lundi 1 octobre 2018

sonate amoureuse paradoxale et sans conséquence

Je me suis coupé le doigt.
En léchant mon sang, une toute petite entaille, sans conséquence, j'ai pensé aux routes, aux chemins empruntés.
En léchant le sang de mon doigt, j'ai senti l'odeur de la muscade, et je me suis dit, voilà ton odeur à cet instant, si je te sentais le corps, si tu je te goûtais, à cet instant précis, tu aurais la saveur de la muscade.
J'en ai croqué un tout petit morceau. Histoire de.
Une minuscule goutte de sang est tombé sur la noix. Je l'ai mise dans ma bouche, histoire de.
J'ai gratté la râpe avec l'ongle de mon doigt ensanglanté, une toute petite entaille, sans conséquence, et j'ai raclé la muscade avec mes dents, en pensant aux routes. A toutes ces routes que je ne connais pas et que je regrette de ne pas connaître, tout en sachant, c'est un peu amer la muscade, que je ne les parcourrai probablement jamais.
En léchant mon doigt, le sang s'est vite effacé devant mon aspiration, j'ai pensé que je n'aimais pas tous ces chemins que tu parcours, toutes ces routes qui mènent sans doute à Rome, mais pas à moi. 
J'ai passé mon doigt sous mon nez, ton odeur de muscade et ton goût de fer, et je me suis dis en pensant aux lignes, que j'en voudrais une à moi dans ton carnet couleur de mon sang.
En apposant un peu de miel sur la coupure de mon doigt, j'ai pensé que j'aimerais dans la vie être au cœur des pensées de ceux que j'aime, que j'aimerais qu'on m'écrive une chanson, ou un poème, que j'aimerais qu'une musique, immédiatement, me fasse apparaître.
En écartant les plis de ma coupure, une toute petite entaille, sans conséquence,j'ai attendu que le sang y reperle, pour l'aspirer à nouveau, en attendant, j'ai rajouté de la muscade et j'ai à nouveau gratté la râpe avec mon ongle, un peu amer la muscade, mais bon, c'était histoire de.
J'ai écarté une mèche de cheveux de mon visage, en pensant aux chemins, à ceux que j'aimerais parcourir et ils sont loin, si loin de la réalité, je crois. Les chemins véritables, c'est toi qui les parcours, et ils me remplissent de peine et de peur, ils traversent des zones pour moi infranchissables de désespoirs et de solitudes additionnés, des chemins d'exil insupportables. Et ma tristesse parfois de ne pouvoir t'accompagner, même en pensée, même en lecture, toi qui me plaît tant, avec ton odeur de fer et ta saveur de muscade, et ma tristesse de n'être pas Elle.s, toutes les femmes qui te plaisent s'appellent Elle.s pour moi. 
J'ai craché la fumée et j'ai pensé à la solitude des arbres. 
J'ai contemplé mes arbres encore éclairés par le soleil rougissant et j'ai envoyé en souriant au vent qui soufflait vers l'Est, un baiser qui sentait la fumée, le sang et la muscade.


pas un jour sans une ligne

Il ne se passe pas un jour, sans qu'une ligne ne me parvienne, ligne de quoi, entre les gouttes d'eau qui s'écoulent et je ne sais plus d'où, du ciel ou de mon linge, du robinet ou de mes yeux, pas un jour sans une ligne, sans une longue ligne d'eau ou de mots qui tomberaient goutte à goutte pour s'écraser tantôt au sol, ou s'envolerait tantôt dans l'éther, j'ai du mal à les fixer en ce moment, elles s'étirent les coquines, comme la pâte de guimauve, à l'infini pour ne plus être visibles à l’œil nu, tant elles se sont étendues et affinées, plus subtiles qu'un cheveu, plus fine qu'une pensée, aussitôt passée, aussitôt perdue, petites persistances rétiniennes, on ne sait pas si elles ont vraiment imprimé notre cornée ou si elles ne sont qu'une impression, pas un jour sans une ligne à lire ou à écrire, ici, là, hier c'était cette phrase sur ma main, dans le creux du poignet, "pas un jour sans une ligne"... 
Mais de quoi, cette ligne est-elle le nom?  
Tantôt ligne de fuite, tantôt ligne de front, je me balance entre les deux mon capitaine, et n'ai aucune envie de choisir car l'une est ma tentation et l'autre ma nécessité, et qu'elles n'existent pas l'une sans l'autre, la seule nécessité ferait perdre toute envie et l'unique tentation ferait perdre tout espoir, alors l'une ne va pas sans l'autre vous voyez bien, mon capitaine, que le bateau fend toujours une vague en deux, traçant une ligne d'eau sur l'immensité de la mer et toutes ces lignes ou se sont retrouvés les noms des noyés en Méditerranée , ces lignes de vie coupées net, je vous l'avais dit, pas un jour sans une ligne, moi j'ai une toute p'tite ligne de chance, et je cours dessus, pour un peu je basculerais d'un côté ou de l'autre, on ne sait pas, tant qu'on ne les copie pas, les lignes, tout se passera, tant qu'on les laisse courbes, tout se passe, qui a dit que les lignes devaient être alignées?
Mais de quoi, cette ligne est-elle le nom?