mardi 13 novembre 2018

Le panthéon des menues choses

Il est parti. Au panthéon des menues choses de ma vie.
La petite bille s'est légèrement poussée dans la poche du grand-père.
Ils étaient contents que je vienne les voir, le vieux et le limaçon.
J'ai eu du mal à grimper en haut de la falaise, une lassitude, un je ne sais quoi d'un peu lourd dans ma poche et ce ne peut être ce si petit caillou qui me pèse autant, si?
Et sans prononcer aucune parole, il a tendu vers moi sa main ancienne, comme jaunie, comme défraîchie, sa main épaisse, à l'annulaire serré par son alliance, son oeil bleu m'a demandé des nouvelles que je n'ai pas eu le coeur de lui donner, trop de poids dans la vieillesse de celle qui reste, assise sur sa chaise et ses douleurs, à attendre le moment, qui ne vient pas vu que ce n'est pas l'heure.
Le Limaçon a passé sa tête par-dessus le rabat de la poche, a sorti une cigarette pour le grand-père, ils ont l'air d'avoir de ces rituels tous les deux, que ça m'en a provoqué un sourire aigre-doux, satisfait et jaloux. Il m'en a donné une aussi, avec un gentil sourire. J'ai secoué la tête "merci mon chéri", sans rien dire, il a eu l'air un peu déçu. Le Limaçon me boude, il est triste que je ne soies pas avec lui, le grand-père est gentil pourtant et attentionné, le rabat de la poche le recouvre quand il fait froid, l'abrite quand il pleut, le protège du soleil. La poche est un monde à part entière, un panthéon, comme le banc et la falaise aux oiseaux. Du regard, j'ai imploré le Limaçon de venir dans ma main. Il est retourné se cacher dans la poche et le grand-père a allumé sa cigarette et la mienne d'un seul coup d’allumette, le vent s’éteint quand le grand-père fume, c'est l'avantage quand on est mort et qu'on reste sur un banc, les éléments se calment quand il le faut et s'agitent de même. Quand tu viens m'a-t-il fait entendre sans bruit, les oiseaux arrivent, parce que c'est toi. Pour le petit, se sont les albatros, et pour toi les flamants en vol avec les étourneaux, ils sont cons les oiseaux dans la mort, ils s'accordent avec n'importe qui, et pour moi il n'y en a pas, mais par contre, j'aime les embruns.
Alors je suis restée longtemps sur le banc, assise à côté de mon Il, sans parler ni penser ni respirer, juste à fumer, regarder les embruns et le vol des oiseaux et les mouvements du vent, à espérer que le Limaçon viendrait se nicher au creux de mon écharpe, comme c'est notre rituel. J'ai joué avec le petit caillou d'ocre. Et je l'ai posé sur le banc, à portée de mon Il, même pas une demi-encablure. Le caillou est parti dans la poche à rabat. 
Le Limaçon a poussé un cri de joie silencieux. Un cri qui a déchiré le vol des oiseaux et remis le vent en marche.
Je suis partie. Du panthéon des menues choses de ma vie.

Spasmodie

J'ai de ces envies que c'est pas orthodoxe, j'ai de ces envies de mon nez collé dans la mousse de ton entrejambe, j'ai de ces envies de mes mains clouées à mon dos, j'ai de ces envies de ta langue sur ma peau, j'ai de ces envies de feulement dans mon oreille, j' ai de ces envies d'avoir envie de glisser sous toi comme une anguille, j'ai de ces envies de fuite et de rattrapage, j'ai de ces envies d'yeux fermés, très fort, j'ai de ces envies d'animal mangé cru, j'ai de ces envies de spasmes incontrôlés, j'ai de ces envies de tremblements de feuille au vent, j'ai de ces envies de serrer les dents pour ne pas te mordre, j'ai de ces envies que tu m'écrases de tout ton poids, j'ai de ces envies de jouir dans ta main, j'ai de ces envies de tremper tous tes sièges, j'ai de ces envies de ton souffle à mon cou, j'ai de ces envies de tes yeux sur mon cul, j'ai de ces envies de te bouffer tout nu, j'ai de ces envies de cette tendre fureur, j'ai de ces envies que c'est pas orthodoxe.