jeudi 6 septembre 2018

Cata clope Cata clope. Ten years old

Il me fait sourire ce jeu de mots... Je vais te raconter mon cheval à bascule...

Je me souviens.

Les plafonds de cet appartement étaient sans limite, personne n'aurait pu les toucher même avec la plus haute échelle du monde. Au sol, un tapis sombre et large comme le Gange, si je mets un pied dehors les crocodiles vont me manger. J'avais peur, tu ne peux pas savoir.

Et au centre du monde, un cheval à bascule. En bois. Du vert, du rouge, du bleu, du jaune. Il était beau. Je l'ai toujours connu.

Je l'ai retrouvé le week-end du deuxième tour, dans les dépendances chez mes parents. Je l'avais oublié. Puis, le dimanche, je suis montée chercher des flambeaux pour le jardin. Sous une bâche transparente. Il était caché. Un moment, aveuglée par le changement de luminosité, j'ai vu une vague forme au sol. Un coup de vent a agité la bâche et en a soulevé un pan. Un bout de selle. J'ai vu un bout de selle et je me suis souvenue.

De pas grand-chose en fait. Mais je me suis vue, grande fille en train d'enfourcher mon cheval à bascule et de le trouver bien petit. Dommage. Je me suis assise à l'envers et j'ai roulé une cigarette en me disant que peut-être une femme au pouvoir, ce serait bien. Je me suis roulée une cigarette en me disant que les choses allaient bientôt basculer, que le moment était sans doute venu de croire.

J'ai vu des images. Des paysages à la Kusturica. Mon tabac avait un léger goût de paille et de poussière. Le cheval à bascule me portait comme avant. Les petites chaussures blanches à brides. Comme un cheval de manège mais en plus joli.

J'imagine un chemin de fer désert entre deux espaces. Un côté qui monte, un autre qui descend. Des rails entre. Kusturica a flanqué ses rails d'un âne. Bon. J'y mets mon cheval à bascule. Un côté Europe de l'Est. Un peu.

J'ai un peu bu après. Et j'ai pensé aux origines lointaines. Hongrie. Une histoire de dents. Je te raconterai.