mercredi 14 novembre 2018

J'irai tout doucement tu verras, à ta rencontre, sur la pointe des pieds, à pas de loup, histoire de ne laisser aucune trace et je mens en disant cela, j'espère en laisser une grande, aussi petite soit-elle, je ne ferai aucun bruit, avec de la chance, tu ne te réveilleras même pas de ta vie, de ta mer noire, de tes poules, un petit caquètement dans le sommeil peut-être, une paupière qui se soulève dans le demi-jour, à l'abri des réveils mécaniques et ordonnés, des réveils d'injonction, non ce sera très doux tu verras, ma présence dans l'ombre du siège conducteur, ce sera presque comme si j'étais pas là, à peine percevras-tu la respiration d'un sommeil et tu ne te demanderas sans doute pas d'où il provient, tu prendras mon souffle pour le tien, les battements sourds, tu ne t'en inquièteras pas, c'est de la fiction tout ça, tout ce que je t'écris, c'est un conte, un rêve éveillée que je suis et que je te raconte parce qu'on a dit d'accord, et qu'on aime lire et écrire, tu liras les lettres de flamme paupières entre-fermées et tu imagineras n'avoir pas bien tiré les rideaux ou t'être garé dans le mauvais sens, dans le sens du soleil levant, j'irai tout doucement tu verras te souffler sur la nuque, te donner la chair de poule de mon haleine, tu te diras que le froid arrive et tu remueras légèrement, un grognement peut-être, tu ne réveilleras même pas de ta vie, de ta douce Nikita, je serai sans bruit en présence pourtant, ma main posée sur ta tête posée sur mes cuisses posées sur le sol d'une forêt non loin de Sarajevo paraît-il, je serai un grain de sable dans une babouche, un éclat de douceur sur ta peau endormie, tout doucement tu verras, un petit morceau de soleil couchant prisonnier à l'intérieur d'une goutte d'eau surgie d'on ne sait où, peut-être d'une douche de camping au crépuscule, j'irai tout doucement tu verras, me rappeler à ta mémoire, doucement, sans que tu ne te réveilles, murmurer à ton oreille les livres les chansons ma voix, doucement j'espère, pour ne pas te réveiller de ta vie, mais te faire entendre mon souffle, sur ta peau, et je mens en disant cela, j'espère.

Putain de cerf-volant, Dialogue in

Idéfix, ici!
Putain de cerf-volant,
Il suivait son idée *
Et comme le vent était fort
Puis d'un coup
Plus rien.
Cette idée qui me fixait, putain
Et qui s'envolait n'importe comment, au milieu d'autres
Heureusement
Tu te fous de moi ou quoi?
Grave
J'en ai eu des jeux avec les cordes, les
Canes à pêche
Dans les branches
Les lacets de chaussures
Emmêlés
Les élastiques
Dans la cour d'école
Une championne
c'est vrai
Les scoubidous
Les bracelets brésiliens
Les cordes de guitare
Jamais
Idéfix, ici!
Fais chier ce putain de cerf-volant
A s'envoler
Comme si c'était son rôle
T'es con
Puis les cordes, les 
Autres
Cordes
Autour de mes doigts,
De mes poignets
Parfois
Apprendre des tas de nœuds
Sindonémo
Mon beau bateau
Avoir encore de beaux restes
Pour les nœuds?
A défaire
En double pour ne pas perdre mes chaussures
A brides
Sur les chevilles
A refaire
Ça n'en finit jamais
Les nœuds?
Je m'attache
Encordée
Tout autour de 
Mon corps, de
Mon cœur
J'ai trouvé un carton
D'innombrables pelotes de laine
Sensible araignée
Je tricote mon enveloppe de fils,
D'assemblage des noeuds de la vie
J'attends que le vent reprenne son 
Souffle
Moi à l'oreille
Murmure la moi
Ton idée fixe
Qu'on avance
Qu'on le libère enfin
Ce putain de cerf-volant




* Il suivait son idée.
C'était une idée fixe.
Il était surpris de ne pas avancer.
Jacques Prévert.