lundi 26 novembre 2018

Tu, pronom pluriel, Tribute to Fauve

J'avais écrit sur le désir, j'm'étais fait quelques films, osés mais jolis*, c'était dur de les laisser rejoindre le flux des éléments extérieurs, les passants, le métro, les yeux étranges des inconnus, quand je m'obstinais sur un accent circonflexe, c'est chiant à coller dans une phrase ça, les accents circonflexes, c'est complexe, je suis fatiguée, j'en peux plus d'entendre les sirènes, ça me reprend, de ne pouvoir me laisser emporter, c'est soit moi qui m'emporte soit ce qui m'emporte qui prend la porte, et déboule dans le flux du monde extérieur et la musique s'éloigne de mon cœur et j'ai du mal à écrire mes mots et à taper mes phrases, je me sens un peu pleine de vide ou vide de plein, je sais jamais faire la différence, je sens la vie que tu -pronom pluriel- vis  qui s'écoule comme un flux, comme une coulée de boue qui emporte une part de ce que tu -pronom pluriel- nous avons été, mais si dans mes nuits je rêve encore que tu -pronom pluriel- m'emmènes danser, jusqu'au matin, et pendant ce temps, le temps s'abolit et les frontières et les âges et toutes les conneries et toute la vie, c'est l'avantage des rêves, ça sert à ça, que la vie ne puisse jamais nous mettre à genoux, et alors dans le noir de la salle surchauffée, je sens tes mains au pluriel et tes souffles au pluriel et  je m'demande c'que j'fous ici, et ça c'est trois secondes avant le réveil, et j'aime bien cette impression que tu -pronom pluriel- m'as faite, comme si t'avais pas renoncé à la beauté du monde, ou de celle des hommes, j'aimais bien ça, ce rêve, comme une danse, comme une transe, je sais jamais faire, mais ça j'aime, faire l'effort permanent et sublime du corps en mouvement, en roulement chauffé à blanc sur un sol liquide et l'envol, plus rien n'existe, plus rien de rien, quand je te tiens du bout des doigts, pour te ramener contre moi...
J'avais écrit sur le désir, et sur la mer, j'avais écrit sur le flux et le reflux, lent des vagues, sur les langues d'écume mourantes sur le sable.
Dans mes nuits je rêve encore que tu m'emmènes danser. Jusqu'au matin. 

*#FAUVE , Infirmière

La vieille en devenir et l'enfant qui vient, Dialogue in

Ta petite tête ma petite, oscille de droite à gauche dans mon cou,
Petit chat
Tu te blottis, tu te tortilles, tu te dandines dans mon cou
Petit animal
Tu geins, tu couines, tu ronronnes
Ta petite tête ma petite
Tu confonds la brosse à cheveux et la brosse à dents
Petite humaine
Tu prends possession du monde, tu ne marches plus
Tu cours
Tu dis bonjour, pas de réponse
Petite blessée
Tu brailles quand tu es heureuse, quand tu ne l'es pas
Ta petite tête ma petite
Tu es impudique et secrète, tu es l'ébauche de ce que tu vas devenir ma petite, tu es la femme dont j'ai rêvé cette nuit et dont j'ai été jalouse, 
De toi ma petite, 
Je t'ai vu grande jeune fille, je me suis vue vieille, ça m'a fait un peu 
Chier je t'avoue 
Alors je me regarde dans le miroir
Ta petite tête ma petite 
Me dis-je
Je me frotte dans ton cou
Petit chat
Je me saoule de ton odeur, je te respire, je m'abreuve de tes cheveux
Petit animal
Je réponds à tes appels, à tes miaulements
Je rends possession du monde, je ne cours plus
Je marche et je
Te regarde grandir 
Ta petite tête ma petite