dimanche 7 octobre 2018

L'égaré(e)

Je ne sais pas où je l'ai foutu. 
Je ne sais pas s'il a été jeté.

Mon cheval à bascule.
C'est un jour comme aujourd'hui que j'aimerais tant l'enfourcher et fermer les yeux dans son doux balancement, ordonner mes pensées, mes mots et m'éloigner de cette tristesse ou y plonger tête la première, comme dans une eau froide, et retrouver sur ses flancs de bois, les routes que j'avais empruntées, les rails sur lesquels je m'étais étendue, nue à la nuit étoilée et noire de suie, retrouver un peu de sa peinture bleu sombre sous mes ongles et m'emporter dans les songes vers l'Est, la terre lointaine de ma source.

Je ne sais pas où je l'ai foutu.
Je ne sais pas s'il a été jeté.

Et en attendant, ce que je sais, ce que je vois, c'est que ma source se tarit à nouveau, que je perds confiance et espoir, à mesure que les jours raccourcissent et que mon désir de l'Est grandit. Qu'il est un temps où l'on s'assied et où l'on tourne la tête en arrière et je crois qu'on ne devrait jamais le faire, parce que l'arrière est plein de tout ce qu'on aurait pu être, plein de tout ce qu'on aurait pu voir advenir, plein de tous ces choix qu'on a pas fait. 
Bascule
L'avant est plein du contraire. L'avant est plein de tout ce qui nous reste à vivre, plein de tout ce que l'on a décidé, plein de tout ce qui nous attend.
Assise sur le rebord du balcon, les jambes pendantes entre les barreau de fer, je me suis un instant retournée vers l'Est.
Bascule.
Arrière.
L'obsession.
L'oiseau.
Le Loup. 
Le migrateur.

Bascule. Moi.
Je crois que j'ai un torticolis. Arrière.