mercredi 5 septembre 2018

Petite robe de plage

J'ai remis la petite robe de plage noire, les fines, très fines bretelles, les petits, tout petits boutons de nacre, avec les tongs, parce que vraiment les chaussures fermées c'est pas possible, une veste, un jean, parce que vraiment la petite robe de plage noire n'est faite que pour la plage ou l'amour, tellement subtilement transparente qu'elle ne convient pas à la ville et à son défilé de figures et à son cortège de bus blindés et à ces frimousses sortis de l'école, hautes comme le bas de la petite robe de plage noire. Et comme elle était jolie sur la plage la petite robe de plage noire, avec ses auréoles de sel là où la peau mouillée y restait collée, c'était indécent et candide ces auréoles blanches de sel aux seins, aux hanches, là où la peau humide venait s'y coller et sécher presque aussitôt. 
J'ai remis la petite robe de plage noire, malgré le vent qui se renforce et j'ai laissé planer mes cheveux, plus trace des auréoles de sel, à part dans un coin de ma rétine, un bout de mes yeux est resté là-bas, sur le sable, sur le chemin aux épines et dans le chant des cigales, de retour vers la voiture, le soleil mourant dans le dos, une main dans chacune des miennes, cigarette au coin des lèvres, un peu de noir sur mes yeux, un peu de blanc sur ma robe.