vendredi 7 décembre 2018

Une et indivisible

Heureusement qu'elle ne se niche pas au creux de mon cul, ou en quelque autre partie de mon corps d'ailleurs, heureusement qu'elle existait avant moi, qu'elle s'est bâtie sur des symboles de quelque chose d'un peu plus grand que mon cul, bien qu'il soit conséquent comme cul, je reconnais, mais heureusement, elle n'a rien à voir avec mon anatomie...

Heureusement qu'elle est une et indivisible, sinon elle aurait la tronche du cul de millions d'entre nous, elle serait étroite, massive, poilue, rebondie ou plate ou pointue, comme deux pommes ou comme de la gelée, la pauvre, elle aurait de ces accents schizophrènes...

Heureusement je n'ai mal nulle part, en aucune partie de mon corps en tous cas, même si l'âme en prend de sérieux coups, de honte, de rage, de désespoir et d'hébétude devant le déferlement de brutalité qui m'inonde, devant les coups de matraque qui pleuvent comme la pire des giboulées, dans le brouillard poivré qui s'invite dans les rues, devant l'éternelle misère qui se rebelle -enfin, devant le mépris insondable de qui pleure des voitures au lieu de pleurer des morts...

Heureusement qu'elle ne se niche pas au creux de mon corps, elle n'a pas besoin de s'y incarner pour souffrir, ni le mien, ni celui de quiconque. Elle est une et indivisible quoi qu'on en dise ou pense et c'est pour cette raison que ses sursauts étonnent, perturbent et angoissent ceux qui ne croient plus en elle.

"La nécessité est la mère de l’invention.

Le propre de la sagesse et de la vertu est de gouverner bien; le propre de l'injustice et de l'ignorance est de gouverner mal."*


Je n'ai pas mal à ma république.
Car heureusement, elle ne se niche pas au creux de nos culs.

Une et indivisible, elle est  notre devoir,  notre droit, notre pouvoir communs.

*Platon, La République.