jeudi 20 septembre 2018

La jalousie, variation à deux guitares

Pourquoi tu me regardes plus? Attends j'ai du mal à respirer, j'étouffe un peu d'air, je t'en prie pose encore une fois tes beaux yeux sur moi, il n'y a que dans ton regard que je me sens grande, fière et belle, et dès que tu me quittes du regard, qui c'est cette pute? Je redeviens moins que rien, l'ombre de ce que nous avons été, j'ai le cœur qui se ratatine et j'ai envie de te les arracher tes beaux yeux, pour que plus jamais ils ne se posent sur quelqu'un d'autre que moi, que je soies la dernière chose vivante que tu verras, ne me quitte pas, tu n'as pas à t'en faire, je t'aimerai tant que je finirai bien par te guérir, ne me laisse pas croupir dans l'eau sale de mes larmes, toi qui me fais briller, me rend éclatante par ta voix, tes baisers, ta langue me fait reluire comme un sou neuf et toutes les autres me demandent si je ne rajeunis pas tant je suis rayonnante de joie et de bonheur, et d'un coup, par la grâce de je ne sais quoi, je redeviens serpillère hirsute et dégoulinante de morve et de désespoir parce que mon amour, tu as détourné tes yeux, j'en ai vomi des mois entiers, sans avoir plus aucune règle, et si ça se trouve je suis enceinte et ainsi je te garde, obligé parce que tu n'es pas une enflure, tu m'aimais et ce n'était donc pas un accident et pourquoi tu te détournes, c'est quoi ce sourire triste, qui c'est cette pute, tu l'aimes, non, même pas, mais quoi alors, dites moi même qu'il est parti pour une autre que moi, mais pas à cause de moi, alors quoi. 
Finie. Je n'existe plus.

Mais si ma douce,ma belle, ma grande, ma sœur, ouvre un peu tes yeux et regarde toi un peu dans le miroir, sous tes cheveux défaits, contemple ton pouvoir, sur cet homme qui ne t'aime plus, il t'a aimée n'en doute pas et son départ le rend malade, pour le mien c'était un zona qui lui a duré plusieurs semaines, et il pleurait devant les valises que sa décision m'avait contrainte à faire et on était con comme deux valises sans poignée, et pas d'autre pute à l'horizon, aucune pute nulle part d'ailleurs, elles n'existent pas, n'existent que d'autres femmes toutes aussi belles que toi et moi, toutes aussi guerrières et vaillantes et avides et douces, intelligentes et romantiques si ça se trouve, la beauté ne se trouve ni sous les sabots d'un cheval ni dans les yeux d'un homme, la liberté n'est pas un vain mot, et elle se conquiert dans les larmes et la morve, dans une porte qui claque définitivement 
sur un amour ou un verre jeté à la figure ou de la vaisselle fracassée, 
l'amour avec un autre, c'est comme le morceau 
"two guitars", ça se joue à deux, et faut pas penser que tu y es vraiment pour quelque chose, ni lui d'ailleurs, les sons s'accordent et puis parfois, on sait pas, une corde lâche, et la mélodie devient bancale, alors tout vaut mieux qu'une mélodie crissante et instable, et ta guitare résonne si joliment indépendamment de tous les autres instruments de l'orchestre, ne t'en fais pas ma sœur, la musique est belle a capella aussi, pas besoin de l'ensemble philharmonique pour percevoir ta propre musique intérieure et en jouir, la jalousie n'est qu'un des symptômes d'un mal enfoui et si répandu, le mal des siècles, celui qui consiste à ne se sentir de place propre nulle part en ce monde si ce n'est dans des beaux yeux épris d'amour, alors imagine que les yeux se tournent vers d'autres rivages, putain, oui, comme les tiens, oui voilà, comme les tiens, les miens et les autres, qui savent apprécier et reconnaître la beauté, j'ai décidé de faire confiance à ces yeux qui me disent un jour "tu es belle" et l'autre jour "je ne t'aime plus", d'accord je comprends, j'accepte, vu de ta fenêtre la corde s'est rompue et je continue ma musique sans toi, on pourrait presque croire que je m'en fous maintenant, tant mon absence de réaction ou mon infini respect déroute, mais tu t'en fous? non. We can't go out together, with suspicious mind. Simplement maintenant, je n'en meurs plus. 
J'aime vivre avec toi, mais je peux vivre sans toi.
L'envie sans le besoin.

J'existe. Finie.