j'étais déjà en train de déménager des tas de machins pour l'année prochaine, comme si rien ne s'était passé, comme si j'avais pas de bleus sur les bras et les mains, à l'endroit des perfusions, comme si j'avais pas les jambes qui tremblaient et le souffle court.
Tout le monde?
C'est moi qui, comme tout le monde, pense que j'étais pas tout le monde, qu'il y avait des choses qui ne m'arriveraient pas.
On ne devrait jamais vivre ce jour comme si c'était le dernier. On devrait vivre ce jour comme n'importe quel jour, mais en y ajoutant la pensée que ce jour se termine toujours et laisse sa place à la nuit, la lune, les étoiles et les constellations, en y ajoutant la pensée que ce jour est habité, par l'air, le vent, les autres vies qui s'y trouvent, on devrait vivre ce jour les yeux grands ouverts et le sourire aux lèvres, le cœur rempli par ce panthéon des menues choses, les souvenirs, les pensées, les fantasmes, les cailloux ocre, les petites billes et les cigarettes des grands-pères, toutes ces menues choses qui appartiennent à tout le monde.
Tout le monde?
L'envie de dire est forte, l'envie de dire la vie, de la partager, j'ai été voir le berger pour lui dire que j'avais pensé à lui et sa colère d'il y a deux jours, lui dire pour passer le message, c'était important, j'ai écouté l'Amoureux et sa peur, fugace, emportée par l'urgence, de se retrouver dans la posture qu'avait vécu son père, se retrouver seul avec ses enfants, j'ai dit aux enfants que c'était fini, que j'allais mieux. Je ne sais pas si c'est la vérité. Et en même temps si. 
Tout le monde?
Je ne sais pas de quelle manière ce jour m'a transformée. Je me suis promenée dans la ville et à l'endroit où les arbres avaient été abattus, j'ai trouvé les rejets de leurs racines. J'y vois un bon signe, l'existence, si fragile soit-elle, se rejette dans le monde, dans tout le monde. 
Et les louves arpentent inlassablement toujours la terre, sous la protection des constellations.
Et le vent remplit éternellement les babouches de sable.
Et les petits grandissent inexorablement. 
Et tout le monde vit sa vie, indifféremment.
Tout le monde?
C'est moi


lundi 8 juillet 2019

Dé-faillir

C'est étrange ça, quand on a failli un truc. 
J'ai failli l'embrasser 
J'ai failli boire la tasse

Il y a des choses plus ou moins graves, plus ou moins importantes
J'ai failli tomber
J'ai failli me rattraper aux branches

C'est étrange toutes ces failles.
J'ai failli pas m'en apercevoir 
J'ai failli oublier

Elles ont des conséquences plus ou moins graves, plus ou moins importantes 
J'ai failli me pendre à ton cou
J'ai failli leur arracher leur vie

Tout ce qui s'y rattache dans la vie, à ces événements qui ont failli arriver, 
J'ai failli prendre le large
J'ai failli prendre tes mains 

Elles sont étranges mes Dé-fayences, comme si elles n'étaient pas là et qu'elles se rebellaient, comme si c'était nécessaire de me rappeler que la vie est fragile et capricieuse et pleine de conséquences et j'arriverai pas à me le faire rentrer dans le crâne et le corps,
J'ai failli lâcher la rampe
J'ai failli me prendre une grosse gamelle 

que si j'avais fait plus que faillir tu te rends compte, la petite, le grand, l'Amoureux, tu te rends compte ma vie, même si ça aurait pas été de ta faute
J'ai failli mes chéris. 
Juste failli. 

Réa

Je l'appellerai, pour lui dire, cette pièce ferait un atelier nickel, impeccable, limite un peu grand, et j'y réfléchis en plein cœur de la nuit, pourquoi je suis là ? À quoi suis-je suspendue, pronostic vital engagé, j'ai rien senti, pourquoi je suis là, alors je l'appellerai parce qu'il était énervé hier, par un tas de cons, parce que voilà tout, je lui dirai de pas s'en faire, qu'un bout de gâteau est suffisant pour aller dans une pièce qui ferait un atelier nickel question dimension, mais qui n'en est pas un, pourquoi je suis là, c'est pas la première fois que ça m'arrive, et c'est quoi, c'est rien, je suis solide comme nana, juste quelques trucs qui peuvent me tuer, pronostic vital engagé, pas de temps à perdre, j'ai croqué un gâteau, qu'est-ce que je fais ici, j'ai pas de temps à perdre, et eux non plus, je lui dirais que je me rends compte que la vie ça tient dans un grain de sésame, ça vaut pas le coup de s'énerver, mais s'asseoir, lui dire que les fleurs, les gosses, le sexe, l'amour simple et moins simple, les lumières, en cinq minutes putain, ils m'ont appelée Cléopâtre les baraques qui m'ont portée comme une reine sur trois étages, j'aurais jamais cru tomber dans les pommes, on en fait tout un foin, mais c'est pourri comme sensation, j'aime pas tomber dans les pommes, je préférerais tomber dans tes bras, je lui dirais.
C'est peut-être trivial, mais y a des jours comme ça où t'as pas envie de perdre ton temps.
La vie tient dans un grain de sésame.

samedi 6 juillet 2019

C'est juste mon cerveau

Et j'aimerais bien savoir pourquoi toutes tes chéries croient que nous étions amants, alors que ce n'était pas le cas, ou alors on aurait été amants de cerveau, ce qui a une certaine saveur, jouir du cortex, ça finit presque pareil que jouir du sexe, on dirait que je m'interrogerais sur les mécanismes de la jalousie et de la dépendance à un homme et que j'avais du mal à comprendre comment tes chéries pouvaient être jalouses d'un fantôme en wax, sans incarnation dans ta chair par dessus le marché, et on dirait que je m'interrogerais sur toi alors, sur tes évitements, sur l'incarnation que tu me donnerais, parce qu'on aurait sans doute été amants de la cervelle et désirants de nos corps, je me serais demandée si donc le gel de ma matière grise t'aurait à ce point grisé que tes yeux en auraient pris la couleur, vu que je m'en souviens comme ça, et j'aimerais bien savoir comment j'arrive à nager dans ces eaux troubles comme si je dansais d'une étoile à une autre avec Sinatra dans les oreilles, ce serait ainsi quand je penserais à nos baises écervelées et à mes excitations solitaires sous le pétillement canaille d'un orchestre de cuivre et puis je descendrais le grand escalier du music hall, on dirait qu'on se ferait une petite partie de claquettes, ce serait comme ça, pour rien, juste parce que la vie est parfois plus légère en pas de côté, et j'ai toujours pas capté comme tes chéries auraient pas capté que les claquettes c'est pas la vie, c'est le music-hall et que ton chapeau-claque te va à merveille mais que tu te balades pas avec, c'est juste dans mon cerveau, pour faire jouir mon cortex, et que je ne sais pas danser du tout mais que pourtant j'envoie du lourd en descendant mes escaliers, c'est juste dans ton cerveau pour faire jouir ton cortex, parce que jusqu'à ce qu'on me prouve le contraire, nous sommes amants de cerveau, je te fly to the moon, on dirait qu'on jouerait sur la face cachée de la lune, à frotter nos langages l'un contre l'autre, on nagerait avec l'hippocampe, et mon cortex irait tutoyer les étoiles, sous le pétillement canaille des cuivres.
Fly me to the moon.

Stromboli

Au démarrage, il y a la mer, étale, bleue et froide, indifférente, avec ses poissons, ses coquillages, ses profondeurs, ses courants, qui la colorent différemment chaque jour, chaque heure, au démarrage, il y a la mer et rien d'autre qu'un caillou pointu posé dessus, un grain de beauté de la mer, qui en compte plusieurs, ce qui fait qu'elle est belle.

Au démarrage, on ignore pourquoi les cailloux posés sur la mer, parfois, crachent et soufflent, comme des forges, on ignore tant de choses.

Et moi, j'écoute Summertime en réfléchissant aux colères d'un grain de beauté posé sur la mer, en roulant son nom comme un minuscule caillou dans ma bouche, quelque part dans ma pensée, sur un bateau de fortune perdu entre Malte et l'Italie, en maudissant les échanges ignobles entre nations.

Sous la croute de Stromboli, couve une fumée lourde, à l'autre bout du monde, la terre s’ouvre en deux, comme en écho.

Summertime...


jeudi 4 juillet 2019

Venir d'Orion

La cage d'escalier sentait le chèvrefeuille et ça collait bien avec cette fin de soirée, quand tu finis dans une bergerie à boire des coups, c'est chouette de rentrer chez toi et que ça sente le chèvrefeuille et d'où pouvait sortir ce parfum, impossible de savoir, la vie a comme ça de ces mystères, ne pas chercher à comprendre mais juste se demander pourquoi ce nom d'Orion est venu dans la conversation, la bergerie a, outre son berger et sa belle, un incroyable personnage qui y vit, une voyante à la voix de basse, qui n'active son pouvoir que grâce à la chaleur, aux blagues et aux échanges de bord de nuit, faudra que je teste ce pouvoir en hiver, la belle vient de Vénus, et moi je viendrais d'Orion, va falloir que je me penche là dessus, une constellation rien qu'à moi, qui renvoie mon prénom, hop, comme ça, rouler sur les bords de la rue, sur les bords de la terre, une constellation rien que pour moi, une histoire de chasseuse de bonheur, et une qui a de la chance, une bonne étoile, dans une constellation, heureusement ça se trouve, pourquoi pas, Abdel, d'accord, je prends Orion, j'y marie mon prénom, parce que le vin avait un goût de cerise et que la nuit était douce à boire, rire et écouter le tintement doux des cloches au cou des chèvres.
Chèvrefeuille dans la maison. 

mercredi 3 juillet 2019

Le tiroir de la pensée

Je savais pas trop quoi penser, alors finalement, j'ai remisé la pensée dans le tiroir, doit y avoir un de ces fouillis là-dedans, faudrait que je m'y penche un de ces quatre, je l'ai même pas rangée, ni pliée ni rien, je l'ai fourrée là vite fait, et j'ai refermé le tiroir et j'ai imaginé le fouillis, sûr qu'en m'y penchant sérieusement j'y retrouverais des trucs utiles, les métiers que j'ai laissé de côté, certaines connaissances utiles et inutilisées, deux trois gars qui dorment ou tapent le carton ou la discute, un bouton de manchette solitaire, une des pipes d'écume d'un des grand-pères, celui qui a stoppé le tabac à l'annonce de ma venue "j'ai acheté mon paquet, j'ai tiré trois bouffées pouf pouf pouf et j'ai jeté le tout dans la mer", j'ai jamais osé lui dire que je trouvais ça finalement assez dégueulasse, pour la mer et les poissons d'abord, pour ceux qui n'ont pas de fric pour s'acheter des clopes ensuite, mais je te parle d'un temps que le moins de trente-cinq ans ne peuvent pas connaître, du temps où les clopes valaient moins cher que cher, bref, mon tiroir, tiens la pensée s'est étalée de tout son long là-dedans, à croire qu'elle y a ses habitudes, j'avais jamais remarqué comme elle se faisait la belle, comme elle faisait sa belle, loin de moi, planquée dans son tiroir, la tête calée contre mes soutifs de minette, du plus loin que me revienne, l'ombre de mes amours anciennes, elle s'est aménagé son coin pépouze, avec les bouquins que je cherche partout, il y en a un avec une lettre à l'intérieur, une ancienne lettre d'amour, qui finissait par "je suis là, laisse toi faire"... de quoi m'en redonner le frisson de la mort, le genre de choses à me damner, les mots d'amour, même faux, même vieux et poussiéreux ont toujours ce chic incroyable, celui de m'avoir été adressé, à moi personnellement, et donc voilà qu'hier ou avant-hier ou il y a un an ou bien dix, ou bien quinze, on s'en fout, voilà donc que je ne savais quoi penser, alors finalement, j'ai ouvert le tiroir pour ma pensée, et je l'ai priée de ne pas trop rester endormie longtemps, parce qu'elle m'était souvent très précieuse, elle m'a superbement ignorée, s'est drapée dans les voiles de la robe bleue, celle du hamac et des yeux noirs des cheveux blancs et m'a demandé de refermer en partant....