mardi 28 mai 2019

A dix mille

Est-ce que tu m'entends Quisas, tu planes à dix mille et vue d'en bas t'es jolie comme un cœur avec ta robe, t'as bien choisi, est-ce que tu m'entends, tu montes tu montes fais gaffe je connais un gars qui s'appelait Icare, il a plutôt mal fini, à force de monter, en même temps c'est sûr que lui n'avait pas de robe bleue pour en utiliser le tissu comme ailes, comme parachute ou comme montgolfière, est-ce que tu nous vois Quisas, je suis sûre que la vue est belle, qu'on est tous là, ensemble, avec nos mômes et tous ceux qu'on aime, il en manquait quelques uns c'est sûr, mais je suis sûre qu'on était plutôt pas mal, vu des nuages, et je crois que j'ai plané sur mes talons pendant une journée entière, même après les avoir ôtés et voir mon homme heureux comme un gamin, je crois que ça m'a fait plaisir au-delà du réel, je crois qu'il n'existe que peu de journées dans la vie où tout se concentre sur un seul être, est-ce que tu peux les compter Quisas, les journées de ma vie où tu as plané à dix mille, où tu as mis le monde sur pause et évolué dedans comme une reine avec ton homme à tes côtés et les sons autour atténués et pourtant plus clairs et résonnant d'amour, j'en ai trois en mémoire pour ma part et ces trois journées sont celles qui ont construit notre famille, la naissance des petits, plus rien que moi et mon homme avant qu'ils ne viennent sur moi et ce jour, pas si lointain mais déjà envolé comme un ballon bleu au-dessus de ma tête, est-ce que tu m'entends Quisas, t'es jolie comme un cœur avec ta robe, ce jour où ton père, pour honorer la mariée cite une de ses phrases, écrite il y a des années, oubliée et ravivée à la faveur d'une journée particulière, une journée où même les gosses ont plané à dix mille, tellement qu'à la fin, à l'heure de plier boutique et de rentrer tous ensemble, les copains, les talons remisés dans le sac et encore une coupe à la main, j'ai entendu un des gosses dire ceci: c'était tellement cool qu'à un moment j'ai tout oublié...

Je l'avais déjà écrit Quisas

Sourire, ça reste le meilleur moyen de montrer les dents au destin.

dimanche 19 mai 2019

J'prends tout, Dialogue in

Pluie dans le cou
Questions sans réponses
Frissons
Cuisses ensablées
Volées d'escalier
Dedans
Dehors
Nœuds
Quels qu'ils puissent être
T'en as d'autres?
Feu du miroir
Vol des cigognes
Oisillons morts-nés
Une façon qu'on a
Se tenir la main
Écoute ma louve
Toutes les nuits
Envoie
Nudité dans l'eau de mer
Silences
Absences
Nattes
Oubli
T'en as d'autres?
Interstices
Amour
Feu du miroir
Rage
Mains douces
Peau rugueuse
Orage
Mains rugueuses
Peau douce
Envoie
Eau sur les feuilles
Empreintes
Jeux
Bras et jambes qui s'enroulent
Enfants
T'en as d'autres?
Vieillards
Jeunes pousses
Arbres morts
Odeur du sable
Couleur de la fumée de cigarette
Nager sous la pluie
Verre brisé
Tâches d'encre sous les doigts
Ombres
Envoie
Distances
Sourires des hommes
Regards des femmes
Sommeils des enfants
Force
Impuissances
Amour
Chants d'oiseaux
Sexes en fusion
Texture des vieux livres
Langues sur les clavicules
Doigts dans les cheveux
Bruit des sabots
Montagnes rouges à l'automne
Rivières
Mains en coupe
Larmes aux yeux
Battements de cœur
Colère
Petit poi(d)s 
Fantômes
Jupes des filles
Joues rouges
Ciel gris
Chiens mouillés
 Chattes sur les toits brûlants
Barbes de trois jours
Amour
Honte
Peur
Joie
Excitation
Reprise d'air
Doute
Murmures sur la colonne vertébrale


J'prends tout...
T'en as d'autres?
 Envoie


mercredi 15 mai 2019

La douceur des orties

Le bleu du ciel au goût de banane, putain d'avion, avant je les aimais bien ces traînées blanches, ça voulait dire qu'un garçon pensait à toi, quand t'avais 14 ans, tu t'en souviens ou pas, et bien 22 ans plus tard, tu t'allonges sur un banc en plein soleil, refuge en ville, il y en a encore quelques uns, promis, des bancs dans un bout de nature en pleine cité, et tu vires tes chaussures et tu te dis putain d'avion, avant je les aimais bien leurs traînées blanches mais désormais, je ne vois plus que des milliers de litres de kérosène dans la nature putain, mais c'est pas de ça dont je voulais te parler, parce qu'un jour il faudra bien qu'on parle Toi et Moi tu sais, il faudra bien que je te dise deux-trois trucs, que je me mette en règles avec moi-même et qu'enfin je rende hommage, à travers tout ce que je vais te dire, que je rende hommage à l'Homme, qu'à travers tout ce que je vais te dire, que je rende hommage à mon homme, parce que dans quinze jours je me marie et que ça change quelques trucs même si ça change rien, ça change que je m'unis à mon homme, que je m'unis à un homme, ça change pas le bleu du ciel, ni son goût de banane, ni ces putains d'avion, ni tous mes désirs, ni tous les siens, je crois que la liberté qu'on s'offre ensemble a la douceur des orties, il faut juste savoir comment les cueillir ou bien porter des gants, mais si tu la bois, je te promets, l'ortie a la douceur de la banane, et en fait tu vois, je crois que je suis un peu pareil, j'ai la douceur de l'ortie et son goût de banane, j'ai bien aimé être une belle plante de plus dans ce jardin, j'ai bien aimé ton sang chaud, mais qu'il faut pas trop avoir quand même d'après toi, ça m'a plu cette retenue piquante, et le ciel bleu, tout comme m'avaient plu un accent circonflexe entre deux yeux couleur d'orage, une paire de babouches jaunes et une chemise rouge, tout comme m'avait plu une certaine attente parisienne un soir de foot, et de vieilles retrouvailles, de nombreuses années après un amour pas fini, et bien tu vois, tout ce dont je te parle, c'est moi, et dans quinze jours je me marie et le nombre de gens qui s'en foutent plein la gueule, de la drague grossière, des plans cul, à s'en rendre malade parce qu'après et bien ce sera terminé, fini, because le mariage, et moi c'est pas comme ça que je veux rendre hommage, à travers tout ce que je te dis, à l'Homme, à mon homme, je lui rends hommage en restant moi-même, je lui rends hommage parce que lui m'aime et me voit comme je ne me suis jamais vue jusqu'à ce jour, comme un cadeau oui comme un cadeau, et qu'en vrai, il a raison, je pensais à ça justement devant le bleu du ciel, je pensais à tous mes désirs, mon désir de l'Homme, ce désir d'herbe, de sueur et de sang chaud, ce désir d'oiseau migrateur, ce désir d'autres corps avec le mien liés, sans que ça ne change rien, je pensais à mon amour pour mon homme, mon amour de son corps et de son âme, mon amour de sa perméabilité au mien, mon amour de son souffle dans mon sommeil, mon amour d'aimer mon homme et  mon désir de désirer tous les autres et de sentir mon goût de banane sous leur langue et devenir enfin moi-même, unie et entière, apaisée par l'acceptation de la vie parallèle de mes désirs et de mon amour.
Le paradoxe de la douceur des orties...


mardi 14 mai 2019

Le cadeau

T'as mon cadeau?
Il s'était pété la jambe, elle avait eu un accident de voiture
Tu parles d'un cadeau
Pratiquement en même temps, disons que niveau karma, ils avaient mis la barre plutôt en hauteur
Le fruit d'un accident
Et puis, la douleur, la peur, le corps et ses réactions chelou,
T'as pensé à mon cadeau?
Un saignement, une ovulation, un truc pas prévu
Un bébé qui pousse
Un imprévu dont on ne sait que faire, puis peut-être que, d'accord, après tout pourquoi pas, et puis si ça se trouve les retrouvailles des écorchés, des victimes d'accident sont plus vivaces, plus justes et plus urgentes 
Peut-être bien
Quand tu te prends pour un accident, tu acquiers une souplesse de chatte, la couleur d'un caméléon, tu ne demandes pas grand-chose, tu fais patte de velours, 
Quel cadeau?
Surtout pas de vagues, des fois que tu les renverses encore,
Invisible
Le soleil arrive pourtant d'un coup, il chauffe les pierres et fait sortir les jeunes pousses des plantes, bientôt l'heure des lézards, bientôt la mue des serpents et des cigales, 
Bientôt la chaleur
On ne répare jamais les accidents, ils sont là, inscrits dans les corps et les âmes, ils font leur vie, en fonction de la manière dont on les nourrit, dont on honore leur mémoire, leur intervention dans nos existences
Tu m'as ramené un cadeau? 
Oui
Regarde moi bien

 

jeudi 9 mai 2019

L'orage

Ça m'était venu comme ça, écrire sur chaque musique qui compte, comme un qui écrirait sur chaque photo qui compte, sur chaque mot d'importance dans sa vie, ce côté cinématographique qui sourd de chaque note envolée vers mes doigts, vers mes yeux, vers le monde intérieur, vers le royaume du dessous, vers les morts où qu'ils se trouvent et les vivants enfermés malgré eux et tu vois, tous ces textes te seront adressés, l'homme du dessous, la femme intérieure et ça en fait du monde, des milliards de cellules à convoquer pour le mariage sublime des voix chantées et des mots qui dansent dans le noir des yeux bandés et dans l'amer noir du café sans sucre, il est des musiques qui transportent au-delà de la vie concrète et matérielle, il est des mots qui ont un pouvoir de voyage et tu le vois bien je vole, bien au fond de l'océan, à peine quelques rais de lumière me parviennent de la surface, je crois qu'il pleut et hier les éclairs flamboyaient dans les yeux écarquillés de mes enfants qui observaient l'orage, une demi-fesse sur une chaise partagée, en pyjama ils m'ont demandé ce que je pensais des orages parce qu'ils en avaient peur et ne voulaient pas dormir, alors ils m'ont regardée, assise sur mon tabouret, mon poncho en travers des épaules et ma cigarette aux lèvres, le nez levé vers les lourds nuages gonflés de noir et de grêle et les maigres éclairs et le grondement profond du ciel, j'adore les orages leur ai-je dit, j'adore le noir des nuages et la lumière si intense pourtant, j'adore l'ombre lumineuse que l'orage projette sur les arbres du parc, on les croirait allumés de l'intérieur, on dirait qu'ils brillent, j'adore le tonnerre et le vent en spirales, j'adore l'odeur de terre mouillée et les cris des oiseaux quand chante le ciel, je dors mieux quand l'orage gronde, et après les petits ont été se coucher,et en m'embrassant, ils m'ont demandé si l'orage allait durer toute la nuit, parce qu'ils n'avaient plus peur, ça leur faisait plaisir que leur maman adore l'orage, ainsi ils pouvaient s'y étendre sans crainte et danser sous son chant profond, et goûter la complexité des sentiments humains, parfois on aime ce qui fait peur, parfois on a peur de ce qu'on aime.