samedi 20 juillet 2019

Tes doigts mes doigts

J'avais confondu mes doigts avec les tiens, j'avais confondu ma chatte avec une piste de bobsleigh pendant que mes doigts tes doigts glissaient dessus, je me suis fait l'amour trois fois avec tes doigts mes doigts, j'avais confondu mon clito avec une prise électrique pendant qu'une voix masculine m'ordonnait de me toucher, j'avais confondu son souffle avec le tien, alors que je pliais involontairement mes jambes sous la pression de mes doigts tes doigts, j'avais confondu mes mains avec les tiennes sur mes seins durcis, je me suis fait l'amour trois fois en appelant ton nom avec la voix mouillée et tremblante de ma chatte, tes doigts mes doigts pressant et ramenant à la vie le bouton qui dit oui, le clito que j'avais oublié pendant un temps trop long jusqu'à ce que mes doigts tes doigts soient suffisamment forts et assurés pour lâcher les petits et me dorloter enfin, je lui ai fait l'amour trois fois en te parlant par mes doigts tes doigts, qui savonnaient ma planche de surf, ma fente de joie, j'avais confondu ma jouissance avec un geyser et j'ai dû fuir mon appartement, morte de faim, Louve affamée à la recherche de viande crue à me mettre sous la dent, j'avais confondu mon canapé avec la constellation d'Orion, alors que mes doigts tes doigts accrochaient au tissu des gouttes d'étoiles, nouvelle Voie Lactée issue du frottement de tes doigts mes doigts, j'avais confondu ma chatte à un coquillage plein de promesses, palpitant sous la caresse de tes doigts mes doigts, pendant que je me faisais trois fois l'amour en souriant ton nom. 

Quand j'étais vieille

Quand j'étais vieille, je regarderai en arrière, je ne crois pas que ce sera simple, mes os craqueraient et mes yeux s'embrumaient d'avoir vécu, d'avoir marché, grandi, rapetissé, dormi, fait l'amour, quand j'étais vieille, j'ai des centaines de milliards de mots dans la tête qui se dérouleront comme un long ruban d'asphalte usé que je remonterai à dos d'homme, assise sur une tondeuse à gazon, au rythme lent du temps qui s'écoule, quand j'étais vieille je n'aime pas la rapidité, je prendrai mon temps, pour remonter jusqu'à un baiser qui n'a pas encore eu lieu, j'aurai un hoquet de surprise, d'émotions qui soudain explosent dans une bulle d'air qui sortirait de ma bouche à l'approche de ce baiser, comme un coup de vent qui ébouriffait la danse tranquille des hautes herbes, quand j'étais vieille mes enfants se feront du souci pour mon cœur, mes artères, ma tête posée sur l'appuie-tête de ma vie et mes yeux tournés vers l'intérieur de la fenêtre, vers ces paysages que je n'avais pas vus, quand j'étais vieille mes mains tenteront sans doute encore de rouler mes cigarettes, et je couvre le présent d'un voile de fumée, comme une chamane, et je ferai apparaître les fantômes de ma vie, quand j'étais vieille je suis d'une grande sagesse, longuement et patiemment infusée dans l'eau de vos existences, teintée de couleurs vives et délavées, je nagerai encore dans la mer avec le reflet des oiseaux, quand j'étais vieille je conduis toujours ma voiture, malgré l'âge, les os qui craqueraient et les feuilles mouillées sur la route à présent inéluctable, je prendrai les chemins qui m'emmènent vers mes morts, et mes enfants se feront du souci, et je leur rappelle que le souci est une plante qui guérit, qui apaise le feu des douleurs et qui adoucit l'âme en lui rendant la paix, quand j'étais vieille, je prenais ma mère par la main pour lui signifier que sa force n'est jamais partie, qu'elle se serait juste cachée derrière, je marche vacillante sur deux cannes exténuées, un sourire aux lèvres tendues vers un baiser qui aura bien lieu un jour, quand j'étais vieille je ferai le voyage en tondeuse à gazon, parce qu'une sœur est une sœur et qu'un hoquet d'émotions qui soudain explose dans une bulle d'air qui sortirait de ma bouche, justifiait bien ce voyage harassant, pour qu'enfin je soies un meilleur être humain.
Ce sera pour quand j'étais vieille.

 

vendredi 19 juillet 2019

Fais chier hollistique

Fais chier à m'embrasser gentiment comme une fleur, fais chier à m'avoir peur de ce que je ne veux pas, tu fais chier à m'aimer totalement qu'en partie, fais chier à m'arroser les racines quand mes branches crient au secours, de l'air putain, fais chier à m'ignorer sur mes terrains fertiles et cachés, tu fais chier d'être efficace tout le temps, fais chier le mouvement perpétuel, fais chier que je t'aime autant,  fais chier à m'avoir peur de ce que tu me refoules, fais chier à me laisser jouer seule 

I know we've come a long way
We're changing day to day
But tell me, where do the children play?*

Fais chier à être si loin tout le temps, fais chier ces kilomètres et pourquoi le nord, fais chier à m'avoir peur de ce que je ne peux pas, tu fais chier à m'aimer qu'en partie totalement, à me souffler dans les branches, quand mes racines crèvent d'étroit, de l'espace putain, fais chier à m'ignorer sur mes terrains tranquilles et présents, tu fais chier d'être si hot qu'à y penser c'est 400 000 hectares de conscience qui crament, fais chier l'éther de tes mots, fais chier que je t'aime déjà, fais chier à m'avoir peur de ce que tu me redoutes, fais chier à me laisser jouer seule

I know we've come a short way
We're changing day to day
 But tell me, where do the children play?
  
Fais chier à danser le cul entre plein de chaises, fais chier à t'avoir peur de ce que tu devrais faire, tu fais chier à t'aimer qu'en partie, à me couper les poils de la chatte en quatre, de la vie putain, fais chier à pas savoir grimper aux arbres, fais chier à t'ignorer en fonction de la météo des beaux, fais chier d'être tranquille, tu fais chier de ne rien exiger pour moi, fais chier derrière les portes, fais chier à t'avoir peur de ce que tu m'éprouves, m'aimer holistique, voilà, fais chier à pas te laisser jouer seule
I know we'll have a long way
We'll changing day to day
 But tell me, where will the children play?
 

mercredi 17 juillet 2019

Dévers Gondé, Dialogue in

Comment pourrais-je me taire?*
Reste, il faut que tu te dévergondes un peu
Aucune idée
Tandis je danse avec le grand oiseau*
C'est pas parce que tu ne me
Vois pas
Que je ne
Sortir de mes gonds
 ---
Je me dégonde en dévers mon chéri, je dévale les pentes en courant.
Faut pas trop
Me dégonder
M'emmener vers le dévers
Comment pourrais-je à la fois
Me taire 
Feuler en silence
---
Dégonde une porte
Pour voir
Elle penche
Tandis que je danse avec le grand oiseau
De quel côté?
---
Envoie moi dans les dévers
De mes gonds
Aucune idée
Les chiens lâchés dans la pente
Moi par
Devers
Pourquoi tu me
Gondes?
 ---
C'est bien un truc de mecs ça les histoires de gonds en dévers
Comment pourrais-je me taire?
Tant boiter
Tu n'aimerais pas chéri
Rester dans une mise
En boite
Huile un peu
Les gonds
Tandis que je danse avec le grand oiseau
Dans la porte
Ça glisse 
Par devers moi 

*Mazisi Kunene, Zulu poems


mardi 16 juillet 2019

Par exemple, Dialogue in

Tu ne sais pas
Par exemple 
Que gamine, je "transais" zoulou blanc
T'impressionne(s) 
Tu ne sais pas
Par exemple 
Que j'ai souvent...
Me déconcerte 
Tu ne sais pas
Par exemple 
Le feu aux joues
T'attire(s) 
Tu ne sais pas
Par exemple
Mes mains sur les genoux
M'impatiente
Tu ne sais pas
Par exemple 
Les papillons entre mes jambes
T'opiniâtre(s) 
Tu ne sais pas
Par exemple 
Peur
Me délite
Tu ne sais pas
Par exemple 
Les boules
T'aimante(s) 
Tu sais tout ça
Mon amour
Entre autres exemples

lundi 15 juillet 2019

Les mains dans les poches

Et on ira danser tu verras, sous la pluie des feux d'artifice, un jour il n'y en aura plu des feux d'artifice et ce sera tant mieux, même si je les regretterai, on ira danser tu verras, sous la pluie d'étincelles et on le sentira, le feu dans nos poches, toi la chemise, moi le jean, on le sentira sous nos semelles, on ira danser yeux fermés, noyés dans la foule, enfouis pour quelques minutes d'éternité finissante et on collera nos poches, toi la chemise, moi le jean, on ira danser sous un pont illuminé et noir de monde et on respirera nos saveurs épicées et minérales, on ira danser sous la pluie des feux d'artifice et on sera nus sous nos vêtements tous les deux et on mettra la main de l'autre dans nos poches, moi le jean, toi la chemise, sous la pluie éteinte ds feux d'artifice et dans le vide qu'aura laissé la foule en quittant l'espace et le temps, on dansera encore sans s'en rendre compte, leseétincelles nous couleront dessus comme une pluie, la musique nous enveloppera encore et on dansera comme on vit, les mains dans les poches.
Toi la chemise, moi le jean.


La boite à bisous

J'ai reposé la boite à bisous dans la nouvelle voiture, elle me foutait le cafard cette nouvelle voiture, avec son odeur de neuf et de plastique que j'ai vite chassé à grand renfort de fumée et d'huiles essentielles, j'y ai remis toutes mes affaires et sur le dessus, collée, une petite boite en carton blanc, comme une grande boite d’allumettes, toute décorée, avec des paillettes, une jolie écriture sur les tranches, elles s'appliquent les animatrices des centres de loisirs, quand elles écrivent les noms des enfants de maternelle sur les cadeaux qu'ils vont offrir à leurs mamans le soir, j'ai oublié ce moment où mon petit, ce grand garçon déjà, m'a offert cette boite, il m'avait dit de ne pas l'ouvrir, qu'il y avait un trésor dedans, et je lui avais obéi, je l'avais collée dans ma voiture, pour l'avoir toujours sous les yeux quand je conduis, sur une tranche était écrit son prénom, Tom, mon petit homme pirouette cacahuète, sur l'autre la fonction de la boite, "boite à bisous", mais comme je ne devais pas l'ouvrir, je n'ai pas regardé s'il y avait un bisou à l'intérieur, je suis restée assise dans la voiture qui sentait le neuf, à regarder la boite à bisous, à observer une ou deux paillettes qui s'étaient décollées, elles sont tombées sur le tapis neuf de la voiture qui sentait le neuf, j'ai allumé une cigarette après avoir trié deux-trois trucs, pour chasser l'odeur de neuf, et pour souffler, je n'aime pas les tris, j'aime tout garder, mais c'est pas toujours possible, il faut savoir se délester, et donc j'ai calé la cigarette entre mes lèvres et je me suis servie de mes deux mains pour faire glisser le petit compartiment de la boite en carton, quelques paillettes encore qui tombent, j'étais sûre d'y trouver un bisou, comme Peter Pan qui prend le dé à coudre de Wendy pour un baiser, et qui reçoit un dé, sous la forme de ses lèvres déposées sur sa joue, Peter lui donne un baiser à son tour, un gland qu'elle finira par porter autour de son cou et qui lui sauvera la vie, j'ai fait coulisser le petit compartiment de la boite et dans le fond, non pas un, non pas deux, mais trois bisous de la bouche de mon petit, ce grand garçon, posés sur un lit de paillettes scintillantes, ces petits bisous posés au rouge à lèvres, elles s'appliquent les animatrices des centres de loisirs quand elles mettent le rouge aux lèvres des petits pour qu'ils embrassent les morceaux de papier destinés à leurs mères, trois petits morceaux de papier bleu, avec la marque des lèvres de mon petit, ce grand garçon qui grandit et qui devient plus pudique, la boite à bisous doit avoir deux ou trois ans et jusqu'à ce jour, j'avais respecté le vœu de mon petit, ne pas l'ouvrir, je crois que je ne lui dirai rien mais j'ai pris ces trois petits morceaux de papier, je les ai embrassés et j'ai soufflé ma fumée dessus, histoire qu'ils ne prennent pas cette putain d'odeur de plastique neuf.
En reposant la boite, j'avais une petite trainée de paillettes sur les doigts, de la poudre de fée, sans doute.


samedi 13 juillet 2019

Rendez-vous, Dialogue in


Toi tu dis
Effleurement
Moi je dis
Étreinte
Toi tu vois
Presque tout de moi
Moi je vois
Presque rien de toi
Toi
J'habite tes nuits
Moi
Je danse dans ta liberté
Toi
Tu marches dans mon ombre sous le soleil
Moi
Je te cache dans mes matins
Toi
Tu me donnes rendez-vous
Moi
Je me rends à vous
Toi
Tu peuples ta solitude
Moi
Je m'extrais souvent du monde
Toi
Le nez en l'air
Moi
Les mains dans les poches
Toi
Tu écris des histoires
Moi
Je les raconte
Toi
L'amant éternel
Moi
La femme fabulously absolute
Toi
Les babouches pleines de sable
Moi
Les pieds nus dans l'herbe
Toi
Soufflant sur mon ombre
Moi
Souriant dans la nuit
Toi tu dis
Effleurement
Moi je dis
Étreinte

 

Les petits vont revenir

Les petits vont revenir demain et demain donc la vie prendra un autre cours, il en est toujours ainsi dans la vie des petits, de changer le cours des choses, qu'ils soient là ou qu'ils n'y soient pas, les petits vont revenir et avec eux un panthéon de menues choses qui s'évanouissent quand ils s'éloignent, pour laisser la place au temps qui s'étire comme les nuages s'effilochant dans le vent, les petits vont revenir contracter le temps, le compacter en une bombe de terre dans laquelle j'aurais pris soin de glisser une ou deux graines, histoire que, quand les petits repartiront, je puisse suivre l’éclosion des fleurs, les petits n'ont pas encore cette patience de qui attend sans bouger, de savoir quelle va bien être la vie qui sortira de terre, du ventre, de l'âme, les petits vont revenir et je vais les revoir pour la première fois, je vais les serrer sur mon cœur qui a failli me manquer, qui a failli faire exploser mon temps, et éparpiller les graines que je cache dans mes poches, les petits vont revenir demain et la rivière va reprendre son cours bouillonnant, laissant sur une berge, la brume de ce temps qui s'étire, tout est toujours plus lent au bord des rivières, dans le frottement des rayons du soleil qui percent les branches des saules, dans le bruissement des insectes et la danse des oiseaux, les petits vont revenir et m'inonderont de leur présence vivante et brutale, comme celles de tous les petits, les petits sont des boules de vif en fusion, des coups de vent intempestifs qui rallument les feux quand tu t'endors devant les braises, demain les petits vont revenir et demain donc depuis la berge embrumée, je suivrai patiemment l'éclosion de la broussaille de leurs cheveux, je contemplerai cette famille , enveloppée dans la robe bleue, les petits vont revenir et demain donc la vie prendra un autre cours, ma rivière serpentera entre les différents temps du temps les petits vont revenir et, dans mon bayou toutes les berges m'appartiennent.


jeudi 11 juillet 2019

Cueilleuse des banlieues bleues de Babylone

Tu ne me verras plus baisser la tête ou soumettre mon corps à d'autre qu'à moi-même et à ce que je crois juste, tu me verras marcher, un cœur en granit paraît-il, tu me verras arpenter les banlieues bleues de Babylone, un sac en tissu dans chaque poche, et tu viendras me demander ce que je fabrique, tu me verras ramasser les mauvaises herbes et les frotter avec amour entre mes mains pour en respirer l'entêtant parfum, tu ne me verras plus dans un bureau, dans une administration, tu me verras plus avec un patron, tu me demanderas ce que je fais, même après que je t'aurais répondu, tu me demanderas pourquoi je le fais, je te répondrais que c'est pour la beauté du geste, qu'on peut choisir la beauté des mauvaises herbes qui poussent aux pieds des immeubles, dans les banlieues bleues de Babylone, sous tes pas, tu ne me verras plus implorer le ciel que les voiles se déchirent devant mes yeux, tu ne me verras plus comme avant, tu me verras déambuler dans un camion peint, tu ne me verras pas m'appeler nomade, mais mobile, tu comprendras quand je te dirais que la mobilité et le nomadisme, c'est pas tout à fait la même chose, tu comprendras que je ne changerai pas de territoire, que les banlieues bleues de Babylone sont des zones de bonheur à l'état pur, enfoui, caché et protégé par les touffes de mauvaises herbes qui poussent aux pieds des barres, à qui l'administration fait la chasse pour rendre enfin ce décor un peu moins fouillis, beaucoup trop propre, sans terre, pour créer des tiers-lieux qui lui ressemblent, qui sont la partie canaille qui lui manque pour avoir l'impression d'avoir du sens, tu me verras à genoux dans les jardins sauvages que le berger protège et  aide à mettre au monde, sage-femme des espaces libres des banlieues bleues de Babylone, tu ne me verras plus marcher sur le trottoirs rénovés, tu me verras traîner non loin de ce qui éloigne les autres, tu me croiseras les mains sales de peinture et l'âme lavée par les rires des enfants et les sourires des vieux, tu me verras descendre du camion, tu y liras son nom, et tu t'arrêteras pour me demander ce que je fais, ce que je vis, tu ne me verras plus chercher l'entente, le compromis, tu me verras les prendre dans mes mains, m'y piquer salement et puis aller chercher cette mauvaise herbe qui chasse le mal, tu me verras planter les mauvaises herbes et les autres aux pieds des tours, tu me verras apprendre aux enfants à ne pas craindre les orties, à ne pas chercher à se protéger, parce qu'ils auront la connaissance, tu ne me verras plus nous retenir de vivre.

Cueilleuse des banlieues bleues de Babylone.


mardi 9 juillet 2019

Tout le monde

Tout le monde?
Je m'interroge sur cette bizarrerie, comment se fait-il qu'on vive une vie entière à côté des autres, tout en étant pas comme tout le monde, parmi toutes ces choses qui arrivent à tout le monde, le fameux "oui mais moi je ne suis pas comme tout le monde" , comment se fait-il qu'on puisse passer une vie à se sentir épargné de ce que vivrait tout le monde? 
Tout le monde?
Tu te rends compte quand même, qu'à quelques minutes près, j'aurais quitté mes enfants, l'Amoureux, la vie, sans plus jamais les revoir, sans plus jamais sentir les baisers mouillés, les bras maigrichons autour de mes épaules, l'odeur de chaud et de sueur du sommeil.
Tout le monde?
Je n'arrive pas bien à percevoir la gravité des choses, sans doute est-ce mieux, j'ai pensé longtemps au lambeau de Lançon, à ses mots sur la vie et l'état incertain de qui ne meurt pas, et sur les minutes où la vacuité de l'existence vient te transpercer et t'étourdir sous sa fragilité, et ce matin j'étais déjà en train de déménager des tas de machins pour l'année prochaine, comme si rien ne s'était passé, comme si j'avais pas de bleus sur les bras et les mains, à l'endroit des perfusions, comme si j'avais pas les jambes qui tremblaient et le souffle court.
Tout le monde?
C'est moi qui, comme tout le monde, pense que j'étais pas tout le monde, qu'il y avait des choses qui ne m'arriveraient pas.
On ne devrait jamais vivre ce jour comme si c'était le dernier. On devrait vivre ce jour comme n'importe quel jour, mais en y ajoutant la pensée que ce jour se termine toujours et laisse sa place à la nuit, la lune, les étoiles et les constellations, en y ajoutant la pensée que ce jour est habité, par l'air, le vent, les autres vies qui s'y trouvent, on devrait vivre ce jour les yeux grands ouverts et le sourire aux lèvres, le cœur rempli par ce panthéon des menues choses, les souvenirs, les pensées, les fantasmes, les cailloux ocre, les petites billes et les cigarettes des grands-pères, toutes ces menues choses qui appartiennent à tout le monde.
Tout le monde?
L'envie de dire est forte, l'envie de dire la vie, de la partager, j'ai été voir le berger pour lui dire que j'avais pensé à lui et sa colère d'il y a deux jours, lui dire pour passer le message, c'était important, j'ai écouté l'Amoureux et sa peur, fugace, emportée par l'urgence, de se retrouver dans la posture qu'avait vécu son père, se retrouver seul avec ses enfants, j'ai dit aux enfants que c'était fini, que j'allais mieux. Je ne sais pas si c'est la vérité. Et en même temps si. 
Tout le monde?
Je ne sais pas de quelle manière ce jour m'a transformée. Je me suis promenée dans la ville et à l'endroit où les arbres avaient été abattus, j'ai trouvé les rejets de leurs racines. J'y vois un bon signe, l'existence, si fragile soit-elle, se rejette dans le monde, dans tout le monde. 
Et les louves arpentent inlassablement toujours la terre, sous la protection des constellations.
Et le vent remplit éternellement les babouches de sable.
Et les petits grandissent inexorablement. 
Et tout le monde vit sa vie, indifféremment.
Tout le monde?
C'est moi


lundi 8 juillet 2019

Dé-faillir

C'est étrange ça, quand on a failli un truc. 
J'ai failli l'embrasser 
J'ai failli boire la tasse

Il y a des choses plus ou moins graves, plus ou moins importantes
J'ai failli tomber
J'ai failli me rattraper aux branches

C'est étrange toutes ces failles.
J'ai failli pas m'en apercevoir 
J'ai failli oublier

Elles ont des conséquences plus ou moins graves, plus ou moins importantes 
J'ai failli me pendre à ton cou
J'ai failli leur arracher leur vie

Tout ce qui s'y rattache dans la vie, à ces événements qui ont failli arriver, 
J'ai failli prendre le large
J'ai failli prendre tes mains 

Elles sont étranges mes Dé-fayences, comme si elles n'étaient pas là et qu'elles se rebellaient, comme si c'était nécessaire de me rappeler que la vie est fragile et capricieuse et pleine de conséquences et j'arriverai pas à me le faire rentrer dans le crâne et le corps,
J'ai failli lâcher la rampe
J'ai failli me prendre une grosse gamelle 

que si j'avais fait plus que faillir tu te rends compte, la petite, le grand, l'Amoureux, tu te rends compte ma vie, même si ça aurait pas été de ta faute
J'ai failli mes chéris. 
Juste failli. 

Réa

Je l'appellerai, pour lui dire, cette pièce ferait un atelier nickel, impeccable, limite un peu grand, et j'y réfléchis en plein cœur de la nuit, pourquoi je suis là ? À quoi suis-je suspendue, pronostic vital engagé, j'ai rien senti, pourquoi je suis là, alors je l'appellerai parce qu'il était énervé hier, par un tas de cons, parce que voilà tout, je lui dirai de pas s'en faire, qu'un bout de gâteau est suffisant pour aller dans une pièce qui ferait un atelier nickel question dimension, mais qui n'en est pas un, pourquoi je suis là, c'est pas la première fois que ça m'arrive, et c'est quoi, c'est rien, je suis solide comme nana, juste quelques trucs qui peuvent me tuer, pronostic vital engagé, pas de temps à perdre, j'ai croqué un gâteau, qu'est-ce que je fais ici, j'ai pas de temps à perdre, et eux non plus, je lui dirais que je me rends compte que la vie ça tient dans un grain de sésame, ça vaut pas le coup de s'énerver, mais s'asseoir, lui dire que les fleurs, les gosses, le sexe, l'amour simple et moins simple, les lumières, en cinq minutes putain, ils m'ont appelée Cléopâtre les baraques qui m'ont portée comme une reine sur trois étages, j'aurais jamais cru tomber dans les pommes, on en fait tout un foin, mais c'est pourri comme sensation, j'aime pas tomber dans les pommes, je préférerais tomber dans tes bras, je lui dirais.
C'est peut-être trivial, mais y a des jours comme ça où t'as pas envie de perdre ton temps.
La vie tient dans un grain de sésame.

samedi 6 juillet 2019

C'est juste mon cerveau

Et j'aimerais bien savoir pourquoi toutes tes chéries croient que nous étions amants, alors que ce n'était pas le cas, ou alors on aurait été amants de cerveau, ce qui a une certaine saveur, jouir du cortex, ça finit presque pareil que jouir du sexe, on dirait que je m'interrogerais sur les mécanismes de la jalousie et de la dépendance à un homme et que j'avais du mal à comprendre comment tes chéries pouvaient être jalouses d'un fantôme en wax, sans incarnation dans ta chair par dessus le marché, et on dirait que je m'interrogerais sur toi alors, sur tes évitements, sur l'incarnation que tu me donnerais, parce qu'on aurait sans doute été amants de la cervelle et désirants de nos corps, je me serais demandée si donc le gel de ma matière grise t'aurait à ce point grisé que tes yeux en auraient pris la couleur, vu que je m'en souviens comme ça, et j'aimerais bien savoir comment j'arrive à nager dans ces eaux troubles comme si je dansais d'une étoile à une autre avec Sinatra dans les oreilles, ce serait ainsi quand je penserais à nos baises écervelées et à mes excitations solitaires sous le pétillement canaille d'un orchestre de cuivre et puis je descendrais le grand escalier du music hall, on dirait qu'on se ferait une petite partie de claquettes, ce serait comme ça, pour rien, juste parce que la vie est parfois plus légère en pas de côté, et j'ai toujours pas capté comme tes chéries auraient pas capté que les claquettes c'est pas la vie, c'est le music-hall et que ton chapeau-claque te va à merveille mais que tu te balades pas avec, c'est juste dans mon cerveau, pour faire jouir mon cortex, et que je ne sais pas danser du tout mais que pourtant j'envoie du lourd en descendant mes escaliers, c'est juste dans ton cerveau pour faire jouir ton cortex, parce que jusqu'à ce qu'on me prouve le contraire, nous sommes amants de cerveau, je te fly to the moon, on dirait qu'on jouerait sur la face cachée de la lune, à frotter nos langages l'un contre l'autre, on nagerait avec l'hippocampe, et mon cortex irait tutoyer les étoiles, sous le pétillement canaille des cuivres.
Fly me to the moon.

Stromboli

Au démarrage, il y a la mer, étale, bleue et froide, indifférente, avec ses poissons, ses coquillages, ses profondeurs, ses courants, qui la colorent différemment chaque jour, chaque heure, au démarrage, il y a la mer et rien d'autre qu'un caillou pointu posé dessus, un grain de beauté de la mer, qui en compte plusieurs, ce qui fait qu'elle est belle.

Au démarrage, on ignore pourquoi les cailloux posés sur la mer, parfois, crachent et soufflent, comme des forges, on ignore tant de choses.

Et moi, j'écoute Summertime en réfléchissant aux colères d'un grain de beauté posé sur la mer, en roulant son nom comme un minuscule caillou dans ma bouche, quelque part dans ma pensée, sur un bateau de fortune perdu entre Malte et l'Italie, en maudissant les échanges ignobles entre nations.

Sous la croute de Stromboli, couve une fumée lourde, à l'autre bout du monde, la terre s’ouvre en deux, comme en écho.

Summertime...


jeudi 4 juillet 2019

Venir d'Orion

La cage d'escalier sentait le chèvrefeuille et ça collait bien avec cette fin de soirée, quand tu finis dans une bergerie à boire des coups, c'est chouette de rentrer chez toi et que ça sente le chèvrefeuille et d'où pouvait sortir ce parfum, impossible de savoir, la vie a comme ça de ces mystères, ne pas chercher à comprendre mais juste se demander pourquoi ce nom d'Orion est venu dans la conversation, la bergerie a, outre son berger et sa belle, un incroyable personnage qui y vit, une voyante à la voix de basse, qui n'active son pouvoir que grâce à la chaleur, aux blagues et aux échanges de bord de nuit, faudra que je teste ce pouvoir en hiver, la belle vient de Vénus, et moi je viendrais d'Orion, va falloir que je me penche là dessus, une constellation rien qu'à moi, qui renvoie mon prénom, hop, comme ça, rouler sur les bords de la rue, sur les bords de la terre, une constellation rien que pour moi, une histoire de chasseuse de bonheur, et une qui a de la chance, une bonne étoile, dans une constellation, heureusement ça se trouve, pourquoi pas, Abdel, d'accord, je prends Orion, j'y marie mon prénom, parce que le vin avait un goût de cerise et que la nuit était douce à boire, rire et écouter le tintement doux des cloches au cou des chèvres.
Chèvrefeuille dans la maison. 

mercredi 3 juillet 2019

Le tiroir de la pensée

Je savais pas trop quoi penser, alors finalement, j'ai remisé la pensée dans le tiroir, doit y avoir un de ces fouillis là-dedans, faudrait que je m'y penche un de ces quatre, je l'ai même pas rangée, ni pliée ni rien, je l'ai fourrée là vite fait, et j'ai refermé le tiroir et j'ai imaginé le fouillis, sûr qu'en m'y penchant sérieusement j'y retrouverais des trucs utiles, les métiers que j'ai laissé de côté, certaines connaissances utiles et inutilisées, deux trois gars qui dorment ou tapent le carton ou la discute, un bouton de manchette solitaire, une des pipes d'écume d'un des grand-pères, celui qui a stoppé le tabac à l'annonce de ma venue "j'ai acheté mon paquet, j'ai tiré trois bouffées pouf pouf pouf et j'ai jeté le tout dans la mer", j'ai jamais osé lui dire que je trouvais ça finalement assez dégueulasse, pour la mer et les poissons d'abord, pour ceux qui n'ont pas de fric pour s'acheter des clopes ensuite, mais je te parle d'un temps que le moins de trente-cinq ans ne peuvent pas connaître, du temps où les clopes valaient moins cher que cher, bref, mon tiroir, tiens la pensée s'est étalée de tout son long là-dedans, à croire qu'elle y a ses habitudes, j'avais jamais remarqué comme elle se faisait la belle, comme elle faisait sa belle, loin de moi, planquée dans son tiroir, la tête calée contre mes soutifs de minette, du plus loin que me revienne, l'ombre de mes amours anciennes, elle s'est aménagé son coin pépouze, avec les bouquins que je cherche partout, il y en a un avec une lettre à l'intérieur, une ancienne lettre d'amour, qui finissait par "je suis là, laisse toi faire"... de quoi m'en redonner le frisson de la mort, le genre de choses à me damner, les mots d'amour, même faux, même vieux et poussiéreux ont toujours ce chic incroyable, celui de m'avoir été adressé, à moi personnellement, et donc voilà qu'hier ou avant-hier ou il y a un an ou bien dix, ou bien quinze, on s'en fout, voilà donc que je ne savais quoi penser, alors finalement, j'ai ouvert le tiroir pour ma pensée, et je l'ai priée de ne pas trop rester endormie longtemps, parce qu'elle m'était souvent très précieuse, elle m'a superbement ignorée, s'est drapée dans les voiles de la robe bleue, celle du hamac et des yeux noirs des cheveux blancs et m'a demandé de refermer en partant....


dimanche 30 juin 2019

La princesse aux lèvres de miel

Alors c'est un conte, pourquoi un conte, j'aurais envie de répondre pourquoi pas un conte, peut-être parce que j'en ai lu un hier, un conte en entier, coincée dans les transports alors que je ne prends jamais que ma voiture mais c'était la canicule et ma guimbarde n'avait pas le droit de circuler et d'ordinaire je m'en fous des interdits mais j'avais pas les moyens de me faire aligner alors les transports, et le conte donc, un conte de Grumberg, une histoire de bûcheronne et d'une petite marchandise, balancée d'un train au fond des bois, parce qu'il y a toujours des bois dans les contes, c'est comme ça et pas autrement, alors donc ce conte, pourquoi pas, ce serait l'histoire d'une princesse au goût de miel, et paraît-il qu'elles sont désormais introuvables, et pourquoi on en sait rien et on pourrait répondre pourquoi pas, mais ce serait un peu court jeune homme et les contes expliquent des trucs normalement, alors donc, elles sont introuvables, la princesse aux lèvres de miel ne pouvait être vue par quiconque, sous peine de se changer en abeille et de butiner pour le restant de ses jours, un genre de malédiction, et cette princesse là n'avait pas toujours été une princesse, non non non, avant d'être une princesse elle était indéfinissable, elle était souple comme le roseau jeune et remuante comme les hautes herbes quand le vent leur frôle l'échine, elle était furtive, mais là il s'agit d'un autre conte, il advienne qu'on réunisse les contes entre eux et ça ferait l'Histoire, et pourquoi pas, donc la rosé-eau, souple et remuante s'était piquée un jour de s'habiller avec des vêtements, et de suivre des yeux les camions au bord des routes, et là où elle bruissait, les camions s'arrêtaient et les conducteurs descendaient, qui pour pisser, qui pour se dégourdir les jambes, qui pour piquer un roupillon à l'ombre des arbres, parce que la princesse aimait se fondre dans les branches et se coiffer de feuilles jeunes, se parfumer d'acacia et de tilleul, or un jour, un conducteur de camion s'arrêterait et descendrait, pour une raison inconnue et nous en resterons là pour ce passage, ce grand voyageur aurait constaté navré que les princesses au goût de miel se faisaient rares, tout comme les abeilles qui disparaissent à vue d'œil, et alors il les chercherait, inlassablement, les débusquant à force d'opiniatreté et d'exigence, un vrai travail anthropologique, mais les princesses aux lèvres de miel se cachaient, elles étaient persécutées, sur terre et sur mer, depuis les forêts de la Renaissance jusqu'aux mers de notre temps, elles se déguisaient, en sorcières, en pirates, en institutrices, en photographes, et délaissaient le parfum des arbres et le bruissement des feuillages, pour ne pas se trahir, le problème serait alors qu'elles perdraient leur capacité de mouvement infini et subtil, et qu'en leur absence, la terre dépérirait, Demeter l'ayant désertée depuis des lustres, ainsi il advint qu'appauvrie par l'absence de leur vivacité sur son dos, la Terre pleura et la chaleur de ses larmes fânait les plantes, alors les princesses aux parfums de fleurs décidèrent ensemble de se changer en abeilles dès qu'elles seraient vues, afin de permettre à celles qui se cachent d'enduire leurs lèvres du miel qu'elles leur offriraient. Un conte ne se finit pas toujours et les abeilles se poseraient alors sur des babouches. 

jeudi 13 juin 2019

Quatro stagioni

Personnage n°1
Quand je me touche en pensant à toi, c'est toujours sur fond d'orage, de ces orages qui nettoient les rues sales, qui inondent le bas des maisons, c'est toujours dans le tapage des moustiques du Rhône, c'est toujours dans mon corps étendu sur le ventre et dans le parfum d'un jus d'orange, dans les pieds nus sur le béton humide et les toits provençaux, c'est dans ton corps tremblant de fièvre et secoué de sanglots, c'est dans ton mutisme et les ronronnements des chats qui font la sieste au soleil, c'est toujours à l'automne.
Personnage n°2
Quand je me touche en pensant à toi, c'est toujours 1500 mètre plus près du soleil, sur l'adret de la montagne, de ces montagnes rougies à l'automne, de ces altitudes qui promettent la récompense de leur silence habité par les oiseaux, les campagnols et les branches des conifères qui se balancent au gré des vents, c'est toujours dans mon corps qui porte nu ta chemise bleue imprégnée de oud et de musc blanc, dans l'odeur de la gentiane et le moelleux de la neige, c'est toujours entre une chapka et des bottes et rien au milieu, dans une partie de cache cache à la nuit d'hiver, dans l'odeur de la fumée de cheminée, et toujours 96 Degrees in the Shade, dans ta voix grave et tes yeux tristes, c'est toujours en hiver.
Personnage n°3
Quand je me touche en pensant à toi, c'est toujours furtif, dans tes mouvements relâchés et ton pas dansant, le pas de ceux qui marchent beaucoup et qui ne savent pas rester sur place, c'est toujours dans le nom des fleurs, le bourdonnement des insectes et la paille mouillée, c'est toujours dans mon corps immobile et contemplatif, dans la pudeur de ceux qui savent que plus loin c'est sans doute le précipice, c'est toujours dans l'odeur sucrée des tilleuls et tes cheveux en broussaille, c'est toujours au printemps.
Personnage n°4
Quand je me touche en pensant à toi, c'est toujours enroulée de vent et de sel, de ces vents qui rendent fou, qui font et défont les dunes en remplissant les chaussures de sable, c'est toujours dans le goût des amandes fraîches et les siestes de plage, dans le café noir et les plumes des oiseaux des marais, c'est dans ton corps souple et tes yeux gris orage couronnés de ton accent circonflexe, c'est toujours dans les forêts de Bosnie et les feux de camps tziganes, dans le chant des louves et le croassement des corneilles, c'est toujours dans mon corps immergé dans la mer ou dévêtu au crépuscule, dans les branches qui me racontent les histoires de tes voyages, c'est toujours en été.
Personnage principal
Quand je me touche en pensant à toi, c'est toujours dans l'immensité de tes bras et ton souffle près de mes lèvres, dans ma nuque qui frissonne à l'approche de ta bouche, c'est toujours dans ton corps qui part en vrille et soudain m'écrase, c'est toujours au matin, dans le lever du jour, dans ton corps pour lequel le mien conserve encore quelques secrets, c'est dans nos quatre mains qui se frôlent ou s'étreignent, c'est toujours dans ton front têtu et ta tonitruance, dans tes excès de joie, de colère ou de désir, c'est toujours dans mon corps nu dressé devant toi comme un défi à relever encore et encore,tu les englobes toutes, tu n'as pas de saison.

mercredi 12 juin 2019

Grain de fraise

Une pour le panier
La vache, la saveur oubliée des fraises... Leur rougeur. Intense. Brillante. Leur garce rondeur, un peu plus et je les aurais sans nul doute toutes englouties.
Une pour le panier
Devant mes lèvres rouges, se demander si c'est du sang ou le jus de ces fraises qui perle de cette gerçure lilliputienne.
Une pour le panier
Je suis repartie trois quatre minutes, chevaucher les nuages en forme de poules, puis de dragons, puis de je ne sais pas trop quoi, les grains des fraises coincés entre mes molaires, j'avais oublié, j'en mange plus, là où je vis, on pourrait croire que rien ne pousse, et heureusement je connais un gars qui me prouve le contraire. Dans son jardin, je cueille les mûres sur les arbres, les framboises et les fraises dans ma bouche putain....
Une pour le panier
Voilà bien un truc supplémentaire que je mettrai dans la sacoche de selle de mon cheval à bascule, des fraises, des framboises et l'arbre aux mûres.
Une pour le panier
Pose tes mains sur tes genoux, ferme les yeux et respire le vent qui t'envoie l'odeur sucrée des tilleuls, si fondante que tu pourrais t'évanouir dans sa liqueur odorante et partir chevaucher avec moi les nuages en forme de poules, le dos collé à la caravane bleue nuit, t'y fondre et disparaitre, on ne retrouverait de toi, qu'un grain de fraise échappé de ma voracité, et l'impression d'un sourire, tout de suite lavé par l'orage suivant.
Une pour le panier
J'ai hésité entre le sang et le jus des fraises et puis j'ai décidé qu'on s'en foutait. La pluie a écrabouillé le ruban suave des tilleuls et l'a collé dans l'herbe comme un gars trop entreprenant, les nuages en forme de poules, ou de dragons se sont esquivés sous la menace du tonnerre. On a remballé les fraises, les framboises, les mûres qui poussent dans les arbres. 
J'ai passé la langue sur mes lèvres.
Deux pour moi


mercredi 5 juin 2019

Gamme de soi, dialogue in

Tu es là
Je t'ai retrouvée
Sous la pluie
Au bout de mes doigts
Des kilomètres
A contrevent
Tu es là
Tu es si
A dos d'homme
Au bout de mes lèvres
Tu es là
Tu es fa-si-la vivre
Sous les ailes des grands oiseaux
Je t'ai retrouvée
Dans la brume des forêts
Ré-
Tu es là

Au bout de la sol-itude
-Veillée

Les yeux ouverts

A dos d'âme
Ligne d'horizon
Tu es là
Des marcheurs
Sous le chant du oud
Je t'ai retrouvée
Tu es si
Au bout de ma langue
Tu es là
A mille mile de toute terre habitée
Dans les mots des poètes
Je t'ai retrouvée
Sous la terre assoiffée
A trois
Tu es là
Au bout de ma peau
Dans l'amer noir
Je t'ai retrouvée
Tu es là


De loin

De loin, t'aurais rien pu constater, t'aurais rien pu deviner, t'aurais rien remarqué, tu t'en serais même pas douté, de loin t'aurais juste vu une nana assise dans l'herbe mouillée au pied d'un arbre, un arbre un peu spécial, un bel arbre, au tronc tordu, comme le torse d'un mec dans l'amour, comme le torse d'un mec qui s'ouvre en deux et se tourne pour mieux voir la fille derrière lui, parce que c'est comme ça les mecs, ça aime bien voir les filles quand elles leur font des trucs qui les excitent, un arbre au tronc tordu donc et une fille assise à sa base, le dos collé à ce tronc tordu, en robe, le cul dans l'herbe mouillée, mais de loin tu l'aurais pas sentie l'herbe mouillée, tant l'air était sec, mais au pied des arbres tout est différent, de loin t'aurais juste vu une nana assise par terre, les jambes croisées en tailleur, en train de fumer une cigarette, une main dehors, une autre dans la poche de sa robe, le regard tourné vers un ailleurs que de loin t'aurais même pas soupçonné, de loin t'aurais pas pu imaginer que la nana assise au pied de l'arbre au tronc tordu était en réalité en train d'écouter un pornaudio, de loin t'aurais jamais pensé que la nana était en réalité en train de se toucher, parce que la poche de sa robe est trouée, parce que pendant qu'elle fumait une cigarette elle entendait résonner à l'entrée de son pavillon et tout au fond de son oreille, pour la première fois, elle écoutait un truc rien que pour elle et pour des centaines d'autres, rien que pour elles, elle entrait dans la pornographie auditive, mais ça de loin tu t'en serais jamais douté, tu n'aurais jamais pu imaginer la chaleur de son sexe sur l'herbe mouillée et sur son pied qu'elle avait joliment ramené sous elle, pour accentuer la pression de ses caresses, loin, très loin des cris des jeux d'enfants pourtant si près et des discussions des adultes, assis à 50 mètres sur quelques bancs qui restaient encore à l'ombre, de loin t'aurais pas pu comprendre la solitude habitée de cette nana sous son arbre, t'aurais pas pu percevoir l'excitation, et la joie d'enfin se trouver une pornographie à soi, de celles qui font jouir par les oreilles, parce que c'est comme ça les nanas, ça jouit par les oreilles, plus que par les yeux, et de loin t'aurais pas su ce que les mots chuchotés au creux de son pavillon et tout au fond de son oreille éveillaient comme fantasmes, des trucs doux et crus, des sons moites et légers, de loin t'aurais dit que la nana assise le cul dans l'herbe mouillée avait dû passer une sacrée journée pour avoir besoin de ce calme sylvestre, t'aurais pas pensé au rond de son talon sur sa vulve réchauffée par ces voix d'homme et de femme l'invitant dans leur jeu fantasmé d'un plan à trois, ou de cet homme lui laissant un message érotique, juste pour elle et pour des centaines d'autres qui auraient eu la bonne idée de se coller les écouteurs aux oreilles pour s'échapper du monde et de leur sacrée journée, pour s'abandonner dix minutes un quart d'heure à l'intérieur de leur sexe réchauffé par les voix enveloppantes qui leur lèchent l'intérieur des oreilles et du corps, de loin t'aurais jamais rien vu d'autre qu'une nana assise au pied d'un arbre, un arbre un peu special, un arbre au tronc tordu comme un torse d'homme dans l'amour, t'aurais vu qu'un nana assise sur l'herbe mouillée.
De loin, tu n'aurais pas vu une nana assise sur l'herbe. Mouillée.

mardi 28 mai 2019

A dix mille

Est-ce que tu m'entends Quisas, tu planes à dix mille et vue d'en bas t'es jolie comme un cœur avec ta robe, t'as bien choisi, est-ce que tu m'entends, tu montes tu montes fais gaffe je connais un gars qui s'appelait Icare, il a plutôt mal fini, à force de monter, en même temps c'est sûr que lui n'avait pas de robe bleue pour en utiliser le tissu comme ailes, comme parachute ou comme montgolfière, est-ce que tu nous vois Quisas, je suis sûre que la vue est belle, qu'on est tous là, ensemble, avec nos mômes et tous ceux qu'on aime, il en manquait quelques uns c'est sûr, mais je suis sûre qu'on était plutôt pas mal, vu des nuages, et je crois que j'ai plané sur mes talons pendant une journée entière, même après les avoir ôtés et voir mon homme heureux comme un gamin, je crois que ça m'a fait plaisir au-delà du réel, je crois qu'il n'existe que peu de journées dans la vie où tout se concentre sur un seul être, est-ce que tu peux les compter Quisas, les journées de ma vie où tu as plané à dix mille, où tu as mis le monde sur pause et évolué dedans comme une reine avec ton homme à tes côtés et les sons autour atténués et pourtant plus clairs et résonnant d'amour, j'en ai trois en mémoire pour ma part et ces trois journées sont celles qui ont construit notre famille, la naissance des petits, plus rien que moi et mon homme avant qu'ils ne viennent sur moi et ce jour, pas si lointain mais déjà envolé comme un ballon bleu au-dessus de ma tête, est-ce que tu m'entends Quisas, t'es jolie comme un cœur avec ta robe, ce jour où ton père, pour honorer la mariée cite une de ses phrases, écrite il y a des années, oubliée et ravivée à la faveur d'une journée particulière, une journée où même les gosses ont plané à dix mille, tellement qu'à la fin, à l'heure de plier boutique et de rentrer tous ensemble, les copains, les talons remisés dans le sac et encore une coupe à la main, j'ai entendu un des gosses dire ceci: c'était tellement cool qu'à un moment j'ai tout oublié...

Je l'avais déjà écrit Quisas

Sourire, ça reste le meilleur moyen de montrer les dents au destin.

dimanche 19 mai 2019

J'prends tout, Dialogue in

Pluie dans le cou
Questions sans réponses
Frissons
Cuisses ensablées
Volées d'escalier
Dedans
Dehors
Nœuds
Quels qu'ils puissent être
T'en as d'autres?
Feu du miroir
Vol des cigognes
Oisillons morts-nés
Une façon qu'on a
Se tenir la main
Écoute ma louve
Toutes les nuits
Envoie
Nudité dans l'eau de mer
Silences
Absences
Nattes
Oubli
T'en as d'autres?
Interstices
Amour
Feu du miroir
Rage
Mains douces
Peau rugueuse
Orage
Mains rugueuses
Peau douce
Envoie
Eau sur les feuilles
Empreintes
Jeux
Bras et jambes qui s'enroulent
Enfants
T'en as d'autres?
Vieillards
Jeunes pousses
Arbres morts
Odeur du sable
Couleur de la fumée de cigarette
Nager sous la pluie
Verre brisé
Tâches d'encre sous les doigts
Ombres
Envoie
Distances
Sourires des hommes
Regards des femmes
Sommeils des enfants
Force
Impuissances
Amour
Chants d'oiseaux
Sexes en fusion
Texture des vieux livres
Langues sur les clavicules
Doigts dans les cheveux
Bruit des sabots
Montagnes rouges à l'automne
Rivières
Mains en coupe
Larmes aux yeux
Battements de cœur
Colère
Petit poi(d)s 
Fantômes
Jupes des filles
Joues rouges
Ciel gris
Chiens mouillés
 Chattes sur les toits brûlants
Barbes de trois jours
Amour
Honte
Peur
Joie
Excitation
Reprise d'air
Doute
Murmures sur la colonne vertébrale


J'prends tout...
T'en as d'autres?
 Envoie


mercredi 15 mai 2019

La douceur des orties

Le bleu du ciel au goût de banane, putain d'avion, avant je les aimais bien ces traînées blanches, ça voulait dire qu'un garçon pensait à toi, quand t'avais 14 ans, tu t'en souviens ou pas, et bien 22 ans plus tard, tu t'allonges sur un banc en plein soleil, refuge en ville, il y en a encore quelques uns, promis, des bancs dans un bout de nature en pleine cité, et tu vires tes chaussures et tu te dis putain d'avion, avant je les aimais bien leurs traînées blanches mais désormais, je ne vois plus que des milliers de litres de kérosène dans la nature putain, mais c'est pas de ça dont je voulais te parler, parce qu'un jour il faudra bien qu'on parle Toi et Moi tu sais, il faudra bien que je te dise deux-trois trucs, que je me mette en règles avec moi-même et qu'enfin je rende hommage, à travers tout ce que je vais te dire, que je rende hommage à l'Homme, qu'à travers tout ce que je vais te dire, que je rende hommage à mon homme, parce que dans quinze jours je me marie et que ça change quelques trucs même si ça change rien, ça change que je m'unis à mon homme, que je m'unis à un homme, ça change pas le bleu du ciel, ni son goût de banane, ni ces putains d'avion, ni tous mes désirs, ni tous les siens, je crois que la liberté qu'on s'offre ensemble a la douceur des orties, il faut juste savoir comment les cueillir ou bien porter des gants, mais si tu la bois, je te promets, l'ortie a la douceur de la banane, et en fait tu vois, je crois que je suis un peu pareil, j'ai la douceur de l'ortie et son goût de banane, j'ai bien aimé être une belle plante de plus dans ce jardin, j'ai bien aimé ton sang chaud, mais qu'il faut pas trop avoir quand même d'après toi, ça m'a plu cette retenue piquante, et le ciel bleu, tout comme m'avaient plu un accent circonflexe entre deux yeux couleur d'orage, une paire de babouches jaunes et une chemise rouge, tout comme m'avait plu une certaine attente parisienne un soir de foot, et de vieilles retrouvailles, de nombreuses années après un amour pas fini, et bien tu vois, tout ce dont je te parle, c'est moi, et dans quinze jours je me marie et le nombre de gens qui s'en foutent plein la gueule, de la drague grossière, des plans cul, à s'en rendre malade parce qu'après et bien ce sera terminé, fini, because le mariage, et moi c'est pas comme ça que je veux rendre hommage, à travers tout ce que je te dis, à l'Homme, à mon homme, je lui rends hommage en restant moi-même, je lui rends hommage parce que lui m'aime et me voit comme je ne me suis jamais vue jusqu'à ce jour, comme un cadeau oui comme un cadeau, et qu'en vrai, il a raison, je pensais à ça justement devant le bleu du ciel, je pensais à tous mes désirs, mon désir de l'Homme, ce désir d'herbe, de sueur et de sang chaud, ce désir d'oiseau migrateur, ce désir d'autres corps avec le mien liés, sans que ça ne change rien, je pensais à mon amour pour mon homme, mon amour de son corps et de son âme, mon amour de sa perméabilité au mien, mon amour de son souffle dans mon sommeil, mon amour d'aimer mon homme et  mon désir de désirer tous les autres et de sentir mon goût de banane sous leur langue et devenir enfin moi-même, unie et entière, apaisée par l'acceptation de la vie parallèle de mes désirs et de mon amour.
Le paradoxe de la douceur des orties...


mardi 14 mai 2019

Le cadeau

T'as mon cadeau?
Il s'était pété la jambe, elle avait eu un accident de voiture
Tu parles d'un cadeau
Pratiquement en même temps, disons que niveau karma, ils avaient mis la barre plutôt en hauteur
Le fruit d'un accident
Et puis, la douleur, la peur, le corps et ses réactions chelou,
T'as pensé à mon cadeau?
Un saignement, une ovulation, un truc pas prévu
Un bébé qui pousse
Un imprévu dont on ne sait que faire, puis peut-être que, d'accord, après tout pourquoi pas, et puis si ça se trouve les retrouvailles des écorchés, des victimes d'accident sont plus vivaces, plus justes et plus urgentes 
Peut-être bien
Quand tu te prends pour un accident, tu acquiers une souplesse de chatte, la couleur d'un caméléon, tu ne demandes pas grand-chose, tu fais patte de velours, 
Quel cadeau?
Surtout pas de vagues, des fois que tu les renverses encore,
Invisible
Le soleil arrive pourtant d'un coup, il chauffe les pierres et fait sortir les jeunes pousses des plantes, bientôt l'heure des lézards, bientôt la mue des serpents et des cigales, 
Bientôt la chaleur
On ne répare jamais les accidents, ils sont là, inscrits dans les corps et les âmes, ils font leur vie, en fonction de la manière dont on les nourrit, dont on honore leur mémoire, leur intervention dans nos existences
Tu m'as ramené un cadeau? 
Oui
Regarde moi bien

 

jeudi 9 mai 2019

L'orage

Ça m'était venu comme ça, écrire sur chaque musique qui compte, comme un qui écrirait sur chaque photo qui compte, sur chaque mot d'importance dans sa vie, ce côté cinématographique qui sourd de chaque note envolée vers mes doigts, vers mes yeux, vers le monde intérieur, vers le royaume du dessous, vers les morts où qu'ils se trouvent et les vivants enfermés malgré eux et tu vois, tous ces textes te seront adressés, l'homme du dessous, la femme intérieure et ça en fait du monde, des milliards de cellules à convoquer pour le mariage sublime des voix chantées et des mots qui dansent dans le noir des yeux bandés et dans l'amer noir du café sans sucre, il est des musiques qui transportent au-delà de la vie concrète et matérielle, il est des mots qui ont un pouvoir de voyage et tu le vois bien je vole, bien au fond de l'océan, à peine quelques rais de lumière me parviennent de la surface, je crois qu'il pleut et hier les éclairs flamboyaient dans les yeux écarquillés de mes enfants qui observaient l'orage, une demi-fesse sur une chaise partagée, en pyjama ils m'ont demandé ce que je pensais des orages parce qu'ils en avaient peur et ne voulaient pas dormir, alors ils m'ont regardée, assise sur mon tabouret, mon poncho en travers des épaules et ma cigarette aux lèvres, le nez levé vers les lourds nuages gonflés de noir et de grêle et les maigres éclairs et le grondement profond du ciel, j'adore les orages leur ai-je dit, j'adore le noir des nuages et la lumière si intense pourtant, j'adore l'ombre lumineuse que l'orage projette sur les arbres du parc, on les croirait allumés de l'intérieur, on dirait qu'ils brillent, j'adore le tonnerre et le vent en spirales, j'adore l'odeur de terre mouillée et les cris des oiseaux quand chante le ciel, je dors mieux quand l'orage gronde, et après les petits ont été se coucher,et en m'embrassant, ils m'ont demandé si l'orage allait durer toute la nuit, parce qu'ils n'avaient plus peur, ça leur faisait plaisir que leur maman adore l'orage, ainsi ils pouvaient s'y étendre sans crainte et danser sous son chant profond, et goûter la complexité des sentiments humains, parfois on aime ce qui fait peur, parfois on a peur de ce qu'on aime.


mercredi 24 avril 2019

Sa propre mère, son propre enfant, Dialogue in

Attends, attends mon ventre
On est à la fois sa propre mère et son propre enfant et viens viens mon ventre, je te prends dans ma main, je t'écoute, je pleure sur les gouttes de goudron qui en sont tombé, je retiens la jeune fille liquide, la jeune fille en feu, avant qu'elle ne disparaisse, reste reste mon ventre, la porte est restée ouverte, même si la lumière y fut longuement éteinte et les murs barbouillés de goudron et de chagrin
J'ai eu mon dernier orgasme
Écoute, écoute mon ventre, je crois que je vois un rai de lumière sous la porte, je crois que j'entends quelqu'un qui caresse la porte,
A la naissance de ma fille
J'ai d'abord noué un foulard rouge sur mes cheveux et j'ai bandé mes seins, j'ai attaché mon enfant au fond de mon ventre, comme dans une cave aux murs sales, j'ai vécu au-dessus une vie vide de moi-même, une vie de peur de mon sexe, porteur de mort, une vie de douleur dans mon sexe, aiguë comme une aiguille chauffée à blanc 
Mauvaise mère de moi-même
Je n'ai pas fait exprès, crois moi crois moi mon ventre, je n'ai pas pu faire autrement mais je ne t'ai jamais oublié mon ventre, on n'oublie jamais ni sa mère ni son enfant, j'ai beaucoup voyagé j'ai beaucoup accosté, je me suis amarrée à un grand nombre de bites, sans savoir pourquoi, à chaque ancrage, je me sentais un peu plus perdue, pourquoi à chaque nouveau départ, j'apprends j'apprends mon ventre
Pauvre enfant de moi-même
On a souvent peur de ce qui nous dépasse et tu es puissant mon ventre, tu es plein et dense comme un œuf de pierre, lisse et chaud, parfois tu fais peur, tu débordes, tu es incontrôlable et ce que tu donnes est d'une richesse terrifiante et immense
Fabulously absolute
J'ai trouvé un œuf de pierre qui flottait sur la Mère Noire de mon ventre, rose comme l'enfant de moi-même, reste reste mon ventre, j'ouvre mes lèvres, la voix du dessous appelle dans le noir
Ma propre mère et mon propre enfant 
Je descends
Une femme fabulously absolute
J'arrive, j'arrive mon ventre


mardi 16 avril 2019

Asile!

Il y avait un truc pas logique, on sentait bien que ce qui se passait appartenait déjà à l'histoire, alors même que se produisait l’événement, c'est de l'histoire quand on se dit que ce qu'on a connu ne sera plus jamais comme avant, que l'édifice de notre mythologie visuelle n'atteindra plus jamais notre regard, même par hasard ou sous un œil négligent, si ça se trouve, je ne la verrai plus jamais telle que je l'ai toujours vue, ni moi, ni de nombreuses générations de mouettes et de pigeons qui y avaient élu domicile et a-t-on jamais vu meilleure vue de Paris qu'à l'abri des gargouilles, je retiens des quelques images qui m'ont atteinte, le vol affolé des oiseaux autour des tours, le vol effaré des oiseaux, à jamais délogés de la forêt, je regrette ces chênes morts pour elle depuis 800 ans, je regrette ce coq, dont j'ignorais qu'il abritait un trésor pour les croyants, je regrette pour la beauté, je regrette pour la tristesse soudaine de mon fils qui m'avait demandé de l'y amener, je regrette pour le tournoiement des cendres sur les plumes des oiseaux, je regrette et en même temps, je ne peux m'empêcher de ne continuer à penser qu'aux vivants, j'espère que 21 hectares de vrais arbres vivants n'y passeront pas pour la reconstruction d'un symbole, si éblouissant soit-il, j'aimerais presque qu'elle reste telle qu'elle est, désormais, noircie mais debout, je me demande à quoi servent les reconstructions, sinon à faire croire que ce qui est advenu n'est jamais arrivé, mis à part sur un cartel ou une pancarte, vantant les grands mérites de ceux qui auront financé la chirurgie réparatrice des bâtiments classés, j’aimerais presque qu'elle reste telle qu'elle est et qu'on y entre, pour la célébrer, pour y croire à nouveau, pour y vivre, pour y trouver refuge et crier, à l'instar de Quasimodo l'asile, indispensable à quiconque croit en la beauté, fût-elle survolée par les cendres et le vol effaré des oiseaux.

"il enjamba la balustrade de la galerie, saisit la corde des pieds, des genoux et des mains, puis on le vit couler sur la façade, comme une goutte de pluie qui glisse le long d’une vitre, courir vers les deux bourreaux avec la vitesse d’un chat tombé d’un toit, les terrasser sous deux poings énormes, enlever l’égyptienne d’une main, comme un enfant sa poupée, et d’un seul élan rebondir jusque dans l’église, en élevant la jeune fille au-dessus de sa tête, et en criant d’une voix formidable : — Asile !Cela se fit avec une telle rapidité que si c’eût été la nuit, on eût pu tout voir à la lumière d’un seul éclair.— Asile ! asile ! répéta la foule, et dix mille battements de mains firent étinceler de joie et de fierté l’œil unique de Quasimodo (...)  
En effet, dans l’enceinte de Notre-Dame, la condamnée était inviolable. La cathédrale était un lieu de refuge. Toute justice humaine expirait sur le seuil."


lundi 15 avril 2019

Le miroir de la Porte de la Chapelle

Il a dû en voir passer, des belles, des cassées, des jeunes, des moches, des vieilles, des vertes, des pas mûres, ça n'a duré qu'un quart de seconde, c'est le problème quand le périph est fluide, c'est dans ce genre de moments que tu regrettes qu'il n'y ait pas d'embouteillages, pour encore regarder longuement cette petite fille, pour admirer cet instant de grâce insoutenable, cet intolérable, un enfant reste un enfant quoiqu'il arrive, voilà la magie, voilà la grandeur, voilà la fleur sur la décharge, parfois la saisir du regard, en imaginer le parfum est intolérable, il a dû faire du chemin, j'ai imaginé dans le temps qui s'étirait plus encore qu'un chewing-gum tout nouvellement mâchouillé, les lieux qui émaillaient sa carrière, de sa fabrication jusqu'à ce jour où je l'aperçus, un moment de coucher de soleil sur la ville, alors que le périph était fluide, il avait l'air plutôt ancien, le tain un peu brouillé, le cadre ouvragé modestement, il renvoyait la lumière, comme les signaux que s'envoient les enfants, par jeu, pour projeter les éclats du soleil au mur, ou dans les fenêtres du voisin d'en face,  un enfant reste un enfant quoi qu'il arrive, voilà la réalité, une petite fille reste une petite fille, j'imagine qu'il est passé de mains en mains et je me suis demandé comment il avait pu arriver là, à cet endroit, quelle pouvait être son utilité, ça semblait si futile, si superflu, ce beau et vieux miroir au bord du périph, surplombant, pas de beaucoup, les voitures qui, à cet instant passaient en vitesse, c'était fluide, et offrant le reflet du soleil couchant à une petite fille, qui prenait la pose, un diadème de princesse sur les cheveux attachés en longue queue de cheval, une petite fille reste un petite fille, surtout quand elle prend la pose, un diadème sur la tête, miroir, son beau miroir, dis-lui qu'elle est la plus belle,  même dans cet intolérable, devant le frêle abri en toile, en carton, en bordure de périph, dis-lui que les fleurs sont partout, même si elles me serrent le cœur de honte. 


vendredi 12 avril 2019

Femme qui chante avec les loups, Dialogue in

"Vous êtes fantastique"...
Come on
Il a fallu passer devant les chamans, et faut croire qu'elle et moi on est connectées, un truc un peu magique, un peu puissant, et aucun mal à la reconnaître, ma sœur sous ses plumes, et son regard d'aiglonne derrière les lunettes. 
"T'as des entraves?"
Toi t'en as pas quand tu chantes tu sais, même si tu as mal au ventre, même si le trac, même si la gerbe, même si...
Come on
Un baiser sur la bouche avant de sortir
"Je vais te dire un secret"
Assise un bandeau sur les yeux, dans une toute petite alcôve, les mains d'Henry Miller sur les jambes, la nuque, le souffle d'Anaïs Nin dans l'oreille, des mots pleins de sexe
You know you got it 
De sensualité et d'amour, d'un coup, tu pars en voyage immobile, dans les contrées lointaines des corps en tension et en abandon.
Makes you feel good
Hier soir, j'ai poussé la chansonnette avec Elton John, tapé la discute avec John Lennon, flirté avec Miller et Nin, débattu genre avec un trans magnifique et un travelo qui ne l'était pas moins, frôlé des chaman.e.s.
Come on
Le meilleur
Baby
J'ai embrassé Janis et serré ma copine de vingt ans sur le coeur avant de partir...
"On attaque le second round"
Ma copine de vingt ans est une bête, une vraie, un animal sauvage et sensuel, une fois sur scène, bouche ouverte, elle devient lascive, enveloppante,
Come on, come on, come on, come on 
Bouffeuse d'âme et recracheuse, tant que tu prends une autre dimension dès que tu l'écoutes, sorcière du son, une petite sirène qu'aurait poussée au fond d'une grotte ou en haut d'une montagne on sait pas, ma copine de vingt ans,

Take another piece of my heart


mercredi 10 avril 2019

Un, Deux, Trois!

Ce qu'il faudrait c'est un abri.
Une fenêtre grande ouverte sur l'océan et une paire d'ailes dans le dos.

Ce qu'il faudrait c'est le tremblement des feuilles sous le ciel boueux du matin.
Une âme libre et grande ouverte, avec une paire d'ailes dans le dos.

Ce qu'il faudrait c'est Un, Deux, Trois!
Une profonde inspiration, sans un regard vers le bas, une paire d'ailes dans le dos.

Ce qu'il faudrait c'est encore des milliers d'enfants dans le ventre.
Une voix-frère qui sifflote au vol et une paire d'ailes dans le dos.

Ce qu'il faudrait c'est une terre à contrer.
Une profonde marche, de la terre aux genoux, avec une paire d'ailes dans le dos.

Ce qu'il faudrait c'est un bateau.
Un, Deux, Trois! Une paire d'ailes dans le dos.

Ce qu'il faudrait c'est le silence de l'âme en fuite.
Un battement de cœur de papillon dans la paume et une paire d'ailes dans le dos.

Ce qu'il faudrait c'est l'étau des bras-frères.
Une suffocation dans la matrice, un sursaut avec une paire d'ailes dans le dos.

Ce qu'il faudrait c'est une branche d'où pendraient les jambes.
Un aller-retour dans le vide boueux du matin, une paire d'ailes dans le dos.

Ce qu'il faudrait c'est une couverture.
Une ouverture en dedans, des kilomètres de vie en rose avec une paire d'ailes dans le dos.

Ce qu'il faudrait c'est un chemin-frère.
Une route à parcourir jusqu'aux nuits fauves et aux grands soirs, et une paire d'ailes dans le dos.

Un, Deux, Trois!

mardi 2 avril 2019

Enchères et en os, Dialogue in

Et pourquoi pas un roman?
Parce que tu crois que
En avoir la force
C'est comme faire pousser les os
Sur la chair
T'as quoi de mieux à faire?

De toute façon, maintenant c'est comme si je partais à la pèche aux mots, aux phrases, maintenant je vis toute la différence entre aller faire ses courses et aller chasser, cueillir, ramasser.

Faut chercher
Voilà

Maintenant c'est moins fluide, c'est moins simple, c'est comme faire pousser les os. C'est comme les entendre percer les gangues de nerfs et zébrer la peau, c'est comme faire pousser les os au-dessus de la chair, c'est comme se monter à l'envers, c'est comme retourner un gant.

Et pourquoi pas se mettre à chanter?
Parce que tu sais
C'est déjà arrivé
C'est comme faire pousser un arbre
Dans un tronc mort
T'as quoi de mieux à faire?

De toute façon, maintenant c'est comme si je partais séduire une femme sans la connaître, maintenant je vis toute la différence entre prendre une main et la donner.

Faut agir
Voilà

Maintenant c'est plus ardu, c'est plus complexe, c'est comme faire pousser les os. C'est comme les sentir ouvrir la chair et s'enrouler par-dessus, c'est les arroser de sang et leur laisser voir la lumière.

Et pourquoi pas danser?
Parce que tu sais
Non, je sais pas
C'est comme faire pousser la peau
Sous le squelette
T'as quoi de mieux à faire?

De toute façon, maintenant c'est comme si je fabriquais un métier à tisser au lieu de m'habiller, maintenant je vis toute la différence entre rester et fuir.

Faut s'étendre
Voilà

Maintenant c'est très clair, c'est très obscur, c'est comme faire pousser les os. C'est comme fendre une coquille de granit avec une liane, c'est comme étreindre un dragon dans un nuage de feu.

Et pourquoi pas?
T'as quoi de mieux à faire?
T'étreindre
Et te faire pousser les os
Sur la chair?


mardi 26 mars 2019

Sans filtre

Je ne saurais dire pourquoi la lecture de ce manuscrit m'a tant touchée, sans doute parce que je crois toujours que les romans ne sont qu'une extension de la vie de leurs auteurs, je n'arrive pas à imaginer que les histoires contenues dans les mots sont de pures inventions, j'avais écrit à l'Au. "je n'ai pas de silencieux" , entends par là que je n'ai pas de filtre pour plein de choses et que, donc, il est des choses que je saurais concevoir intellectuellement, mais pas du tout emotionnelement, et je ne saurais dire pourquoi, mais ces mots de Bataille, écrits à la main m'ont profondément touchée, comme tant d'autres mots écrits par tant d'autres mains, c'est vrai que les filtres sautent encore plus à la découverte de la graphie personnelle de leur auteur,  ils prennent un supplément d'âme et je ne saurais dire pourquoi il m'est impossible d'imaginer qu'ils ne soient que pure invention.

Georges Bataille [Lord Auch], Histoire de l'œil, 1927.