dimanche 19 mai 2019

J'prends tout, Dialogue in

Pluie dans le cou
Questions sans réponses
Frissons
Cuisses ensablées
Volées d'escalier
Dedans
Dehors
Nœuds
Quels qu'ils puissent être
T'en as d'autres?
Feu du miroir
Vol des cigognes
Oisillons morts-nés
Une façon qu'on a
Se tenir la main
Écoute ma louve
Toutes les nuits
Envoie
Nudité dans l'eau de mer
Silences
Absences
Nattes
Oubli
T'en as d'autres?
Interstices
Amour
Feu du miroir
Rage
Mains douces
Peau rugueuse
Orage
Mains rugueuses
Peau douce
Envoie
Eau sur les feuilles
Empreintes
Jeux
Bras et jambes qui s'enroulent
Enfants
T'en as d'autres?
Vieillards
Jeunes pousses
Arbres morts
Odeur du sable
Couleur de la fumée de cigarette
Nager sous la pluie
Verre brisé
Tâches d'encre sous les doigts
Ombres
Envoie
Distances
Sourires des hommes
Regards des femmes
Sommeils des enfants
Force
Impuissances
Amour
Chants d'oiseaux
Sexes en fusion
Texture des vieux livres
Langues sur les clavicules
Doigts dans les cheveux
Bruit des sabots
Montagnes rouges à l'automne
Rivières
Mains en coupe
Larmes aux yeux
Battements de cœur
Colère
Petit poi(d)s 
Fantômes
Jupes des filles
Joues rouges
Ciel gris
Chiens mouillés
 Chattes sur les toits brûlants
Barbes de trois jours
Amour
Honte
Peur
Joie
Excitation
Reprise d'air
Doute
Murmures sur la colonne vertébrale


J'prends tout...
T'en as d'autres?
 Envoie


mercredi 15 mai 2019

La douceur des orties

Le bleu du ciel au goût de banane, putain d'avion, avant je les aimais bien ces traînées blanches, ça voulait dire qu'un garçon pensait à toi, quand t'avais 14 ans, tu t'en souviens ou pas, et bien 22 ans plus tard, tu t'allonges sur un banc en plein soleil, refuge en ville, il y en a encore quelques uns, promis, des bancs dans un bout de nature en pleine cité, et tu vires tes chaussures et tu te dis putain d'avion, avant je les aimais bien leurs traînées blanches mais désormais, je ne vois plus que des milliers de litres de kérosène dans la nature putain, mais c'est pas de ça dont je voulais te parler, parce qu'un jour il faudra bien qu'on parle Toi et Moi tu sais, il faudra bien que je te dise deux-trois trucs, que je me mette en règles avec moi-même et qu'enfin je rende hommage, à travers tout ce que je vais te dire, que je rende hommage à l'Homme, qu'à travers tout ce que je vais te dire, que je rende hommage à mon homme, parce que dans quinze jours je me marie et que ça change quelques trucs même si ça change rien, ça change que je m'unis à mon homme, que je m'unis à un homme, ça change pas le bleu du ciel, ni son goût de banane, ni ces putains d'avion, ni tous mes désirs, ni tous les siens, je crois que la liberté qu'on s'offre ensemble a la douceur des orties, il faut juste savoir comment les cueillir ou bien porter des gants, mais si tu la bois, je te promets, l'ortie a la douceur de la banane, et en fait tu vois, je crois que je suis un peu pareil, j'ai la douceur de l'ortie et son goût de banane, j'ai bien aimé être une belle plante de plus dans ce jardin, j'ai bien aimé ton sang chaud, mais qu'il faut pas trop avoir quand même d'après toi, ça m'a plu cette retenue piquante, et le ciel bleu, tout comme m'avaient plu un accent circonflexe entre deux yeux couleur d'orage, une paire de babouches jaunes et une chemise rouge, tout comme m'avait plu une certaine attente parisienne un soir de foot, et de vieilles retrouvailles, de nombreuses années après un amour pas fini, et bien tu vois, tout ce dont je te parle, c'est moi, et dans quinze jours je me marie et le nombre de gens qui s'en foutent plein la gueule, de la drague grossière, des plans cul, à s'en rendre malade parce qu'après et bien ce sera terminé, fini, because le mariage, et moi c'est pas comme ça que je veux rendre hommage, à travers tout ce que je te dis, à l'Homme, à mon homme, je lui rends hommage en restant moi-même, je lui rends hommage parce que lui m'aime et me voit comme je ne me suis jamais vue jusqu'à ce jour, comme un cadeau oui comme un cadeau, et qu'en vrai, il a raison, je pensais à ça justement devant le bleu du ciel, je pensais à tous mes désirs, mon désir de l'Homme, ce désir d'herbe, de sueur et de sang chaud, ce désir d'oiseau migrateur, ce désir d'autres corps avec le mien liés, sans que ça ne change rien, je pensais à mon amour pour mon homme, mon amour de son corps et de son âme, mon amour de sa perméabilité au mien, mon amour de son souffle dans mon sommeil, mon amour d'aimer mon homme et  mon désir de désirer tous les autres et de sentir mon goût de banane sous leur langue et devenir enfin moi-même, unie et entière, apaisée par l'acceptation de la vie parallèle de mes désirs et de mon amour.
Le paradoxe de la douceur des orties...


mardi 14 mai 2019

Le cadeau

T'as mon cadeau?
Il s'était pété la jambe, elle avait eu un accident de voiture
Tu parles d'un cadeau
Pratiquement en même temps, disons que niveau karma, ils avaient mis la barre plutôt en hauteur
Le fruit d'un accident
Et puis, la douleur, la peur, le corps et ses réactions chelou,
T'as pensé à mon cadeau?
Un saignement, une ovulation, un truc pas prévu
Un bébé qui pousse
Un imprévu dont on ne sait que faire, puis peut-être que, d'accord, après tout pourquoi pas, et puis si ça se trouve les retrouvailles des écorchés, des victimes d'accident sont plus vivaces, plus justes et plus urgentes 
Peut-être bien
Quand tu te prends pour un accident, tu acquiers une souplesse de chatte, la couleur d'un caméléon, tu ne demandes pas grand-chose, tu fais patte de velours, 
Quel cadeau?
Surtout pas de vagues, des fois que tu les renverses encore,
Invisible
Le soleil arrive pourtant d'un coup, il chauffe les pierres et fait sortir les jeunes pousses des plantes, bientôt l'heure des lézards, bientôt la mue des serpents et des cigales, 
Bientôt la chaleur
On ne répare jamais les accidents, ils sont là, inscrits dans les corps et les âmes, ils font leur vie, en fonction de la manière dont on les nourrit, dont on honore leur mémoire, leur intervention dans nos existences
Tu m'as ramené un cadeau? 
Oui
Regarde moi bien

 

jeudi 9 mai 2019

L'orage

Ça m'était venu comme ça, écrire sur chaque musique qui compte, comme un qui écrirait sur chaque photo qui compte, sur chaque mot d'importance dans sa vie, ce côté cinématographique qui sourd de chaque note envolée vers mes doigts, vers mes yeux, vers le monde intérieur, vers le royaume du dessous, vers les morts où qu'ils se trouvent et les vivants enfermés malgré eux et tu vois, tous ces textes te seront adressés, l'homme du dessous, la femme intérieure et ça en fait du monde, des milliards de cellules à convoquer pour le mariage sublime des voix chantées et des mots qui dansent dans le noir des yeux bandés et dans l'amer noir du café sans sucre, il est des musiques qui transportent au-delà de la vie concrète et matérielle, il est des mots qui ont un pouvoir de voyage et tu le vois bien je vole, bien au fond de l'océan, à peine quelques rais de lumière me parviennent de la surface, je crois qu'il pleut et hier les éclairs flamboyaient dans les yeux écarquillés de mes enfants qui observaient l'orage, une demi-fesse sur une chaise partagée, en pyjama ils m'ont demandé ce que je pensais des orages parce qu'ils en avaient peur et ne voulaient pas dormir, alors ils m'ont regardée, assise sur mon tabouret, mon poncho en travers des épaules et ma cigarette aux lèvres, le nez levé vers les lourds nuages gonflés de noir et de grêle et les maigres éclairs et le grondement profond du ciel, j'adore les orages leur ai-je dit, j'adore le noir des nuages et la lumière si intense pourtant, j'adore l'ombre lumineuse que l'orage projette sur les arbres du parc, on les croirait allumés de l'intérieur, on dirait qu'ils brillent, j'adore le tonnerre et le vent en spirales, j'adore l'odeur de terre mouillée et les cris des oiseaux quand chante le ciel, je dors mieux quand l'orage gronde, et après les petits ont été se coucher,et en m'embrassant, ils m'ont demandé si l'orage allait durer toute la nuit, parce qu'ils n'avaient plus peur, ça leur faisait plaisir que leur maman adore l'orage, ainsi ils pouvaient s'y étendre sans crainte et danser sous son chant profond, et goûter la complexité des sentiments humains, parfois on aime ce qui fait peur, parfois on a peur de ce qu'on aime.


mercredi 24 avril 2019

Sa propre mère, son propre enfant, Dialogue in

Attends, attends mon ventre
On est à la fois sa propre mère et son propre enfant et viens viens mon ventre, je te prends dans ma main, je t'écoute, je pleure sur les gouttes de goudron qui en sont tombé, je retiens la jeune fille liquide, la jeune fille en feu, avant qu'elle ne disparaisse, reste reste mon ventre, la porte est restée ouverte, même si la lumière y fut longuement éteinte et les murs barbouillés de goudron et de chagrin
J'ai eu mon dernier orgasme
Écoute, écoute mon ventre, je crois que je vois un rai de lumière sous la porte, je crois que j'entends quelqu'un qui caresse la porte,
A la naissance de ma fille
J'ai d'abord noué un foulard rouge sur mes cheveux et j'ai bandé mes seins, j'ai attaché mon enfant au fond de mon ventre, comme dans une cave aux murs sales, j'ai vécu au-dessus une vie vide de moi-même, une vie de peur de mon sexe, porteur de mort, une vie de douleur dans mon sexe, aiguë comme une aiguille chauffée à blanc 
Mauvaise mère de moi-même
Je n'ai pas fait exprès, crois moi crois moi mon ventre, je n'ai pas pu faire autrement mais je ne t'ai jamais oublié mon ventre, on n'oublie jamais ni sa mère ni son enfant, j'ai beaucoup voyagé j'ai beaucoup accosté, je me suis amarrée à un grand nombre de bites, sans savoir pourquoi, à chaque ancrage, je me sentais un peu plus perdue, pourquoi à chaque nouveau départ, j'apprends j'apprends mon ventre
Pauvre enfant de moi-même
On a souvent peur de ce qui nous dépasse et tu es puissant mon ventre, tu es plein et dense comme un œuf de pierre, lisse et chaud, parfois tu fais peur, tu débordes, tu es incontrôlable et ce que tu donnes est d'une richesse terrifiante et immense
Fabulously absolute
J'ai trouvé un œuf de pierre qui flottait sur la Mère Noire de mon ventre, rose comme l'enfant de moi-même, reste reste mon ventre, j'ouvre mes lèvres, la voix du dessous appelle dans le noir
Ma propre mère et mon propre enfant 
Je descends
Une femme fabulously absolute
J'arrive, j'arrive mon ventre


mardi 16 avril 2019

Asile!

Il y avait un truc pas logique, on sentait bien que ce qui se passait appartenait déjà à l'histoire, alors même que se produisait l’événement, c'est de l'histoire quand on se dit que ce qu'on a connu ne sera plus jamais comme avant, que l'édifice de notre mythologie visuelle n'atteindra plus jamais notre regard, même par hasard ou sous un œil négligent, si ça se trouve, je ne la verrai plus jamais telle que je l'ai toujours vue, ni moi, ni de nombreuses générations de mouettes et de pigeons qui y avaient élu domicile et a-t-on jamais vu meilleure vue de Paris qu'à l'abri des gargouilles, je retiens des quelques images qui m'ont atteinte, le vol affolé des oiseaux autour des tours, le vol effaré des oiseaux, à jamais délogés de la forêt, je regrette ces chênes morts pour elle depuis 800 ans, je regrette ce coq, dont j'ignorais qu'il abritait un trésor pour les croyants, je regrette pour la beauté, je regrette pour la tristesse soudaine de mon fils qui m'avait demandé de l'y amener, je regrette pour le tournoiement des cendres sur les plumes des oiseaux, je regrette et en même temps, je ne peux m'empêcher de ne continuer à penser qu'aux vivants, j'espère que 21 hectares de vrais arbres vivants n'y passeront pas pour la reconstruction d'un symbole, si éblouissant soit-il, j'aimerais presque qu'elle reste telle qu'elle est, désormais, noircie mais debout, je me demande à quoi servent les reconstructions, sinon à faire croire que ce qui est advenu n'est jamais arrivé, mis à part sur un cartel ou une pancarte, vantant les grands mérites de ceux qui auront financé la chirurgie réparatrice des bâtiments classés, j’aimerais presque qu'elle reste telle qu'elle est et qu'on y entre, pour la célébrer, pour y croire à nouveau, pour y vivre, pour y trouver refuge et crier, à l'instar de Quasimodo l'asile, indispensable à quiconque croit en la beauté, fût-elle survolée par les cendres et le vol effaré des oiseaux.

"il enjamba la balustrade de la galerie, saisit la corde des pieds, des genoux et des mains, puis on le vit couler sur la façade, comme une goutte de pluie qui glisse le long d’une vitre, courir vers les deux bourreaux avec la vitesse d’un chat tombé d’un toit, les terrasser sous deux poings énormes, enlever l’égyptienne d’une main, comme un enfant sa poupée, et d’un seul élan rebondir jusque dans l’église, en élevant la jeune fille au-dessus de sa tête, et en criant d’une voix formidable : — Asile !Cela se fit avec une telle rapidité que si c’eût été la nuit, on eût pu tout voir à la lumière d’un seul éclair.— Asile ! asile ! répéta la foule, et dix mille battements de mains firent étinceler de joie et de fierté l’œil unique de Quasimodo (...)  
En effet, dans l’enceinte de Notre-Dame, la condamnée était inviolable. La cathédrale était un lieu de refuge. Toute justice humaine expirait sur le seuil."


lundi 15 avril 2019

Le miroir de la Porte de la Chapelle

Il a dû en voir passer, des belles, des cassées, des jeunes, des moches, des vieilles, des vertes, des pas mûres, ça n'a duré qu'un quart de seconde, c'est le problème quand le périph est fluide, c'est dans ce genre de moments que tu regrettes qu'il n'y ait pas d'embouteillages, pour encore regarder longuement cette petite fille, pour admirer cet instant de grâce insoutenable, cet intolérable, un enfant reste un enfant quoiqu'il arrive, voilà la magie, voilà la grandeur, voilà la fleur sur la décharge, parfois la saisir du regard, en imaginer le parfum est intolérable, il a dû faire du chemin, j'ai imaginé dans le temps qui s'étirait plus encore qu'un chewing-gum tout nouvellement mâchouillé, les lieux qui émaillaient sa carrière, de sa fabrication jusqu'à ce jour où je l'aperçus, un moment de coucher de soleil sur la ville, alors que le périph était fluide, il avait l'air plutôt ancien, le tain un peu brouillé, le cadre ouvragé modestement, il renvoyait la lumière, comme les signaux que s'envoient les enfants, par jeu, pour projeter les éclats du soleil au mur, ou dans les fenêtres du voisin d'en face,  un enfant reste un enfant quoi qu'il arrive, voilà la réalité, une petite fille reste une petite fille, j'imagine qu'il est passé de mains en mains et je me suis demandé comment il avait pu arriver là, à cet endroit, quelle pouvait être son utilité, ça semblait si futile, si superflu, ce beau et vieux miroir au bord du périph, surplombant, pas de beaucoup, les voitures qui, à cet instant passaient en vitesse, c'était fluide, et offrant le reflet du soleil couchant à une petite fille, qui prenait la pose, un diadème de princesse sur les cheveux attachés en longue queue de cheval, une petite fille reste un petite fille, surtout quand elle prend la pose, un diadème sur la tête, miroir, son beau miroir, dis-lui qu'elle est la plus belle,  même dans cet intolérable, devant le frêle abri en toile, en carton, en bordure de périph, dis-lui que les fleurs sont partout, même si elles me serrent le cœur de honte. 


vendredi 12 avril 2019

Femme qui chante avec les loups, Dialogue in

"Vous êtes fantastique"...
Come on
Il a fallu passer devant les chamans, et faut croire qu'elle et moi on est connectées, un truc un peu magique, un peu puissant, et aucun mal à la reconnaître, ma sœur sous ses plumes, et son regard d'aiglonne derrière les lunettes. 
"T'as des entraves?"
Toi t'en as pas quand tu chantes tu sais, même si tu as mal au ventre, même si le trac, même si la gerbe, même si...
Come on
Un baiser sur la bouche avant de sortir
"Je vais te dire un secret"
Assise un bandeau sur les yeux, dans une toute petite alcôve, les mains d'Henry Miller sur les jambes, la nuque, le souffle d'Anaïs Nin dans l'oreille, des mots pleins de sexe
You know you got it 
De sensualité et d'amour, d'un coup, tu pars en voyage immobile, dans les contrées lointaines des corps en tension et en abandon.
Makes you feel good
Hier soir, j'ai poussé la chansonnette avec Elton John, tapé la discute avec John Lennon, flirté avec Miller et Nin, débattu genre avec un trans magnifique et un travelo qui ne l'était pas moins, frôlé des chaman.e.s.
Come on
Le meilleur
Baby
J'ai embrassé Janis et serré ma copine de vingt ans sur le coeur avant de partir...
"On attaque le second round"
Ma copine de vingt ans est une bête, une vraie, un animal sauvage et sensuel, une fois sur scène, bouche ouverte, elle devient lascive, enveloppante,
Come on, come on, come on, come on 
Bouffeuse d'âme et recracheuse, tant que tu prends une autre dimension dès que tu l'écoutes, sorcière du son, une petite sirène qu'aurait poussée au fond d'une grotte ou en haut d'une montagne on sait pas, ma copine de vingt ans,

Take another piece of my heart


mercredi 10 avril 2019

Un, Deux, Trois!

Ce qu'il faudrait c'est un abri.
Une fenêtre grande ouverte sur l'océan et une paire d'ailes dans le dos.

Ce qu'il faudrait c'est le tremblement des feuilles sous le ciel boueux du matin.
Une âme libre et grande ouverte, avec une paire d'ailes dans le dos.

Ce qu'il faudrait c'est Un, Deux, Trois!
Une profonde inspiration, sans un regard vers le bas, une paire d'ailes dans le dos.

Ce qu'il faudrait c'est encore des milliers d'enfants dans le ventre.
Une voix-frère qui sifflote au vol et une paire d'ailes dans le dos.

Ce qu'il faudrait c'est une terre à contrer.
Une profonde marche, de la terre aux genoux, avec une paire d'ailes dans le dos.

Ce qu'il faudrait c'est un bateau.
Un, Deux, Trois! Une paire d'ailes dans le dos.

Ce qu'il faudrait c'est le silence de l'âme en fuite.
Un battement de cœur de papillon dans la paume et une paire d'ailes dans le dos.

Ce qu'il faudrait c'est l'étau des bras-frères.
Une suffocation dans la matrice, un sursaut avec une paire d'ailes dans le dos.

Ce qu'il faudrait c'est une branche d'où pendraient les jambes.
Un aller-retour dans le vide boueux du matin, une paire d'ailes dans le dos.

Ce qu'il faudrait c'est une couverture.
Une ouverture en dedans, des kilomètres de vie en rose avec une paire d'ailes dans le dos.

Ce qu'il faudrait c'est un chemin-frère.
Une route à parcourir jusqu'aux nuits fauves et aux grands soirs, et une paire d'ailes dans le dos.

Un, Deux, Trois!

mardi 2 avril 2019

Enchères et en os, Dialogue in

Et pourquoi pas un roman?
Parce que tu crois que
En avoir la force
C'est comme faire pousser les os
Sur la chair
T'as quoi de mieux à faire?

De toute façon, maintenant c'est comme si je partais à la pèche aux mots, aux phrases, maintenant je vis toute la différence entre aller faire ses courses et aller chasser, cueillir, ramasser.

Faut chercher
Voilà

Maintenant c'est moins fluide, c'est moins simple, c'est comme faire pousser les os. C'est comme les entendre percer les gangues de nerfs et zébrer la peau, c'est comme faire pousser les os au-dessus de la chair, c'est comme se monter à l'envers, c'est comme retourner un gant.

Et pourquoi pas se mettre à chanter?
Parce que tu sais
C'est déjà arrivé
C'est comme faire pousser un arbre
Dans un tronc mort
T'as quoi de mieux à faire?

De toute façon, maintenant c'est comme si je partais séduire une femme sans la connaître, maintenant je vis toute la différence entre prendre une main et la donner.

Faut agir
Voilà

Maintenant c'est plus ardu, c'est plus complexe, c'est comme faire pousser les os. C'est comme les sentir ouvrir la chair et s'enrouler par-dessus, c'est les arroser de sang et leur laisser voir la lumière.

Et pourquoi pas danser?
Parce que tu sais
Non, je sais pas
C'est comme faire pousser la peau
Sous le squelette
T'as quoi de mieux à faire?

De toute façon, maintenant c'est comme si je fabriquais un métier à tisser au lieu de m'habiller, maintenant je vis toute la différence entre rester et fuir.

Faut s'étendre
Voilà

Maintenant c'est très clair, c'est très obscur, c'est comme faire pousser les os. C'est comme fendre une coquille de granit avec une liane, c'est comme étreindre un dragon dans un nuage de feu.

Et pourquoi pas?
T'as quoi de mieux à faire?
T'étreindre
Et te faire pousser les os
Sur la chair?


mardi 26 mars 2019

Sans filtre

Je ne saurais dire pourquoi la lecture de ce manuscrit m'a tant touchée, sans doute parce que je crois toujours que les romans ne sont qu'une extension de la vie de leurs auteurs, je n'arrive pas à imaginer que les histoires contenues dans les mots sont de pures inventions, j'avais écrit à l'Au. "je n'ai pas de silencieux" , entends par là que je n'ai pas de filtre pour plein de choses et que, donc, il est des choses que je saurais concevoir intellectuellement, mais pas du tout emotionnelement, et je ne saurais dire pourquoi, mais ces mots de Bataille, écrits à la main m'ont profondément touchée, comme tant d'autres mots écrits par tant d'autres mains, c'est vrai que les filtres sautent encore plus à la découverte de la graphie personnelle de leur auteur,  ils prennent un supplément d'âme et je ne saurais dire pourquoi il m'est impossible d'imaginer qu'ils ne soient que pure invention.

Georges Bataille [Lord Auch], Histoire de l'œil, 1927.

lundi 25 mars 2019

En l'état, dialogue in

Je la sens sous ses lèvres douces, je les sens
Nos 25 ans
Je la sens dans ma chair de poule
La voix de rocailles
Je la sens dans ma gorge, coulante
La fumée des clopes, immémoriale
Je la sens dans mes reins
La tension brûlante
Je les sens,
Nos années bébé, qui persistent et signent
Seras-tu là encore dans 25 ans
Me redonneras-tu 
Cette occasion unique
De me travestir
Cow-boy en jupons sur une plage à la nuit
Je l'ai senti, sous les lèvres douces de mon amie
Je les sens 
L'indéfectible,
Les séances photos en soutifs,
Les petites aventures sans risque
Les sons planants
Les dents serrées
Les nibards en pointe
Les yeux battus
Mais pas les cœurs
La brûlure de nos 25 ans
Je la sens bébé
Qu'est-ce qu'on s'est assagies 
Putain 



Meuf, on va dire que c'est juste
Un point d'étape avant de remonter en bagnole
Meuf, on va dire qu'on fait juste
L'état des lieux



Homme Town, chant d'amour

Pour une fois,
Permets moi, permets moi, permets moi...
De dire, de nommer
Le oui,
Bien plus difficile que le non
Le oui
Pour une fois,
Permets moi
Le veux-tu?
Le oui,
A la question
C'est moi qui l'ai posée

Il arrive un moment dans la vie, où l'on éprouve le désir de retourner sur ses pas, et qu'ils te conduisent, qu'ils te ramènent à ton port d'attache, dans les sentiers de ta forêt, à l'endroit qui t'a vu naître et comme on naît plusieurs fois dans cette vie, ces lieux sont multiples, un jour, on en choisit un, oui oui et choisir c'est renoncer me dit souvent l'Amoureux, je ne suis pas entièrement d'accord, même si je perçois ce qu'il veut dire. 
Alors, oui ...
Mon amour, de tous les êtres qui peuplent ma forêt, tu es le seul à ne pas faire partie du bestiaire fantastique des amants, pas de règne animal pour toi, ni pour moi, tu portes en toi la force minérale des pierres entre lesquelles poussent les fleurs coriaces qui m'incarnent, où s’immiscent les arbres  dont je partage l'écorce et c'est ainsi que nous sommes faits toi et moi, comme la maison que tu trimballes en ton âme et la ville que je trimballe en la mienne.  

Et le oui est tellement moins simple que le non, le oui n'a pas de nom et si je dois te nommer, je t’appellerai Homme Town, ça sonne comme un nom d'indien et ça te va comme un gant et permets-moi, permets-moi mon amour de voguer sur mon esquif, parfois de te perdre de vue, Homme Town, sans crainte ni défiance, parce que nous sommes là, ta maison dans ma ville, l'indissociable.

C'est improbable, c'est incongru, c'est aussi saugrenu qu'une fleur poussée dans la béance d'un bloc de grès, aussi buté aussi, les racines ont pris et des vies en sont sorties, la béance s'étrécit et s'emplit toujours. 
Mon amour, je crois qu'on est prêt à être ensemble, parce que désormais nous savons pouvoir être séparés dans la joie de la vie de l'autre, à nous nommer toi et moi, l'indissociable Homme Town.


mercredi 20 mars 2019

La somme des mes emmerdements

J'ai relu, pas tout, j'ai changé deux-trois trucs je pense, désormais je ne voudrais pas qu'on me rende ces années où je me suis emmerdée pour rien, je crois que c'était pas pour rien, finalement, je crois que derrière la somme de nos emmerdements, il y a une finalité, ce je-ne-sais-quoi d'utile à la grandeur de l'âme, à son vieillissement et à sa sagesse, je lis, j'apprends, j'aime les histoires de Marielle et de ses enfants, la Punkette, la Rebelle et l'Italien, j'aime sentir ses promenades aux bords des rivières, j'aime m'interroger dans ses questions, j'ai relu, pas tout, qui est cette jeune fille, qui est ce moi derrière moi, qui est cette vamp, cette petite chose, ce dragon, cette femme double, c'est moi qui m'adresse un sourire dans le miroir, l'image actuelle est floue, peu importe, elle palpite et je crois qu'un jour j'aurai la couleur de la somme de mes emmerdements, une couleur sacrément franche, je peux te le garantir, j'aime pas trop les tons pastels anyway, je lis, je voyage, et je trouve ça sacrément punk finalement de voyager sans bruit, ni mouvement, et les contrées que je parcours ont les doux noms de la Casamance, du Zambèze, de Guadalcanal, de Trieste et du Bosphore, tous lieux où je crois bien que jamais je n'irai, parce que l'avion, la pollution, les gaspillages en tous genres et qu'ils sont doux comme ils sont dans mon imagination, en tous cas, leur absence de matérialité n'est plus un emmerdement, voilà le vieillissement de mon âme, et ma sagesse, un jour prochain je me mettrai à léviter, non faut quand même pas déconner, ou alors si, mais dans les bras de l'Amoureux, ou des Amants, qui sait, ou en lisant Marielle et ses promenades et ses coups à boire et ses coups de tête, et si tu lis ceci et que ça te donne une sensation de voyage, je te conseille la bande-son, Brad Mehldau c'est un maître en lévitation intérieure, il suffit de fermer les yeux, de basculer ta tête en arrière et de laisser glisser, à ce moment là, tu changes deux-trois trucs et tu te prends à croire que derrière la somme de tes emmerdements, il y a un je-ne-sais-quoi utile à la grandeur de l'âme.



lundi 18 mars 2019

Mieux qu'ici je me trouve pas

Incroyable ce qui doit sortir, ce qui va sortir de tout cela, je n'en sais rien en fait, et pour une fois je m'en fous pas, pour une fois il y a des choses qui sont importantes, demain je me marie, demain je vis de mon travail, de ce merveilleux travail qui consiste à ouvrir la main, à recueillir et à servir, demain on ira poser les papiers à la mairie, avec les enfants, incroyable ce qui va sortir de ces jours qui coulent sur moi, ce merveilleux travail qui ne demande que l'effort permanent et sublime de n'être que soi-même, ce soi qu'on ignore encore et qui vit pourtant et l'effort qu'il faut fournir pour ne plus courber la tête et se dire soi, pour une fois je m'en fous pas, je crois que mon Il serait fier de moi et me poserait des tas de questions, incroyable cette énergie qui m'inonde et me perd, incroyable ce qui est en train de sortir, c'était un simple jeu au départ, un jeu de peindre, et, une fois ce jeu pris au sérieux, parce que cette fois ci ta vie en dépend, c'est du costaud désormais, il va falloir la jouer fine, la jouer serrée, la jouer honnête, et se prendre au jeu, un jeu de peindre c'est simple finalement, tu prends le pinceau, tu trempes et tu vis, c'est simple, je leur dis toujours, débarrasse toi de l'intention,une fois qu'elle t'a quitté, tout devient simple tu verras, tu deviens simple, tu glisses comme le pinceau sur la feuille, si tu as réussi à doser correctement ton effort, incroyable tout ce chemin parcouru, toutes ces routes pour arriver là, ni plus loin ni plus haut ni mieux que là, elle disait ça la très vieille grand-mère de ma mère, elle disait "mieux qu'ici je me trouve pas" et bien cette incroyable phrase m'est revenue il n'y a pas cinq minutes et  pour une fois, j'accorde à mon chant de la valeur, aussi sérieux qu'un jeu, on dirait qu'on serait, tu te rappelles, on s'en foutait jamais et pour une fois je m'en fous pas.
Incroyable. 


vendredi 15 mars 2019

La nuit des rois

Il y en a déjà eu une, avortée, mal foutue, l'enfer pavé de bonnes intentions.
Demain, fera-t-il nuit en plein jour?
Sera-ce une seconde nuit des rois, dans la fumée parce qu'il y en aura, y aura-t-il des milliers de jambes emmêlées, martelant le bitume, dans une éclaboussure de jaune et de noir?
Sera-ce le jour des éborgnés dont tu parles, ce jour où plus qu'il vacille, le pouvoir tombe, tout boulonné qu'il soit à ses ors, à ses privilèges, à sa morgue, à ses certitudes et à sa barbarie?
Je ne crois pas à la nuit des rois, dans l'ombre des salons ils restent, puisque nous n'allons pas les y déloger, je ne crois pas à la nuit des rois, puisque je ne souscris pas encore à la colère qui met bas et réduit en miettes les édifices toujours connus, même s'ils sont l'enfer déguisé en République, je ne crois pas en la nuit des rois, puisque j'ai peur.
Alors je réfléchis. Je ressens. Rien que d'y penser, à demain tu vois, j'ai le ventre qui se serre et la gorge qui se noue, de peur, puisque je sais les mort.e.s, les mutilé.e.s, les éborgné.e.s et j'ai peur d'en être, puisque mes enfants sont petits, et que je tiens à mes deux jambes pour avancer avec eux, à mes deux mains pour les caresser encore et encore, à mes deux yeux pour admirer ce qu'il pourrait advenir d'eux, pour au loin les regarder plus tard aller marcher dans la terre et courir sur le sable.

Je ne crois pas à la nuit des rois. J'espère demain voir l'aurore.
Non pas une aurore uniquement en jaune et noir, mais une aurore bariolée, vivante, une aurore à l'espoir comme celle que porte la jeunesse, une aurore à défendre et à protéger, jusqu'à ce que le jour se lève.
Il y en a déjà eu une...

Et demain fera-t-il nuit en plein jour?

jeudi 14 mars 2019

Mariage du canard et du lapin, dialogue in

Ça farfalle* dans tous les coins dis-moi,
Pourquoi tu restes en arrière?
Le vent se lève
M'a gratté les omoplates à m'en arracher la base des ailes,
Ça aide à sortir, parfois faut
Forcer un peu
Toujours douloureux un membre qui repousse
Lapin, tu peux compter sur moi
Sourire entre nous, tu sais
Je sens que tu me
Lisses les plumes
Nez en l'air, les yeux sur le vol des oiseaux
Tu farfalles non loin du terrier
Et tu te demandes pourquoi désormais
Quand tu fumes,
Ça te brûle
Tu viens pas?
Regarder les canards sauvages avec moi
Faut dire qu'un lapin volant on a rarement vu ça
Pas plus qu'un canard qui farfalle tranquille dans les coins

Faut croire qu'il faut se faire à l'idée de grandes transformations pour les années à venir, de profondes et invisibles trouées, des qui mettront des générations à pousser de sous terre, et au prix de mille batailles, personnelles et collectives, pour sortir enfin des trous dans lesquels nous sommes enterrés vivants et maintenus à coups de LBD, d'injonctions débilisantes et de menaces d'une vie encore plus intolérable.
Faut croire qu'un lapin à qui il viendrait l'idée de pousser des ailes, ça serait vraiment le pompon, mais tu vois, tout est possible en ces temps troublés et tous les moyens sont bons pour chercher comment faire pour aspirer une petite goutte de liberté et si ça me chante à moi de me faire pousser des ailes, je vois pas ce que tu aurais à y redire. 


*Watership Down, Richard George Adams

samedi 9 mars 2019

Shallow

Ça se serait pas vu si j'avais voulu le cacher, ça se serait pas vu si j'avais voulu le garder pour moi. 

Je crois que personne n'aurait pu le voir, le savoir, ce que je cache dans mes bas-fonds, ce que j'ignorais moi-même, ce qui restait dans l'ombre, ça dormait d'un sommeil agité de mauvais rêves, comme un être séquestré, à passer, condamné, toute sa vie dans un placard exigu et sale, toute sa vie dans le noir et le froid, dans l'ignorance et la honte. 

Tu crois qu'on se grandit de se regarder dans les yeux, de se prendre dans les bras et de se reconnaître, et de se demander pardon, tu crois qu'on vit mieux à partir du moment où on ouvre la porte du placard et qu'on se laisse sortir et lentement remonter des bas-fonds de son corps, tu crois qu'on est pas mort entièrement quand on commence à souffrir de sa propre absence?

Ça se serait pas vu si j'avais voulu le maintenir attaché et maintenant, je ne sais pas quoi en faire. 

Je ne sais pas comment le faire vivre, je ne sais pas comment l'épanouir. Je crois encore que tout doit venir de moi. Je ne sais pas pourquoi je l'ai enfermé. J'ai toujours aimé plonger, et cette histoire de pêche au poulpe a résonné d'une drôle de manière, tu crois qu'un jour je réussirai à me trouver belle et puissante et fière d'être ce que je suis, juste moi et pas mes enfants, l'Amoureux, les amants, les couleurs, tu crois que je parviendrai à considérer mon corps avec la même indulgence que celle que je porte à mon intelligence, tu crois qu'un jour je n'aurai plus besoin de la valeur que je cherche en d'autres yeux que les miens?

Ça se serait jamais vu si je n'en avais pas ressenti l'absence aussi fort.

Je veux retrouver l'extase qui irradiait mon corps, tout mon corps quand j'étais enfant, cette impression de ne plus appartenir à la terre, mais de monter tutoyer les nuages pleins d'orage ou bien cette sensation d'oreilles bouchées, de plus en plus, quand je descendais au plus profond de la mer, dans les roches pour regarder bouger les oursins, je veux retrouver le feu de mes joues et les battements de mon cœur, et la sensation de ne plus appartenir à la terre, juste parce que le soleil filtrait dans les feuilles au bon moment, au moment où le premier garçon déposait le baiser sur mes lèvres closes de fillette de 12 ans, je veux retrouver l'air brûlant dans mes poumons et le volcan de mes jambes quand je quittais terre pendant ces courses que j'adorais disputer.

Ça se serait jamais vu si j'avais continué à mentir, et toute vérité n'est pourtant pas bonne à dire.


Je sens parfois la nuit la succion des poulpes contre mes jambes tendues.




vendredi 8 mars 2019

On ira marcher, dialogue in

On ne sait encore où on se retrouvera, mais on ira marcher. 

On ira arpenter, serpenter, traîner nos guêtres, on ira marcher.

On ne sait pas encore si on se retrouvera, mais on ira le chemin, le même toi et moi, même si nos yeux ne se croisent, 
ni nos routes.

On ira promener nos corps dans ce flot qu'on espère abondant, on ira se fondre dans la foule qu'on espère dense. 
Aujourd'hui et tous les jours.

On ne sait pas encore si on s'y croisera, mais on ira cheminer de concert et puis après on ira lire au Palais de la Femme, 
quel drôle de nom, finalement.

On ne sait pas si on y entendra la voix des autres, ou leur rire, mais on suivra le martèlement des pas sur la chaussée 
et le souffle des vents.

On déambulera au milieu de l'hostilité systémique, on flânera la voix vive.
Et puis...
On ne sait pas encore si on s'y reconnaîtra, mais après on prendra la route de l'arbre en fleurs 
et du petit pois.
On ira se reposer les jambes, l'esprit, et le cœur sous sa ramure blanche et contre son tronc tordu.

On ne sait pas encore où on se retrouvera, ni si d'ailleurs, mais on ira marcher.
Puis s'asseoir, sous l'arbre en fleurs, les doigts croisés et les yeux dans les nuages.

On ne sait pas encore, mais peut-être pourrons-nous continuer à marcher, 
contre les troncs tordus des arbres en fleurs.

mercredi 6 mars 2019

Putain

J'ai pas pu réfléchir, il a déchargé un jet sifflant et inaudible à mon oreille et puis le vide sidéral, sidéré.
C'est vrai que le cerveau se met en off, quand un appui choquant s'y glisse.
"Putain"
J'ai essayé de le redire, en murmure comme c'est arrivé dans mon oreille.
J'ai pas réussi.
Le premier réflexe tu vois, c'est de te dire, mais il faut pas, surtout pas, c'est de se dire que c'est toi qui a mal entendu.
"Putain"
J'ai été surprise par la qualité de l'articulation. Dans un murmure, les consonnes ont tendance à s'appauvrir, à s'effacer et là. Limpide. Je me suis demandée si j'avais mal entendu.
Dans deux jours c'est la journée internationale du droit des femmes.
"Putain"
Voilà où on en est.
Tu peux acheter des clopes, te pencher, ramasser la canne d'un vieil homme et, dans la queue, au moment où ton corps descend vers l'objet au sol, accroupie, et le souffle de l'autre à ton oreille...
"Putain"
Voilà. Dans deux jours c'est la journée internationale des droits de la femme et je crois que tant qu'une telle manifestation existera, elle ne sera que l'espace de témoignages de tout ce que les femmes doivent subir dans cette société.
J'ai regardé le gars dans les yeux, avec incrédulité. Fixé le gars. Joli visage, jeune. Regard dur. J'ai plus douté que le murmure était sorti de sa bouche.
Je l'ai tellement fixé. En m'éloignant, ultime provocation.
"Problème?"


J'ai été interdite en descendant la rue. Souffle court. Cerveau en veille.
"Aucun".

Je lui ai répondu ça. Je me suis pas défendue.
 
Putain.


lundi 25 février 2019

Les amants

T'en trouveras pas deux comme moi, même si tu faisais le tour du monde, t'en trouveras pas deux, ça fait peut-être un peu prétentieux ce que je dis, mais je le pense, enfin, de cet enfin définitif qui affirme que oui, t'en trouveras pas deux comme moi au monde, ça vaut sans doute mieux, t'en trouveras pas deux qui ont réussi ce tour de force, sans forcer je te jure, faire pleurer les amoureux, ouvrir en eux des failles si béantes, par la seule force de mon amour, qu'ils ont préféré refermer le trou et m'enterrer dedans, ils sont plusieurs, mais si on leur posait la question, ils ne diraient pas comme moi, je crois, et pourtant je te mens pas, t'en trouveras pas deux comme moi, qui prennent l'amour comme il vient, et quand il vient, sans poser de questions, sans attendre de réponses, qui laissent l'amoureux du moment être l'homme qu'il est et qui lui laisse entrevoir par mes yeux l'homme qu'il pourrait devenir, un homme bon, généreux un homme digne d'amour, et c'est ça je crois qui est difficile à vivre, ce décalage entre la réalité et ce qu'elle peut advenir, c'est l'Amoureux qui me l'a confirmé, tu sais, m'a-t-il dit, ce qui est étrange avec toi, c'est que tu savais déjà ce que je pouvais être et que je ne le savais pas moi-même, pire, je résistais à devenir ce mec bien que je suis avec toi, parce que tu m'aimes tel quel, et que j'aime ce gars là, il n'y en a pas deux comme toi au monde, voilà, en une petite conversation de petit déjeuner, entre les brosses à dents et les chaussures à lacer, il m'a embrassé la nuque et puis ça, c'est pour ça que j'ai envie de te dire que t'en trouveras pas deux comme moi, t'en trouveras d'autres, des plus jolies, des plus gentilles et plus intelligentes, des plus aventurières,des plus guerrières ou des plus nunuches, des plus sensuelles, mais des comme moi, jamais, non, je suis aussi puissante qu'un nouveau-né et aussi fragile qu'un arbre centenaire, j'ai quelques heures et mille ans contenus dans mon âme, rien ne me fait mourir que la mort et je voulais te le dire parce que personne ne me l'a jamais dit jusqu'à ce baiser sur la nuque de l'Amoureux, et que plus grave moi-même je ne me l'étais jamais dit, même si je le savais, et qu'en réalité même si t'en trouveras jamais deux comme moi, pour toujours je vis en toi et tu vis en moi, qu'on le veuille ou non, qu'on trouve ça chiant ou non, je vis en toi, je t'ai marqué par l'amour que je te porte pour toujours, comme l'amour que je porte à tout, comme un monde en soi, vivant à l'intérieur de mon cœur, à ce bestiaire unique de mes amants, t'en trouveras pas deux comme moi au monde.


Paradoxal mother

La porte s'est refermée sur sa petite queue de cheval blonde et la cage d'escalier qui résonne de leurs voix, de leurs rires étouffés, il ne faut pas déranger les voisins, et le caillou soudain qui tombe sur ma poitrine, le vide attendu et redoutable de leur absence et la douceur du temps qui pour deux semaines va m'appartenir avec son goût de cendre et de miel, et me regarder dans le miroir, je fais souvent ça, une fois qu'ils sont tous partis, pour chercher la femme solitaire que j'étais avant leur irruption dans ma vie, je regarde et je mets de plus en plus de temps à la trouver, même le regard a changé, on en parlait il y a trois jours, après le hammam, où nous n'avons pas trop traîné, l'entrainement n'est plus là, on a eu chaud sa race et on avait les joues rouges et la peau douce, juste comme il faut, juste comme il y a dix ans et qu'on croquait la vie les épaules et les culs à belles dents, avec nos yeux de biches et nos voix de cristal éraillé des cigarettes de fin du soir, on se regardait et on se disait qu'en même pas deux ans, on avait parfois du mal à reconnaître nos propres visages, la forme de nos corps.
Son petit baiser un peu morveux déposé sur ma bouche, sa tête était déjà ailleurs, tournée vers le jardin de ses grand-parents, le soleil qui pointe sur les barres d'immeubles et le parfum de Mamie, et le coup de fouet de sa queue de cheval blonde sur mon cœur, la tête de son frère appuyée sur mon cou, dans la petite étreinte qu'il retient maintenant qu'il grandit, la pudeur s'installe entre lui et moi, mon petit Kong qui n'était pas encore là il y a six ans jour pour jour, ce sera demain et pour la première fois, je n'y serai pas, tu te rends compte, je regarde le miroir et je cherche un sens à ce caillou dans ma poitrine, alors que j'ai attendu cette solitude pendant plusieurs heures, limite à cocher sur le calendrier, et entourer le moment où nous allions nous retrouver enfin seuls avec l'Amoureux, et faire l'amour sans conditions de temps, de sommeil et de bruit, et voilà, le caillou.
Miroir, mon beau miroir dis-moi... Non rien, ne me dis riens, finalement mes yeux peuvent bien voir, et c'est très bien comme ça, ce caillou me va bien,même s'il m'oppresse un peu, il va se dissoudre, plus vite que je crois, si ça se trouve.
L'amour, dans le miroir, change aussi de forme et de nature, il ne bouffe plus les culs et la vie à belles dents, il creuse des sillons et pare mon regard d'ombres pas dégueulasses, ça donne un petit côté mystérieux que j'avais pas avant, un peu comme on repasse aux aspérités sonores du vinyle après le lisse du CD, comme si un petit baiser absent, une queue de cheval et une cage d'escalier qui résonne, donnaient  ce relief qui manquait à mon visage dans le miroir.
Comme un caillou dans ma chaussure.
Qui te rappelle que tu as des pieds en état de marche.

vendredi 22 février 2019

Beyond the yellow brick road

Ça pourrait pas être simple et léger, un peu nunuche et tranquille comme une ritournelle, comme Goodbye Yellow Brick Road tiens, ça pourrait pas être libre et débridé et retenu aussi mais moins que là, ça pourrait pas envoyer l'âme au ciel et au-delà de la yellow brick road, ça pourrait pas pétiller dans mes yeux et crépiter à tes oreilles, ça pourrait pas nous faire naître un sourire secret, une joie complice qui filerait à travers l'espace et le temps, le temps d'un instant, avant que tu ne retournes à ton cahier et moi aux bras de l'Amoureux, aux baisers de la marmaille et à mes murs peints, ça pourrait pas être un feuilletage de joie supplémentaire à notre mille-feuille, un rendez-vous qui reviendrait, une retraite à partager, ça pourrait pas être un réservoir de désir obscur, un chaudron de sorcière chaud et bouillonnant, ça pourrait pas être un jardin d'écriture, un jeu de mots, une lumière dans les nuits d'insomnie, ça pourrait pas être aussi joli et tranchant qu'une fleur dans une décharge, ça pourrait pas être ça ?


Le chas de tes lèvres

Juste encore un peu...
Attends attends
Laisse
Ecoute
Attends
Retiens la fermeture de ta main, 
Juste un peu
Ouvre ton poing, 
Mange l'air
Retiens le souffle avec tes doigts 
Tu sais
L'amour
Si bien y faire
Une course, 
En vol
Ouvre
Moi en deux
Donne
Du fil à retordre
Et recouds mon cadavre
Exquis
Laisse couler
Le torrent de mots
Tiens moi
De boue
De vent 
Ta bouche ouverte
Ouvre ton poing
Écarte le chas de
Tes lèvres
Apprends
Le métier
Suce le fil
Et recouds mon cadavre
Exquis


mercredi 20 février 2019

Pudeur

Alors, t'as écrit dernièrement?
J'étais contente de cette question, et en même temps  un peu interdite. 
Oui, non, je sais pas, j'en sais rien du tout, oui, je crois que j'ai écrit mais tu sais depuis le dernier écrit, il s'est passé des choses, alors des grandes et des petites, et puis j'en sais rien, si j'ai envie de parler de ce que j'écris, parce que bon. Mais toi aussi tu le sais. Parce que toi aussi tu écris et que tu restes interdit quand on t'en parle. Et pourtant, putain si tu savais comme j'aime parler de ce qui anime cette écriture, cet élan, cet appétit, comme j'ai l'envie en moi.
Voilà, c'est de l'appétit, une faim d'ogresse et puis une fois la faim satisfaite, je ne sais plus rien.
Mais oui j'ai écrit.
J'aurais aimé écrire aussi et ça c'est très différent.
J'aurais aimé écrire le poids du petit pois dans ma poche tout le week-end. J'aurais aimé écrire la chaleur du soleil sur mon visage et la fraicheur de la terre sous mes pieds. J'aurais aimé écrire la lumière de cette balade, la découverte du lavoir et mon désir d'y rester seule des heures. J'aurais aimé écrire que le Loup me manque, parfois, nos conversations surtout, et que penser à lui continue de me rendre triste. J'aurais aimé écrire la mise en terre du petit poi(d)s, et puis non, pourquoi ça n'a pas été possible et qu'il s'est retrouvé tout flétri dans ma poche, dans ma main qui l'entourait comme une pépite d'or et mon cœur un peu plus lourd. J'aurais aimé écrire sur la douceur de l'air, l'odeur de mousse et le réveil des insectes. J'aurais aimé écrire les mains de ma fille dans le sable et la fin de sieste avec mon fils, pour le réveiller. 
Tu sais (je sais que tu sais) comme il y a des raisons d'écrire et autant de ne pas le faire. Comme il y a des raisons d'en parler et autant de ne pas. Parce que quand on écrit sur soi, avec son bordel, ça remue, ça heurte, ça gêne ou tout autre chose mais ça fait pas rien, ou alors on en parle pas, mais quand j'écris de la mort en mon ventre ou du désir en mon ventre pour d'autres que l'Amoureux, forcément...
Quand j'écris la vérité, celle qui vit au moment ou je l'exprime. 
Oui mon ami, j'ai écrit dernièrement, j'écris tout le temps dans ma tête et dans mon corps, et je n'en parle jamais. 
Jamais pour de vrai.
C'est con la pudeur. Mais je crois que tu comprends ça.
Un jour, on en parlera.

mercredi 13 février 2019

Ligne de crête

Je crois que tu te rends pas bien compte ce que c'est que de se recueillir soi-même comme dans une coupelle en terre pleine d'eau qui irait étancher la soif d'un moineau, au fond d'un jardin, mais c'est comme ça que je me sens en moi-même, à la fois coupelle et moineau, comme au retour de sa première migration, le retour sur la terre qui l'a vu naître, se remémorer son nom, découvrir en son âme, le regard tendre de sa mère, alors que depuis dix mille ans, elle s'est transformée en petite chose triste, et un jour il va falloir que je l'écrive ce bouquin qui m'habite et même si sil est décousu, mal fichu, pas construit, sans histoire, il est là, il dort, et il me prendra vingt ans, peut-être plus, et il sera le seul si ça se trouve, mais déjà, toi tu lis et c'est tellement chouette d'écrire pour toi, pour tous ces toi qui lisent, je crois pas que tu te rendes bien compte, parce qu'on parle tout le temps des émotions des lecteurs et crois-moi j'en ai des caisses et des caisses, mais je crois n'avoir jamais entendu parler des émotions de qui écrit, et encore une digue qui a cédé en moi, terminé de dire que j'écris pour moi et que pour moi, terminé de ne pas vivre cette émotion de qui écrit et est lu, même si ce n'est que par toi, terminé de croire que tu n'existes que dans ma tête et mon désir, je crois pas que tu te rendes bien compte de ta place, de toi, de tous ces toi, je suis sûre que tu as tendance à te dire, mof, mais non mais non et moi maintenant je te dis mais si mais si, tu es essentiel, tu es vital, tu m'aides à prendre conscience de mes mains, tu favorises l'incarnation dans les mots que tu lis, tu te rends compte de ce que ça fait de revenir après des années passées à se bâtir en distance et puis, un jour, elle n'est plus nécessaire, elle est révolue, un tout est un tout, avec tous ces toi qui vivent, jardinent, rêvent, écrivent et tant d'autres choses que j'ignore et qu'en même temps je partage, je crois pas que tu te rendes bien compte à quel point tout ça compte pour moi et désormais, il y a un avant et un après dans l'échelle du bonheur et une crête dont je surplombe le sommet, et ce pour toujours, jusqu'à la prochaine ligne et ça va pas être du gâteau mais, je connais la vaillance de nos cœurs et la force du lien qui nous lie, tous ces toi, et moi.

I got a name

Il m'en aura fallu du temps, je suis tellement désolée de vous avoir fait attendre.
Vous rejoindre
Comme vous êtes jolies toutes, je reconnais chacune d'entre vous
Mes soeurs
Ma mère mes grand-mères et arrières,
Toutes autour de moi en présence vivante,
Vous me traversez et grâce à vous
I got a name
Vous rejoindre
Mes soeurs
Avec vos forces, vos renoncements, ce qui vous a fait, vous m'avez faite
I got a name
Il m'en aura fallu du temps, pour vous reconnaître
Cette existence
Il me faut ici vous rendre hommage
Maman
Surtout toi, tes yeux bleus, ta peau poudrée, ta beauté fatale et ta douceur de papillon, fragile et intense, ta joie de gamine et ta tristesse vieillissante
Ma soeur
Dansez en moi maintenant, vous toutes, je suis prête à vous vivre avec ton chignon de sorcière, ton parfum de dame, tes cheveux noirs, ta voix murmurante, ton collier de perles et ton camé*, vous m'habitez et grâce à vous
I got a name

Même si vous piquez un peu les mémés, et que parfois vous m'avez fait peur ou triste, ou curieuse
Je vous embrasse  et je vous remercie

Il m'en aura fallu du temps avant
D'avoir un nom

lundi 4 février 2019

Le casino de Constanţa


Il n'y a pas de hasards, il n'y a que des rendez-vous. Paul Eluard

Un de mes amis est parti. 
Plutôt loin. Assez pour que nous ne puissions espérer nous revoir dans les mois à venir, voire années. Voire jamais. Cet ami qui est parti est spécial. Cette amitié est particulière. 
En son absence, je déambule nue-pieds sur le sol inégal de ce qui fut un grand bâtiment prestigieux, un casino abandonné du début du 20e siècle. Ses immenses fenêtres mi Art déco, mi Roccoco donnent sur la mer. Et je n'ai jamais bien compris pourquoi il fallait que les casinos d'Europe donnent sur la mer, peu importe après tout. 
J'ai trouvé, au détour d'internet, les images de ce casino, qui ressemble, quand je pense à l'ami qui est parti, à l'état de mon cœur, un grand bâtiment Art déco déserté sans être vide, où résonnent encore les mille murmures ou éclats de voix de ceux qui s'y trouvèrent. J'étais à la recherche du travail d'un photographe, dont j'ignorais le nom, j'ai un problème avec les noms des photographes, je cherchais donc ce travail sur les lieux abandonnés, dont il restitue les vestiges avec une infinie poésie.
J'ai trouvé ces photographies et j'ai pensé, oui c'est ça que je ressens, en pensant à l'ami qui est parti.

Photographie par Romain Veillon, Abandonned Casino, Ask the Dust
Cette amitié est spéciale parce qu'elle ne repose sur rien et sur tout à la fois. Elle repose sur un éventail d'affinités qui s'étendraient de Toronto à Pékin, elle repose sur une connivence de mots et peut-être aussi de maux, elle repose sur des questions sans réponses et des réponses sans questions, elle repose, aussi, sur le désir que peuvent s'inspirer deux êtres qui avaient, avant de se rencontrer, établi cette connivence intercontinentale, elle repose sur l'absolu respect de la vie de chacun et la liberté de nos pensées respectives, de nos dires et de nos histoires, réelles ou inventées pour l'occasion.
Le casino est désert, tout a été emporté, des meubles, des tables, il ne reste rien, il reste les lustres, d'un lustre certain, bien que très poussiéreux et l'on imagine sans peine le faste de cet endroit et l'incommensurable misère de l'extérieur. Hors les murs, rien ne va de soi, jamais. Des moisissures envahissent les plafonds, étendant leur empire sur les peintures coquille d'oeuf et rose qui devaient si bien s'accorder, je suppose à l’électricité naissante de ce début de siècle, ou étaient-ce encore des éclairages au gaz?  Peu importe. 
L'ami est parti et tant qu'il fait encore jour, j'explore seule l'étendue de mon casino déserté, je grimpe à l'escalier, je cherche les fenêtres et la mer, je laisse jouer mes yeux avec les vitraux de couleurs qui n'ont pas été brisés et je respire l'odeur des couloirs et des gonds de porte.
Un de mes amis est parti. Et je ne saurai raconter cette amitié qu'en prenant appui sur celle qui fut incarnée par Marcello et Sophia dans Une journée particulière. Cette amitié est spéciale parce qu'elle s'enracina dans une journée particulière. De ces journées qui peuvent faire dérailler le cours d'une existence tout en laissant le train suivre sa route, bizarrement, de ces journées d'évasion et de découverte de soi, comme celle d'un trésor caché tout au fond d'une grotte recouverte par la marée, sauf un jour par an. 
This Abandoned Casino Was Once The Most Magnificent ...
Photographie par Romain Veillon, Abandonned Casino, Ask the Dust

Maintenant la marée a repris ces droits sur la caverne au trésor, et le casino désert surplombe la mer et recouvre tous les rochers alentours. 
De toutes façons, on n'emporte jamais les trésors hors de la grotte.








Par hasard, en découvrant ces photographies, j'apprends que mon casino se trouve là où l'ami est parti...

https://romainveillon.com/portfolio/constanta/


samedi 2 février 2019

Lever de femme, Dialogue in

Il en met du temps à tomber.
Le jour.
Presque autant que j'en mets à me lever.
Lever de femme.
Versus Tombée du jour.
 Plutôt joli ça, même si c'est pas moi ce grand trans sur la photo.
C'est un trans?
C'est une femme debout en tout cas.
Comment tu le trouves?
Le jour.
Ce que j'aime.
N'apporter aucune réponse, parce que ne poser aucune
Question
Quoique
Le crachoir des vérités,
A la tombée du jour,
Fait vraiment penser à un
Lever de femme.

Je suis retournée à la nuit nager dans la mer, au bout du chemin des grues et des hérons, avec Sara Kali toute pleine de ses mille jupes, toute parée de voiles, nager dans la mer, comme plus tôt dans l'année, va falloir que je te prenne entre mes jambes,  je dansais au milieu des louves de la forêt d'un rêve bosniaque, va falloir que je me découvre devant toi, et que je danse sur ta peau, je ne pense pas toujours à toi, et c'est comme si c'était un caprice, un peu comme une fringale de chocolat noir et amer, trempé dans un café brûlant, du genre qui fond sur la langue en pâte épaisse et qui y reste collée quelques minutes, va falloir va falloir et pourquoi non, et pourquoi oui certes, oui aussi et pourquoi, on dirait une obsession, même pas, impossible de dire pourquoi c'est comme ça, et c'est déroutant de vivre un lever de femme, une danse parmi les louves et un bain de minuit avec Sara Kali, avec les femmes c'est plus facile je trouve, va falloir que je goûte ta bouche et ta queue et même si c'est pas urgent du tout ça presse, comme une tombée du jour, même que les jours s'allongent, ils tombent tôt ou tard et pour un lever de femme c'est pas aussi simple, c'est plus équivoque, c'est plus tordu, c'est moins simple, va falloir va falloir que je te prenne et qu'après, dans ton sommeil, je disparaisse sous des couches de voiles, et que j'aille nager à la tombée du jour, et que j'aille danser l'un de mes levers de femme.

Va falloir va falloir...

jeudi 31 janvier 2019

I'd rather be a witch*

Je choisis la sorcière, je choisis la liberté et la profondeur, je choisis l'autonomie au risque de la solitude, je choisis la féminité plutôt que la séduction, je choisis l'âge à venir plutôt que celui qui m'est déjà passé dessus, je choisis la danse, en transe.
Je choisis la sororité et les mains liées entre elles, je choisis d'être, au risque de ne pas avoir, c'est ça tu comprends, choisir la sorcière en soi, c'est remplir son être de soi-même, sans narcissisme pourtant, c'est être tranquille, je choisis les plantes et la marche, je choisis d'être, au risque de ne pas (t')avoir.
Et choisir la sorcière c'est choisir le risque plutôt que les certitudes, c'est un jour regarder dans les yeux l'autre et tous les autres et prendre le risque d'être nue total, et de le rester, c'est déployer les aspérités de son être et permettre aux autres de s'en couvrir, c'est choisir de faire peur parfois, plus qu'envie, c'est choisir le bonheur plutôt que le plaisir.
Je choisis la sorcière, je choisis la sarabande et la chaîne des femmes et l'instruction de nos filles et de nos fils, je choisis de parler de la vie plutôt que de me languir des morts, je choisis le savoir contre le pouvoir.
Je choisis l'odeur des femmes, leur sang et leur joie, je choisis le désir et l'amour, je choisis de n'avoir aucune ambition sérieuse, je choisis d'aimer qui je désire et de désirer qui j'aime et tant pis si ça fait du monde, je choisis l'intuition et les rêves entre chienne et loup, je choisis les complicités et les combats partagés.
Je choisis la sorcière.

*Tribute to Mona Chollet


mercredi 30 janvier 2019

I feel it coming

Je ne sais pas si ce serait possible un tour de reins pareil en faisant l'amour, genre en l'appelant de ses vœux, tant l'enroulement des corps aurait été de nature à nous changer en serpents, longs reptiles repliés l'un autour de l'autre, tellement fondus l'un dans l'autre, à un point tel que l'on en deviendrait invertébré de fatigue et d'effacement de sa structure. 
Je ne sais pas si ce serait possible un tour de reins pareil en faisant l'amour, l'amour si profond qu'il m'aurait cambrée à m'en faire sauter les mailles de mon squelette, l'amour si doux qu'il en aurait fait couler une pluie sur ta peau, à t'en essorer le corps, à te vider comme une outre d'eau à un assoiffé du désert. 
Je ne sait pas si ce serait possible un tour de rein pareil en faisant l'amour, à un point tel qu'on renoncerait à se rhabiller faute de mobilité suffisante, à ne plus pouvoir mettre un pied devant l'autre, où le moindre geste t'arrache une grimace, où ton corps reprend sa place dans le cosmos, comme celui d'un vermisseau  écrasé de son propre poids. 
Je ne sais pas si ce serait possible un tour de rein pareil en faisant l'amour, genre le tour de rein inéluctable, qui tombe parce qu'il n'aurait pu en être autrement, vue l'étendue de débauche devant, derrière, en haut en bas, en accord et en lutte, en douceur et puis non, vu l'état des yeux des amants, drogués l'un de l'autre, à ne plus savoir se rassasier, à s'entredévorer, le tour de rein inéluctable, juste histoire de sauver le corps de ce corps à corps infini. 
Je ne sais pas si ce serait possible un tour de rein pareil en faisant l'amour....

samedi 26 janvier 2019

Bye bye Quisas, Dialogue in

Ça me fait tout drôle de discuter avec toi... Je me rappelle de toi, on était assis au fond du bus qui nous emmenait au collège, tu te souviens?

Non, ou alors vaguement. je me souviens d'autre chose, de tas d'autres choses et qui choisit ce dont je me souviens, et ce dont tu te souviens, comme si nous n'avions pas vécu les mêmes moments alors que nous les avons passé ensemble?

Et de quoi se souvient Quisas de tout ce que j'ai pu vivre?
Et quel souvenir ai-je de la vie de Quisas?

Qu'est-ce que ça fait d'être une femme pleine et entière, réunifée
Une femme-Berlin 
Je l'écoutais parler et je réalisais alors que les autres sont marqués
Autant que tu peux l'être
L'insignifiance volontaire ne nous protège pas, elle nous éloigne des autres
Elle nous empêche, il m'aura
Fallu ça pour le comprendre.
T'as quel âge Quisas?
J'ai 35 ans
T'as des enfants?
Oui
Tu es heureuse?
Je crois que oui
On est jamais vraiment sûre
Jamais
Tu te sens seule?
Non
Depuis que je te connais
Jamais
Plus une fois de ma vie
Mais...


C'est pas possible d'être une femme-Berlin, ça n'existe pas et si Berlin était une femme, sûr qu'elle aurait drôlement souffert entre ses pôles et son no (wo)man's land désert et mort. Comme j'ai souffert d'être cette femme-Berlin, même si les mots passaient de l'Ouest à l'Est, les mots de passe, les mots passent, toujours. 
Et traversent à la nuit le no (wo)man's land en courant, pliés en deux, tête baissés, à cause de la surveillance, du contrôle, de l'auto-censure, c'est pas possible d'être une femme-Berlin à vie.
Tu fais tomber le mur Quisas?
Voilà
Tu crois que c'est sage?
Non
Mais...
Je crois que c'est juste

Ce n'est jamais sage de prendre une masse pour démolir un édifice quelque soit sa nature. Mais ce peut être juste de réduire en cendres ce qui nous sépare de nous-mêmes, ce qui nous sépare des autres, de la rencontre, de la force et de l'énergie qui circule entre les êtres et à l'intérieur de nos corps.

Mais sur le mur Quisas,
Il n'y a plus de place, tu sais
Pour écrire, 
Pour peindre,
Pour rien.

Comme une peau, tu m'as protégée de ton ombre,  je me suis cachée sous ton enveloppe, jusqu'à ce que je tisse, avec le temps toute l'âme dont j'étais capable, pour tenir debout, belle et fière, solidement et sans brutalité, toute l'âme dont je suis capable pour rejeter ta force avec douceur et d'un geste la faire mienne, comme un mot qui passe d'Ouest en Est.

Quel est ce conte Quisas?
Une fille qui n'a plus besoin de la peau qui la protège
Attends
Tu le connais...
Oui et d'un coup...
Je sais
Je me sens de trop

Bye bye Quisas, 
Ma belle Ouest, 
Viens dans mes bras, 
Je prends la masse, 
Remonte tes manches, 
D'un souffle on abat le mur, 
Terminé le 
no (wo)man's world.