jeudi 31 janvier 2019

I'd rather be a witch*

Je choisis la sorcière, je choisis la liberté et la profondeur, je choisis l'autonomie au risque de la solitude, je choisis la féminité plutôt que la séduction, je choisis l'âge à venir plutôt que celui qui m'est déjà passé dessus, je choisis la danse, en transe.
Je choisis la sororité et les mains liées entre elles, je choisis d'être, au risque de ne pas avoir, c'est ça tu comprends, choisir la sorcière en soi, c'est remplir son être de soi-même, sans narcissisme pourtant, c'est être tranquille, je choisis les plantes et la marche, je choisis d'être, au risque de ne pas (t')avoir.
Et choisir la sorcière c'est choisir le risque plutôt que les certitudes, c'est un jour regarder dans les yeux l'autre et tous les autres et prendre le risque d'être nue total, et de le rester, c'est déployer les aspérités de son être et permettre aux autres de s'en couvrir, c'est choisir de faire peur parfois, plus qu'envie, c'est choisir le bonheur plutôt que le plaisir.
Je choisis la sorcière, je choisis la sarabande et la chaîne des femmes et l'instruction de nos filles et de nos fils, je choisis de parler de la vie plutôt que de me languir des morts, je choisis le savoir contre le pouvoir.
Je choisis l'odeur des femmes, leur sang et leur joie, je choisis le désir et l'amour, je choisis de n'avoir aucune ambition sérieuse, je choisis d'aimer qui je désire et de désirer qui j'aime et tant pis si ça fait du monde, je choisis l'intuition et les rêves entre chienne et loup, je choisis les complicités et les combats partagés.
Je choisis la sorcière.

*Tribute to Mona Chollet


mercredi 30 janvier 2019

I feel it coming

Je ne sais pas si ce serait possible un tour de reins pareil en faisant l'amour, genre en l'appelant de ses vœux, tant l'enroulement des corps aurait été de nature à nous changer en serpents, longs reptiles repliés l'un autour de l'autre, tellement fondus l'un dans l'autre, à un point tel que l'on en deviendrait invertébré de fatigue et d'effacement de sa structure. 
Je ne sais pas si ce serait possible un tour de reins pareil en faisant l'amour, l'amour si profond qu'il m'aurait cambrée à m'en faire sauter les mailles de mon squelette, l'amour si doux qu'il en aurait fait couler une pluie sur ta peau, à t'en essorer le corps, à te vider comme une outre d'eau à un assoiffé du désert. 
Je ne sait pas si ce serait possible un tour de rein pareil en faisant l'amour, à un point tel qu'on renoncerait à se rhabiller faute de mobilité suffisante, à ne plus pouvoir mettre un pied devant l'autre, où le moindre geste t'arrache une grimace, où ton corps reprend sa place dans le cosmos, comme celui d'un vermisseau  écrasé de son propre poids. 
Je ne sais pas si ce serait possible un tour de rein pareil en faisant l'amour, genre le tour de rein inéluctable, qui tombe parce qu'il n'aurait pu en être autrement, vue l'étendue de débauche devant, derrière, en haut en bas, en accord et en lutte, en douceur et puis non, vu l'état des yeux des amants, drogués l'un de l'autre, à ne plus savoir se rassasier, à s'entredévorer, le tour de rein inéluctable, juste histoire de sauver le corps de ce corps à corps infini. 
Je ne sais pas si ce serait possible un tour de rein pareil en faisant l'amour....

samedi 26 janvier 2019

Bye bye Quisas, Dialogue in

Ça me fait tout drôle de discuter avec toi... Je me rappelle de toi, on était assis au fond du bus qui nous emmenait au collège, tu te souviens?

Non, ou alors vaguement. je me souviens d'autre chose, de tas d'autres choses et qui choisit ce dont je me souviens, et ce dont tu te souviens, comme si nous n'avions pas vécu les mêmes moments alors que nous les avons passé ensemble?

Et de quoi se souvient Quisas de tout ce que j'ai pu vivre?
Et quel souvenir ai-je de la vie de Quisas?

Qu'est-ce que ça fait d'être une femme pleine et entière, réunifée
Une femme-Berlin 
Je l'écoutais parler et je réalisais alors que les autres sont marqués
Autant que tu peux l'être
L'insignifiance volontaire ne nous protège pas, elle nous éloigne des autres
Elle nous empêche, il m'aura
Fallu ça pour le comprendre.
T'as quel âge Quisas?
J'ai 35 ans
T'as des enfants?
Oui
Tu es heureuse?
Je crois que oui
On est jamais vraiment sûre
Jamais
Tu te sens seule?
Non
Depuis que je te connais
Jamais
Plus une fois de ma vie
Mais...


C'est pas possible d'être une femme-Berlin, ça n'existe pas et si Berlin était une femme, sûr qu'elle aurait drôlement souffert entre ses pôles et son no (wo)man's land désert et mort. Comme j'ai souffert d'être cette femme-Berlin, même si les mots passaient de l'Ouest à l'Est, les mots de passe, les mots passent, toujours. 
Et traversent à la nuit le no (wo)man's land en courant, pliés en deux, tête baissés, à cause de la surveillance, du contrôle, de l'auto-censure, c'est pas possible d'être une femme-Berlin à vie.
Tu fais tomber le mur Quisas?
Voilà
Tu crois que c'est sage?
Non
Mais...
Je crois que c'est juste

Ce n'est jamais sage de prendre une masse pour démolir un édifice quelque soit sa nature. Mais ce peut être juste de réduire en cendres ce qui nous sépare de nous-mêmes, ce qui nous sépare des autres, de la rencontre, de la force et de l'énergie qui circule entre les êtres et à l'intérieur de nos corps.

Mais sur le mur Quisas,
Il n'y a plus de place, tu sais
Pour écrire, 
Pour peindre,
Pour rien.

Comme une peau, tu m'as protégée de ton ombre,  je me suis cachée sous ton enveloppe, jusqu'à ce que je tisse, avec le temps toute l'âme dont j'étais capable, pour tenir debout, belle et fière, solidement et sans brutalité, toute l'âme dont je suis capable pour rejeter ta force avec douceur et d'un geste la faire mienne, comme un mot qui passe d'Ouest en Est.

Quel est ce conte Quisas?
Une fille qui n'a plus besoin de la peau qui la protège
Attends
Tu le connais...
Oui et d'un coup...
Je sais
Je me sens de trop

Bye bye Quisas, 
Ma belle Ouest, 
Viens dans mes bras, 
Je prends la masse, 
Remonte tes manches, 
D'un souffle on abat le mur, 
Terminé le 
no (wo)man's world.



vendredi 18 janvier 2019

Mon petit poi(d)s, Dialogue in

Pas plus gros qu'un petit pois, 
mon petit poids, 
tu m'as pesé dans la poitrine et dans le ventre depuis presque six ans, et si je t'enlève, ça ne me soulage pas une seconde, ça m'arrache un cri, 
ça m'étripe littéralement.
Tu pèses ton petit poids, 
mon petit pois, 
mais je ne te sens plus, où es tu?
J'ai honte de l'endroit où j'ai posé la poupée Ashanti, en attendant de lui trouver une meilleure place.
Incapable de la toucher
Quand elle était toute petite et que je la portais en écharpe, ta sœur me la fourrait dans la bouche la poupée Ashanti, pensant que c'était ma tétine, mon doudou... 
Le pouvoir des tout-petits
Pas plus gros qu'un petit pois, 
mon petit poids,
je crois que je commence à trouver le chemin pour nous.

Mon tout petit poi(d)s, comme par hasard,
mon sang ce matin...
avait la couleur du ciel
En fusion


mercredi 16 janvier 2019

Un truc à faire

Viens t'asseoir à côté de moi chéri-e
Je ne sais même pas si tu es un garçon 
Ou bien une fille
J'ai un truc à faire
Un truc pas facile
Je ne suis pas prête, alors je diffère, je digresse, je diverge, je fais de la soupe avec plein de légumes chiants à éplucher, histoire de ralentir le rythme tu vois.

La vue est magnifique sur ton banc chéri-e, je suis contente de venir te voir
J'ai un truc à faire
Je te serre dans mes bras chéri-e
Je t'ai trouvé un nom chéri-e, et 
Comme je ne sais pas si tu es une fille
Ou bien un garçon, 
J'ai trouvé que celui là était bien.
Tu veux que je te raconte?

Je ne suis pas prête chéri-e, alors je ne réponds pas mon amour, parce que le jour où je le ferai, et bien...
Je ne suis pas prête.
J'ai commencé par retirer la chaîne avec la poupée Ashanti qu'on m'avait offert après ta disparition.
Je ne l'ai pas quittée depuis le curetage. 
Les cinq pauvres minutes, tu te rappelles?
Je ne sais pas ce que je vais en faire. 
Comme une envie de la remettre à mon cou

Chéri-e, je ne sais pas quoi faire, alors je te serre dans mes bras et je me berce
Et pourtant,
J'ai un truc à faire
Un truc important
Mais...

Chéri-e, une fois que j'aurais fait ce truc, je ne pourrai plus remonter la colline et venir m'asseoir sur le banc avec toi, te prendre dans ma poche, t'enrouler dans mon écharpe et te tenir au creux de ma main, alors tu vois,
Je ne suis pas prête.
On va commencer par le commencement
Je vais te dire
Ton nom...

Jo, 
mon fils, 
ma fille, 
mon Limaçon, 
ma petite bille, 
mon amour

J'ai un truc à faire, je reviendrai bientôt.



lundi 14 janvier 2019

S'en foutre, Dialogue in

Comment ça t'as pas de travail?
Tu t'en fous?
T'as reçu la lettre?
Je m'en fous
Un peu plus de place
Je m'en fous
Un peu plus de sens
Tu t'en fous?

Sans mentir, il y a tant de choses essentielles, parmi un tas de fange infecte, des tonnes et des tonnes de merdes à trier dans nos vies, et ça se fait pas en deux ou trois jours, et il ne s'agit pas que de vouloir, franchement ça se saurait si la seule volonté produisait des effets, la preuve, tout ce que tu veux tu ne l'as pas forcément et c'est pas faute de le vouloir très fort, à t'en faire exploser la panse de soucis ou la tête.
Tu t'en fous?

Oui.
Je m'en fous.

De plus en plus, je m'en fous, de tout ce qui me semblait important, sinon indispensable pour vivre, je vieillis je crois, et ne compte pas sur moi pour te sortir tout le tralala des valeurs simples et de la sobriété, même si, j'admets...
De plus en plus, je m'en fous, de tout ce qui ne résonne pas avec cet espace de terre en moi, je m'en fous de tout ce qui m'éloigne du genre humain, de tout ce qui n'est pas essentiel à ce que je considère être proche du bonheur et de la joie. 

L'amour
Tu t'en fous?

Presque. 
Parce que je perçois que l'amour prend des directions multiples, des affections différentes quand elles ne sont pas divergentes les unes des autres. Parce que oui, tu peux considérer que je m'en fous quand je te dis que le seul amour dont je puisse être assurée est celui que je donne et non celui que je reçois, alors, vu comme ça, oui
Je m'en fous
J'aime recevoir de l'amour, autrement ce serait mentir. Mais pas que. Le don d'amour est précieux et résonne, vanité des vanités, dans les battements de mon cœur, maintenant et pour toujours j'espère. 
C'est cette multiplicité d'amour que j'aime, l'amour pour les miens, celui si particulier que j'adresse à mes morts, si différent de celui que j'envoie à mes vivants, qui eux-mêmes s'éloignent les uns des autres parce que la texture de mon amour pour eux est différente pour chacun d'eux, comme  un plat particulier. 
Impossible de s'en foutre.
Voilà.
De ça, oui. 

Je ne suis pas quelqu'un d'intelligent, ai-je reconnu devant un bon verre de vin cette semaine. 
Je m'en fous.
J'ai autre chose, je crois, cette capacité d'amour qui m'accompagne et tisse les liens qui me nouent à mes vivants comme à mes morts et me permet, faute de savoir, d'établir des relations durables et profondes, vivantes et disponibles.
J'ai autre chose, je crois, cette formidable faim d'altérité qui m'attache au savoir, à la connaissance, à la  compréhension, au doute, à la question et aux réponses, au changement comme à la permanence, aux mots comme au silence, aux racines comme aux branches.
Tout le reste, c'est vrai, je crois
Je m'en fous.



dimanche 6 janvier 2019

Après la nuit, avant le jour, dialogue in

Une larme coulait sur sa joue un peu rougie par l'aveu à demi-mot qu'elle nous fit, ça a explosé dans ma tête, cette sororité inversée.
Elle se fait jouir toute seule, en convoquant des fantasmes orgiaques.
Une larme coulait dans ma matrice, à l'entendre, ce vide en elle de ne vivre sa jouissance qu'ainsi, depuis l'enfance, elle se masturbait en classe avec ses livres d'école, cachée derrière sa table, jusqu'à ce que qu'on lui dise que non, il valait mieux pas.
Elle a de beaux yeux bleus doux cette sœur inconnue, et cette autre avec sa voix de velours à gros grain, et celle-ci cheveux coupés et regard d'ombre, et une autre encore, aux gestes timides et au courage d'airain.
Elle a pleuré de ne jouir que seule.
Dans le silence de la grande salle, quelle vie se vivait au fond de chacune d'elles, guidées pas la voix de Sophie, comment découvraient-elles leurs corps nus devant le miroir, comment comment se faisaient-elles l'amour en pensée, au rythme lent et profond de nos respirations mélangées, comment comment?
En retenant votre inspir, contractez votre périnée, ressentez.
Une fleur qui s'ouvre, un pépin de raisin qui éclate sous la pression d'une dent, la tête de l'escargot hors de la coquille, le jeu de l'évanouissement, une main en coupe sous ma chatte qui s'y appuie.
Je me suis sentie bander.
Sur la crête du sommeil guidé, de cette sorte d'hypnose dans laquelle le corps s'extasie d'exister, une larme, celle de ne jouir qu'accompagnée.
En soufflant, émettez un son. 
Quelle sororité dans cet air expulsé de nos bouches, dans ces sons, dans ces murmures de femmes, comme si nos âmes s'échappaient par nos bouches, petites lucioles ardentes, pleines de tout ce que nous sommes- inspire- et de tout ce que nous ne sommes pas -expire.
Je n'ai pas reconnu ma propre voix dans l'air qui a chuinté  de mon corps, 
Un murmure d'amour grave et sombre, je bandais toujours.
J'ai contemplé mon corps nu dans le miroir, longtemps puis j'ai revêtu la petite robe noire des vacances, les fines bretelles et les traces de sel sur les seins et les hanches. Rien d'autre.
Nous avons rejoint la grande salle, je suis redescendue de cette crête de sommeil. Nous avons ouvert nos yeux et j'ai découvert mes sœurs au sortir de leur érotisme, au réveil, joues rouges et regards évanouis, pensées en retour vers la grande salle, un troupeau de pensées à rassembler en vitesse avant de redescendre dans la plaine, parmi les vivants.
Joli, valeureux, naturel, ceci est mon corps.
J'ai regardé la joue rougie de ma sœur qui ne jouit que seule. 
Ma sœur inversée, moi qui ne jouit qu'accompagnée.
En cercle, en-fin, nous avons partagé une dernière humanité, avant de tremper nos lèvres dans ce vin bienvenu pour le retour au monde, les fantasmes de nous autres femmes, de ces histoires qui nous font bander et jouir de nous-mêmes. Pudeur et sourires, yeux baissés et voix de même. Proches et lointaines.
Je veux faire l'amour dans les champs
Dans les clairières, dans les taxis
Je veux faire l'amour partout
Même sur les toits de Paris
*
 
En être un.
Mon fantasme, le voilà.

*Fauve, Les hautes lumières

vendredi 4 janvier 2019

Café à pleine bouche

Tanguant doucement, je ne sais plus lequel de nous deux allait prendre ce bateau, ou vivait dessus, doucement, doucement, le roulis très léger, la mer était noire en plein matin, comme dans un rêve, peut-être en était-ce un d'ailleurs, aux innocents les mains pleines dit-on, ça tanguait doucement, comme il y a dix ans déjà, dans le ventre de ma grosse femme, mon voilier, c'était parfait tu vois, comme un rêve. 
Poudre de café moulu répandue sur le lit, la faute au roulis du bateau, il s'en fourre une pleine poignée dans la bouche, avant qu'elle la lui prenne à pleine bouche, la sienne. Un baiser entier, plein de poudre de café moulu, à s'en étouffer, un baiser à faire reculer l'autre, à genoux sur le lit parsemé de la poudre odorante, jusqu'à la tête, ça tanguait doucement, impossible de se tenir droit, tu vois, les mouvements saccadés des corps en déséquilibre, lui ôter ce qu'il porte et en lui goûtant la peau, laisser un sillon de poudre noire, celle qui traînait sur sa langue après le baiser. Se rêver un corps parfait, lourd et chaud sous une chemise bleue interminable qu'il lui ôte par le haut, un tissu qui n'en finirait pas de la dévêtir, d'un bleu comme celui, bien réel de la robe au hamac et la mer était noire en plein jour, en plein soleil, et la pièce était blanche, n'étaient les fines particules de café sur les deux corps.
Il s'en fourre une pleine poignée dans la bouche. Qu'à la sienne pleine elle embrasse.
Sous une interminable chemise bleue, le doux roulis et la mer était noire en pleine lumière.

Attends...