lundi 19 novembre 2018

Le point ou la virgule

J'expérimente, tu sais, l'écriture forcée. 
Celle qui ne coule pas de source, celle qui fait mal quand elle sort. 
Je réapprends le point. A finir mes phrases. 

Ça me fait penser à toi, quand tu me dis parfois ne plus être capable d'écrire un mot, au clair de la lune, ça me donne envie de te prêter ma plume, mais l'oiseau c'est toi et j'aurais bien besoin que tu me prêtes la tienne ce soir, et que tu m'apprennes le point, moi qui ne suis que virgule, et phrase sans respiration, au rythme de mes pensées bruissantes. 

Elle est là, je crois, la différence entre l'écrivain et l'auteur. 
Entre celui qui écrit et celui qui façonne son récit, lui donne un rythme, décide qui, du point ou de la virgule, qui construit, qui utilise les matériaux adéquats.

Comme la différence entre le jeu de peindre et l'art de peindre. 
Le second aux artistes et le premier à tous les autres.

Elle est là, je crois, la différence entre le joueur et le peintre.
Entre celui qui laisse libre sa main, hors de sa pensée et de son intention, qui voit peu à peu apparaître sa trace vivante et celui qui dirige sa main, ses yeux, son corps, entièrement dans ses couleurs et matières à former, à voir et aimer.

J'ai compris tu sais, la différence entre le point et la virgule. Qui commence là où l'autre s'arrête.
Trouver cela terriblement joli comme histoire. 

Chacun son atelier, toi et moi.
Toi tu m'apprendras le point avec le cahier. 
Je t'apprendrai la virgule dans l'espace de ta feuille. 

L'art aux artistes, le jeu à tous les autres.

Les feuilles attendent. Les pages sont blanches encore.