mercredi 28 novembre 2018

C'est là, c'est là, c'est là, dialogue in

Et sans doute qu'un jour, les prédateurs du béton gagneront.
"C'est là, c'est là, c'est là..."

Sans doute qu'un jour, la nuit tombera dans le jardin de Gilles, la nuit enveloppera mon jardin d'une mante de pierre et ensevelira la menthe, la caravane, les fleurs d'Emmanuela, le total foutraque du jardin de Gilles et les chèvres et leurs petits.

Sans doute qu'un jour, je n'entendrai plus à ma fenêtre les clochettes tintantes au cou des animaux, au sortir de ma douche.
"C'est là, c'est là, c'est là"...
C'est où?

Sans doute qu'un jour, je ne verrai plus les cortèges d'enfants, de vieux, de voisins, au cul des chèvres comme un évènement fabuleux auquel on ose pas toucher, qu'on ose pas accompagner plus loin, qu'on révère et qu'on traite avec un respect d'ignorant.
Tout ça pour ça...

Tout ça pour rapter un bout de liberté supplémentaire, un bout de liberté couleur de mousse et de paille piétinée, tout ça pour accaparer l'espace et l'oxygène des pauvres, tout ça pour dominer le besoin de sauvagerie qui s'exprime dans le jardin de Gilles et à travers lui, dans tous les cœurs de ceux qui passent la grille, tout ça pour anéantir les épines.
"C'est là, c'est là, c'est là..." 

La voix du berger a une fonction, indiquer la route aux chèvres aventureuses, les inviter à revenir, non pas les forcer, les conduire. La voix du berger est forte, gouailleuse et porte loin, un peu lasse sans doute, un peu lointaine, une peu absente parfois, elle porte loin pourtant. 
Le berger est poète aussi. 
Faut être un peu poète pour être berger au pied des tours de toute façon.

C'est où?
"C'est là, c'est là, c'est là"...

Sans doute qu'un jour, les prédateurs du béton mangeront les chèvres et le berger et le jardin. Il le crie depuis suffisamment longtemps...

Écoute...
"C'est là, c'est là, c'est là..."

La nuit n'est pas encore tombée, elle promet d'être longue.
On allume les lampes et on veillera toute la nuit s'il le faut. 
C'est où?

Écoute dans la nuit, la voix du poète, l'épine dans la botte démesurée des prédateurs du béton, et notre cortège d'enfants, de vieux, de voisins au cul des chèvres comme un évènement fabuleux auquel on ose pas toucher, qu'on ose pas accompagner plus loin, qu'on révère et qu'on traite avec un respect d'ignorant. 
"C'est là, c'est là, c'est là..."

Remettre ça

Demain, je verrai ça demain
Si t'y vois pas d'inconvénient
Demain, on verra demain
Tout ce que l'on remet
A plus tard!
Oui
On verra demain, faudra qu'on
Remette ça
Au lendemain
Dans l'énorme remise de ce
Qu'il y a à remettre
Au lendemain
Qu'elles sont lentes
Mes mains
A prendre ces mesures
Tournées vers
Hier
Alors que demain c'est déjà
Aujourd'hui
Et demain ce sera
Hier
J'y comprends rien
Tu le vois bien que
Ça coule?
Oui j'ai repéré la fuite
D'eau?
De temps.
Bon. 
Faudrait qu'on s'y mette.
Demain?
Le temps file et j'ai une maille qui part...
Je suis contente de te voir
Faudra
Remettre ça.