lundi 15 octobre 2018

Je me suis assise sur ce banc de bois, le soleil filtrant doucement dans l'or des feuilles mourantes, mes pieds flottent au-dessus d'un tapis bruissant et un milliard de perruches chantent sur ma tête, au loin, je peux entendre la suite pour violoncelle n°1, quelqu'un s'exerce, c'est un peu haché, mais rien ne saurait entamer la beauté de ce glissement de l'archet sur l'échine de l'instrument. Rien, à part la mort d'un enfant de 12 ans, écrasé à coups de barres de fer. Le soleil, l'or des arbres, les oiseaux et le violoncelle ignorent que face à cette horreur, il faudrait éteindre toutes les lumières et faire silence, et prendre sa mère par la main et la laisser nous battre à mort, de vivre dans un monde où les enfants de 12 ans ne peuvent pas aller au foot, se promener, vivre, sans risquer de se trouver, au milieu d'un déferlement de brutalité tel que tout repère s'évanouit et conduit à l'anéantissement d'un être.
Le soleil filtre doucement dans l'or des feuilles et les perruches tiennent un colloque au-dessus de ma tête en rivalisant avec Bach. Ils ignorent qu'à la même heure hier, un garçon dormait encore ou ouvrait ses yeux sur ce qui serait sa dernière journée.
Quel chagrin dans l'or des feuilles, quelle affliction dans la réunion des oiseaux, quel gâchis que les rayons du soleil ce matin et comme le violoncelle pleure ses notes éteintes.
Quel sera le goût de cette journée, hormis celui de l'amertume ?
Hier, à la même heure ...