vendredi 7 septembre 2018

Appeler un chat un chat

Appeler un chat un chat, c'est pas toujours évident, alors tais-toi, je t'en prie, écoute, je t'en prie, tu me fous les boules au moins autant que tu m'as foutu la tête et la culotte en vrac, et vraiment non vraiment  si j'appelle un chat un chat, j'ai pas envie de t'appeler salopard, c'est vrai que c'est quand même un peu ma faute, parce que si je m'étais écoutée, je t'aurais bouffé la bouche et le reste et je serais rentrée encore plus tard et si ça se trouve après avoir joui sur ton corps j'aurais dormi dans ma voiture, sur l'autoroute, pleine de toi, si ça se trouve et c'est toi qui l'avais écrit, si ça se trouve t'aurais pas eu envie que je parte, mais j'en ai rien fait parce que je suis à prendre et ta rapide étreinte n'a pas pu me prendre, me cueillir comme le fruit mûr que j'étais, alors je murmure mon chou à ton oreille, des histoires d'arbre et d'oiseau, de loup et de chienne, histoire de ne pas appeler un chat un chat, et je t'assure qu'avec dix ans de moins dans mes reins, je te déboitais les tiens et on se serait fait sûrement mal partout avec le temps, moi avec mes pieds dans la terre et mes branchages au vent frais, toi va-nu-pieds au long cours. Voilà, un chat est un chat et un va-nu-pieds n'est pas un va-nu-coeur, j'ai envie de te le rappeler mon beau, et je t'en prie, ne te tais pas, regarde moi bien au fond des yeux, tu crois vraiment que je suis un arbre déraciné, un coeur d'artichaud, une folle graminée? Je t'en prie, regarde moi bien au fond de la bouche, tu as entendu quoi, à part ma joie de toi, mon désir brulant, mes lèvres entrouvertes et mes papilles titillées? Je t'en prie, regarde moi bien au fond de la chatte et dis-moi ce que tu vois sur mes lèvres entrouvertes et ma peau luisante et je te jure que si tu y vois genre un désir d'autre chose que de ta queue à l'intérieur, je veux bien bouffer ma table et mes pinceaux et tous tes bouquins réunis. Je t'en prie, regarde moi bien au fond du cœur, et constate que ma pierre est taillée de mille facettes qui jamais ne se blessent les unes les autres, que je suis une et indivisible mais que je brille d'une lueur différente pour chacun et pour tous, ta lumière est grise comme un matin sur la mer, une jolie couleur d'ailleurs, un peu comme celle de tes yeux. 
Appeler un chat un chat, c'est pas toujours évident et j'ai l'impression que la genette est bien jeunette dans ta bouche, tes yeux et ton esprit et que tu oublies mon chéri que j'ai mille vies intérieures et que mon rythme intérieur s'appelle  désir, respect et confiance, que ces boussoles je te les dois et inversement, parce que la genette n'est plus si jeunette et que j'ai passé l'âge d'attendre pour voir le loup.
Alors, c'est à lire au sens propre, obscur objet de mon désir, je t'embrasse, te lèche, te bouffe de désir, autant que je te mords, te griffe et te gifle, parce que tu me fous les boules au moins autant que tu m'as foutu la tête et la culotte en vrac.