jeudi 15 novembre 2018

SINDONEMO, Part V

Les héros, il en faut paraît-il, sont fatigués, dans le fond de leurs verres, un peu de mousse, s'étiolent tous les rêves de la journée, les cauchemars, il en est qui ne dorment pas toujours, qui ne dorment toujours pas, alors qu'entre chienne et loup, le jour se lève aussi, encore et donnez leur un bateau bordel où grimper, donnez leur une mer à traverser, c'est un SOS en Méditerranée, pour sûr cette mer tiendrait dans le fond mousseux de leurs verres, qu'ils portent encore aux lèvres, distraitement, pendant que les immeubles s'écroulent sur les corps des pauvres, SOS Marseille, pesamment, ils jettent une pièce sur le comptoir ou sur la table, remontent les fermetures éclairs des blousons et sortent, une hésitation, on a bien encore le temps d'une bière, brune de préférence, ils sont fatigués avant que le jour se lève, la nuit cette catastrophe qui ne les laisse pas dormir, si ça se trouve ils sont morts, il en va ainsi des deuxièmes verres, dans l'ombre d'un bar comme les autres, comme partout et comme nulle part, à l'heure où les vies ordinaires se teintent de légende, où le moindre bout de plage devient refuge noir au bord de la mer pour enterrer des livres qu'on découvrira en 2492, comme un trésor enfoui, un truc de pirates, d'ici là les héros seront morts, la mousse aura séché au fond des verres et se sera cristallisée, fossile d'une vie légendaire au bords des lèvres des cadavres des héros fatigués. Il en est qui ne dorment toujours pas. 

Son nom signifie Dévouement et quel drôle de nom pour un bateau, finalement, ça ne lui va pas si mal, tel qu'il est prêt, ce pas si frêle esquif de légende à accoster aux ports des héros ordinaires, de ceux qui ne dorment toujours pas, il se dit que c'est pratique pour les quarts de veille, à observer, à l'ancienne, le scintillement des étoiles sur l'onde, il aurait pu s'appeler SOS mais... 
C'est de l'espéranto, une langue parfaite pour écrire les légendes que plus personne ne lit, ni n'écrit , le Sindonémo est un voilier. 
Les lumières des néons des bars entre chien et louve sont ses phares, et en silence il traverse les pensées fatiguées et ordinaires de ceux qui ne dorment pas et leur souffle des envies d'évasion maritimes, avant que vienne le temps de repousser les verres et de fermer les blousons.