mardi 11 décembre 2018

Choisir est-ce renoncer? Dialogue in

Il faudrait que je l'écrive,
Ce texte de mariage
Il faudrait que je desserre
Les nœuds
Il faudrait que je regarde plus loin
Que le bout de son accent circonflexe
Il faudrait que je vérifie
Un truc
Il faudrait que je trie
Ma paperasse
Les machins qui
M’embarrassent
Il faudrait que je le dise
Une bonne fois pour toutes
Il faudrait que je la prenne
La complexité de mon âme
Il faudrait que je me laisse
Tomber dans ses bras
Il faudrait que je les écrive
Ces mots de renoncements

Il ne faut pas avoir besoin de lunettes pour comprendre que mon cœur s'est taillé, en vol au dessus des marais et pas qu'une fois, il faut que tu comprennes qu'une fois déjà, il y a longtemps et une autre fois, il n'y a pas longtemps, la tentation de l'escapade, du grand plongeon, c'est comme si c'était pareil, ont accosté sur mon rivage tranquille et simple, apportant le désordre délicieux de l'intranquillité, et l'infernale possibilité d'une autre vie que la mienne. 
Il faut que tu comprennes qu'un cœur humain, le mien, souffre d’arythmie sentimentale, que les 50 pulsations minute qui m'oxygènent peuvent, par la grâce d'une après-midi venteuse, d'une soirée de déambulation toute en courbes ou d'une partie de cache-cache dans la neige, passer du simple au triple et me décoller les 20 mètres carrés de peau qui m'entourent. 
Il faut que tu comprennes, Amoureux, que c'est toi que j'aime, dans ton mutisme de taureau blessé au cœur, dans ton corps, cette terre qui n'a plus de secret pour moi, dans tes éclats, de rire, de colère, de mensonges et d'émoi enterré, il faut que tu comprennes.
La perplexité qui fut la mienne de retrouver le corps de l'Au. après 13 ans, l'incrédulité de redécouvrir un corps connu qu'on ne connait plus. Il faut que tu comprennes ce que ça provoque de ne plus être habituée qu'à toi, de ne plus être habitée dans l'amour que par toi, de ne plus enserrer en moi que toi, au point de ne plus voir, entendre, sentir que toi, comme les filtres dorés d'un verre éternellement posé devant les yeux. 
Il faut que tu comprennes qu'en allant voler au-dessus des marais, je ne t'ai pas quitté d'une semelle, même si l'envie s'est faite sentir, la tentation d'aller voir ailleurs si j'y étais, et sans doute que oui j'y étais, mais pas totalement, est-ce qu'un jour, je serai totalement, entièrement quelque part? 
Dans tes bras peut-être? 
A tes côtés j'espère.
Il faut que tu comprennes l'Au., combien j'ai aimé rêver de toi, une fois ton envol arraché à ma peau, combien j'ai aimé me savoir dans tes pensées, même complexes et gênantes, j'en suis sûre, caillou dans ta chaussure, il faut que tu comprennes combien j'ai été touchée par ton corps retrouvé, même si l'éloignement de tant d'années m'a imposé une distance de sauvegarde, rognant mon désir de toi, que j'avais satisfait dans mon coin. 
Il faut que tu comprennes Loup, que si tu ne veux ou peux plus y être, je comprends, mais que tu y es quoi qu'il puisse en être, tu es suspendu dans ce hamac avec tes babouches et tes yeux tournés vers les chevaux blancs. 
Il faut que tu comprennes, qu'après avoir été un plein en moi, tu deviens un vide, l'ombre d'un oiseau en vol au dessus du sol que je regarde, que dans mon monde, une vie peut être changée en une journée et que c'est si délicieusement cinématographique que je n'y résiste pas, et qu'à travers toi j'ai rêvé à un autre possible, tout aussi excitant qu'insupportable et que j'ai choisi, mais sans renoncer, je sais désormais que c'est possible, de garder en soi ce rêve d'un autre possible sans souffrir, et de continuer à marcher sur mes deux jambes, l'une sans cesse à la poursuite de l'autre, d'aimer l'Amoureux, de l'épouser, d'élever nos enfants, de redécouvrir nos corps après mes vagabondages et d'aimer inconditionnellement ce film osé et joli qui se joue dans mon âme.


Il faudrait que je le dise que je les désire tous
Autant qu'ils sont
Il faudrait que je leur dise que je les aime tous
Chacun à leur place
Que j'en choisis un
Sans renoncer aux autres..
Ce texte de mariage
Je vais l'écrire